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Marc 07 v 1-23 David Mitrani (2)
Évangile selon Marc 7 / 1-23
Jarnac - 31 août 1997 (3 septembre 2000) Scandale: les disciples de Jésus mangent sans s'être lavé les mains!… Allons-nous avoir droit aujourd'hui à un sermon pour petits enfants à qui il convient d'enseigner l'hygiène et toute cette sorte de choses? Oh, peut-être les lecteurs d'autrefois pour qui l'évangile de Marc a été écrit le croyaient-ils? Peut-être ne connaissaient-ils pas tant que ça les mœurs juives? L'évangéliste prend en tout cas bien soin d'expliquer tout ce qui est en jeu dans cette histoire, et je vais tâcher de ne pas lui être un continuateur trop indigne! En effet, je dois vous faire une confidence qui va peut-être beaucoup fâcher ceux d'entre vous qui ont des enfants ou des petits-enfants à éduquer encore: c'est que Jésus n'a pas grand chose à nous dire sur des règles d'hygiène, non plus d'ailleurs que sur des règles de savoir-vivre en société! Sur l'Evangile, vous ne pouvez rien fonder quant à la propreté, la propriété, la politique ou l'économie! Pour ces choses, il vous faut, joyeusement ou désespérément, faire appel à votre raison plutôt qu'à votre foi: et Dieu peut aussi inspirer secrètement votre raison! Mais ce n'est pas de ça qu'il s'agit aujourd'hui dans notre évangile. Il s'agit des règles de pure-té du judaïsme rabbinique en train de naître à l'époque de Jésus, sous l'égide des scribes et des Pha-risiens. Il s'agit de rien moins que de faire du peuple de Dieu un peuple tout entier pur. Pas seulement le Temple, bientôt détruit. Pas seulement le culte, qu'il soit hebdomadaire et communautaire ou bien à un rythme plus personnel et intime. Mais tout le peuple. Tous les jours. Toute la vie. Du lever jusqu'au coucher, du lit à la table en passant par le champ, le bureau ou l'atelier, comme aussi le loisir ou l'en-gagement social. Pas une seconde, pas un événement, de la vie du juif pieux, qui ne doive faire bar-rage à l'impureté. La communion avec Dieu et le témoignage devant les païens sont en jeu là-dedans… Scandale, non pas hygiénique ou moral, mais bien religieux, scandale profond: il y a des disci-ples de ce jeune rabbi qui ne sont pas de bons juifs, qui sont impurs, et dont la fréquentation va donc nous rendre impurs! Un seul tout petit peu d'impureté est immédiatement contagieux sur tous ceux qui sont à son contact: Jésus lui-même alors, et eux les Pharisiens… Peut-être n'y en avait-il qu'un seul? Mais ce seul mécréant a fait la même chose que Jésus chassant du Temple les marchands de bêtes à sacrifier: il a tout cassé, tout empêché, il a coupé la relation avec le Dieu des purs! Scandale? Scandale pour Jésus, oui, que d'entendre des choses pareilles… Votre religion n'est qu'une invention humaine, leur répond-il. Vous contrevenez au commandement de Dieu en pré-tendant non seulement le défendre ainsi, mais même le servir ainsi. Celui qui pratique les comman-dements des Pharisiens désobéit à Dieu, celui qui met en pratique le judaïsme, ce judaïsme-là, va à l'encontre de ce qu'il prétend faire! Entendez-vous bien la violence de la réaction de Jésus? Qu'on ne me taxe pas d'antisémitisme, ni l'évangéliste non plus! Mais ce sont bien là deux religions qui sont aux prises, et Jésus n'est pas neutre au milieu! Il y a la religion de ceux qui croient devenir purs en fonction de ce qu'ils touchent ou avalent. Ou plutôt de ce qu'ils s'abstiennent de toucher ou d'avaler. Toucher ou manger du cochon ou des huîtres rend impur, disent-ils. Fréquenter des voleurs ou des prostituées rend impur, proclament-ils dès que Jésus, justement, fréquente ces gens-là. Mais tout ceci, vous pouvez le décliner sur d'autres modes, plus actuels! Pour les mêmes gens, qui n'étaient sûrement pas nés à l'époque, manger des hamburgers ou fréquenter des gens qui votent "communiste" ou "Front National" rend impur aujourd'hui, paraît-il, ou encore écouter de la "techno" ou s'intéresser à certains sujets tabous. Bref, mes amis, vous avez tou-tes les chances de trouver quelque chose qui vous est extérieur et au contact duquel vous vous pla-cez, qui ne plaise pas à l'un de ces néo-juifs. Et vous courez aussi tous les risques, et moi pareille-ment, d'être vous-mêmes l'un d'entre eux: car tous, il y a des idées ou des mœurs ou des fréquenta-tions que nous trouvons indignes d'un chrétien! En nous-mêmes, en chacun, il y a du Juif pharisien, et aussi du disciple mécréant qui ne prend pas garde à tout ça… C'est donc bien pour nous que tout ceci est écrit, ce n'est pas seulement l'histoire antique de la rupture entre judaïsme rabbinique et christianisme! La parole du Maître est claire sur le sujet, elle est limpide et, à ce titre, insupportable: rien de ce qui est extérieur ne rend qui que ce soit impur. De toutes ces choses l'être humain est maître, il en est libre, que ce soit pour s'en servir ou pour s'abste-nir de s'en servir. Car cela ne fait que passer. Je ne vais pas reprendre ici l'image crue qu'utilise Jésus à propos des aliments, mais vous pouvez la considérer aussi, cette image, pour tout le reste. Sa cohérence, c'est que toutes ces cho-ses, de l'aliment à l'idéologie politique et au bulletin de vote, en passant par toutes les choses futiles ou essentielles qui constituent notre vie quotidienne, tout cela vient de dehors et y retourne, en nous profitant au passage. Mais c'est donc voué à disparaître. Dans l'ordre de la création, tout ça n'est rien, puisque vous, vous êtes tout! Usez-en donc librement sans vous y attacher… Cette parole de liberté et de souveraineté est magnifique à recevoir pour soi, mais, la nature humaine étant ce qu'elle est (ce que les théologiens appellent le péché), nous aimerions bien que cette parole ne soit que pour nous, pour les nôtres, pour ceux qui usent de leur liberté de la même façon que nous. Nous supportons beaucoup plus mal que d'autres en usent autrement, à contresens de ce que nous faisons, nous. N'enseignons-nous pas, depuis la Réforme, que l'Eglise aussi est de ces choses extérieures en tout cas dans ses formes? Alors, pourquoi sommes-nous agités et scepti-ques quand tant de personnes en usent autrement? Quelle importance? Ne sommes-nous pas libres et eux aussi? Nous touchons ici au point de la rencontre entre l'extérieur et l'intérieur: il est des choses qui, en fait, viennent de nous, de notre nature égoïste et pécheresse, même sans que nous nous en ren-dions compte. Nous transformons des choses extérieures en autre chose, en un produit de nous-mêmes qui va polluer les autres, qui va polluer notre relation avec eux. D'un aliment nous faisons un interdit, d'un choix de société nous faisons une idéologie totalitaire, d'une religion de liberté nous fai-sons un instrument de pouvoir ou de contre-pouvoir, comme des commandements de Dieu qui sont "saints, justes et bons", nous avons fait un code pour exclure ceux qui ne croient pas comme nous, ceux qui ne vivent pas comme nous… Car, après tout, les interdits, les aliénations politiques ou religieuses, les étiquettes, c'est beaucoup plus facile. D'abord, en se forçant, on peut y arriver! Les vrais juifs vous le diront bien: la Loi est effectivement un chemin de salut et de liberté. Et puis, si tant de gens vont écouter les prophè-tes (et sûrement le pape en est un, que les jeunes ont plaisir à rencontrer), c'est bien parce que le mot d'ordre est clair, généreux et qu'on y trouve son compte! Il s'agit seulement, après tout, de bien gérer ce qui nous est extérieur. Et même si les structures du monde résistent, le combat est exaltant et la cause est juste… Mais Jésus n'est pas un prophète. Le commandement radical auquel il renvoie n'est pas appli-cable par nous. C'est à notre cœur qu'il renvoie, qu'il nous renvoie et pour lequel il nous met en juge-ment. Notre cœur lui-même, le noyau de notre existence, est impur et rend impur. Et plus nous en-tendons la Loi de Dieu, et plus nous la débarrassons de ce qui la rend vivable sinon plaisante, plus notre cœur la rejette, par défi ou par dépit, par force ou par faiblesse. Jésus est un juge, et sa parole nous condamne, en ce sens qu'elle nous dit la Loi et que cette Loi est pour nous sans appel. Mais ce juge est aussi notre avocat: il est venu pour nous défendre, il est venu, peut-on dire par métaphore, il est venu prendre notre place dans la condamnation afin que, coupables, nous soyons néanmoins assurés de la vie éternelle! Quand nous sommes libérés des commandements extérieurs, il ne reste plus à Jésus qu'à nous montrer la Loi intérieure, pour que nous réalisions alors de quoi, en fait, il nous a vraiment libérés: pas de l'interdiction du cochon, pas de se laver les mains avant de manger, mais c'est de notre propre cœur qu'il nous a libérés. Il nous a libérés de nous-mêmes, de tout ce dont nous étions incapables de nous libérer tout seuls. Il nous a libérés de Dieu, car Dieu est un Dieu qui aime et non pas un Dieu qui possède: c'est tout le contraire! Il nous a libérés de la pureté et de l'impureté, il nous a libérés de la religion, pour que nous puissions le rencontrer lui, et nous rencontrer les uns les autres, sans entrave, sans gêne, sans autre chose à faire qu'à aimer, dans la liberté. Amen. Autres textes de la même catégorie
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