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Marc 07 v 1-15 Jean-Daniel Wolhfahrt
Mc 7/1-15
Les Pharisiens et les scribes demandent à Jésus: "Pourquoi tes disciples ne se conduisent-ils pas conformément à la tradition des anciens, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures?" Il leur dit: "Esaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, car il est écrit: Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi; c'est en vain qu'ils me rendent un culte car les doctrines qu'ils enseignent ne sont que préceptes d'hommes Bonne question que celle des pharisiens, ne trouvez-vous pas? pourquoi tes disciples ne se conduisent-ils pas conformément à la tradition des anciens mais prennent ils leur repas avec des mains impures. Je crois entendre mon père: montre tes mains! ou le maître d'école: où as-tu encore été avant de venir à l'école? dictature des mains propres, menaces et souvent coups de règle carrée sur le bout des doigts! Mais là, il s'agit d'autre chose que de mains sales, il s'agit de mains impures. Autrement dit nous ne sommes pas dans le registre de l'hygiène mais dans celui du sacré. Devant le temple de Jérusalem, un bassin rempli d'eau attend les fidèles pour les ablutions et purifications: on se purifiait avant d'entrer au temple, on se purifiait avant de manger, on se purifiait avant tout rite religieux. Nul ne devait s'approcher de Dieu sinon propre et pur, sous peine de sévère sanction divine. Cette théologie morale fut, sous l'influence surtout de l'apôtre Paul, largement reprise par l'Eglise chrétienne, pensez seulement aux conditions d'admission à la Cène: si, chez nos frères et sœurs catholiques, il fallait se confesser la veille et recevoir l'absolution, si dans l'église de Madagascar il convenait jadis de s'annoncer chez le pasteur qui donnait ou refusait son accord, en bonne théologie réformée il arriva souvent que l'on défendît la table du Christ pour "indignité notoire". Avec une telle théologie l'église a maintenu, voire utilisé, une image de Dieu plus apte à générer la peur que l'amour. Elle a profité du pouvoir que cette image lui donnait pour garder le peuple sous pression. Le peuple soumis à un régime de terreur est plus malléable que celui qui vit la joyeuse liberté chrétienne. Tout dictateur sait cela, mais tout dictateur connaîtra aussi sa décadence lorsque sonnera l'heure de la rébellion. Considérés comme punis par Dieu, la malade, le handicapé devaient rester à la porte du lieu saint. L'impur n'a pas accès au Temple. Avant Jésus le boiteux reste à la porte du temple. Qui a péché demandaient les disciples pour qu'il soit ainsi? Lui ou ses parents? Jésus est venu rétablir l'image de Dieu. L'heure est donc venue de revenir à la vraie relation à Dieu. Les apôtres ne l'ont pas toujours perçu, trop imprégnés qu'ils étaient de la culture religieuse ambiante ce qui explique les traces, parfois bien lourdes, de moralisme dans les épîtres du Nouveau Testament. Avec Jésus le boiteux entrera dans le temple, aura accès à la louange et à la prière. Jésus est venu nous dire que l'accès au Père est ouvert à chacune et à chacun. En son fils, Dieu lui-même vient à nous sans attendre que nous nous soyons purifiés. La confession du péché que nous prions en début de culte ne nous dit le jugement de Dieu que pour nous rappeler dimanche après dimanche que Dieu nous accueille et nous pardonne tels que nous sommes. Bien que "pécheur et incapable par moi-même de faire le bien", selon la formule de Théodore de Bèze, l'accès au Temple, à la table sainte ne saurait m'être interdit. Jésus ne souligne-t-il pas que ce ne sont pas les bien-portant mais bien les malades qui ont besoin du médecin? Les pharisiens sont gardiens de la loi. Ils veillent à ce que personne ne la transgresse. C'est juste me direz-vous, s'il n'y a pas dans la cité, dans la paroisse des hommes et des femmes qui défendent le règlement, la tradition, où irions-nous? où irait l'Eglise. Heureusement les pharisiens veillent. Je ne fais injure à personne et ne veux blesser qui que ce soit en mettant la phrase au présent plutôt qu'au passé car l'église d'aujourd'hui connaît aussi ses pharisiens. Pharisien ne signifie pas hypocrite, le terme caractérise plutôt des hommes de foi, connaissant les Ecritures et la tradition, qu'il observe du mieux qu'il peut. Dans notre texte, le problème est plutôt lié au fait que les pharisiens sont face à face avec le Christ, avec le Fils de Dieu, avec le Messie. Or c'est justement ce Messie qu'ils contestent. Tout argument leur sera bon qui peut prouver que Jésus est un usurpateur. Ils l'ont entendu parler du Royaume dans des termes qui auraient dû les mobiliser comme jamais ils ne l'ont été, ils ont vu faire les miracles manifestant l'amour du Père….et ils critiquent le fait que les disciples ont touché la nourriture sans se purifier les mains. Ils savent bien que Jésus est inattaquable, que ses paroles sont paroles de vie, que sa vie est fidélité absolue au Père. Avec d'autres groupes religieux, ils cherchent à se débarrasser de celui qui met en cause le travail du Temple, ils cherchent comment faire tomber Jésus. L'occasion est trop belle: les disciples ne se sont pas purifié les mains avant de manger, ils n'ont pas honoré comme il eût fallu les dons de Dieu. Quand on ne trouve pas d'arguments pour attaquer de front on attaque sur des détails normalement insignifiants dont on gonflera l'importance, le processus est classique. J'en connais qui crient au scandale quand on ne commence pas le repas par la prière d'action de grâce. En eux peut-être le pharisien s'éveille qui ne pense pas, qui n'imagine même pas un seul instant que cet homme ou cette femme qui ne prie pas avant de prendre sa nourriture a peut-être dans sa vie, dans sa journée d'autres occasions tout aussi valables de louer le Seigneur, d'autres moments, d'autres mots pour le faire et qu'il le fait peut-être plus souvent que le pharisien lui-même qui se décerne pourtant un satisfecit à peu de frais. Je crois qu'il importe avant tout de ne pas juger l'autre sur une apparence, sur un point de doctrine. Il est parfois salutaire aussi de ne pas se plier à une tradition, à un usage précis car la tradition, l'usage, l'habitude, le rite sont héritages d'une époque, d'un temps passé sinon révolu. S'il ne correspond plus à notre aujourd'hui il en faut revoir l'utilité. En Côte d'ivoire et peut-être ailleurs en Afrique, le touriste se voit proposer des statuettes visiblement anciennes. Ce sont les statuettes d'ancêtres qui furent vénérés plusieurs générations durant. Quand on décide de s'en débarrasser ce n'est pas par manque d'argent mais parce que plus personne ne sait précisément quel est l'ancêtre représenté par la statuette. Aussi vrai qu'on ne vénère pas un objet mais la personne que la statuette représente, ainsi aussi se débarrasse-t-on de la statuette pour ne pas vénérer un objet. Ne devrait-il pas en être ainsi de toute tradition. Ne faudrait-il pas la remplacer, la supprimer ou au moins la soumettre à discussion à partir de moment où plus personne ne sait à quoi elle correspond. Revenons à Jésus, il a dû, lui, sacrifier au rite. Il est éminemment dans son attitude habituelle de se garder de choquer qui que ce soit. S'il ne s'était pas purifié les mains, pharisiens et scribes ne se seraient pas limités à critiquer les disciples. L'attitude de Jésus souvenez-vous est résumée en ce verset de Mt 5/17, "N'allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abroger, mais accomplir". ou encore en Luc 16/17 "Le ciel et la terre passeront plus facilement que ne tombera de la Loi une seule virgule". Jean témoigne de la conviction des chrétiens de jadis et d'aujourd'hui: Jn 1/17 "Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ". Gardons-nous de faire de la loi plutôt que de Jésus et de sa Parole notre ultime référence La loi se doit d'être relue en fonction de l'annonce de la grâce et de la Vérité. Jésus nous en a montré l'exemple. Elle se doit d'être appliquée et vécue dans le cadre de la grâce et de la vérité, sinon elle devient instrument de pouvoir au lieu d'être moyen de salut. L'exemple de la toute puissance de la tradition que donne Jésus est très intéressant: vous avez entendu: "Vous repoussez le commandement de Dieu pour garder votre tradition. Car Moïse a dit: Honore ton père et ta mère, et encore: Celui qui insulte père ou mère, qu'il soit puni de mort. Mais vous, vous dites: Si quelqu'un dit à son père ou à sa mère: le secours que tu devais recevoir de moi est réservé pour l'offrande...vous lui permettez de ne plus rien faire pour son père ou pour sa mère: vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup de choses du même genre". Référence à une de ces nombreuses traditions non bibliques qui contribuaient à donner bonne conscience au croyant de l'époque, celle du qorbân, qui consistait à déclarer au Temple le montant d'un don. Déclaration faite, impossible de revenir sur l'annonce ni d'en modifier le montant sinon bien sûr à la hausse! Par suite d'une dépense imprévue, le croyant pouvait se voir dans l'impossibilité d'honorer d'autres devoirs, par exemple ses obligations vis-à-vis de ses parents exigées pourtant par la loi de Dieu. L'intérêt du qorbân est évident pour le Temple et ses serviteurs qui ne feront donc rien pour dissuader le généreux donateur. Le qorbân est aussi intéressant pour le donateur, il lui permet de briller dans l'assemblée. Le Temple et ses prêtres d'un côté, le donateur de l'autre sont également glorifiés. Qui donc se souciera de l'homme ou de la femme qui discrètement par ses dons et sacrifices personnels assure des jours meilleurs à ses vieux parents. Ce texte rejoint la parabole du riche et du pauvre qui prient ensemble dans la même chapelle, le riche lève ce faisant les bras au ciel, chacun voit bien qu'il prie, le pauvre, lui, se tient dans un coin discret. Personne ne le remarque sinon le Père qui vient au devant de sa prière. Reprenant le débat à propos des viandes sacrifiées aux idoles dont les chrétiens se gardaient bien de faire usage, Paul dit aux nouveaux convertis que l'essentiel est de ne choquer personne. Dans le débat tradition, ou non tradition, l'essentiel est de mesure garder, d'agir avec respect et amour du prochain même s'il a d'autres habitudes et traditions. Amen jd wohlfahrt, st léonard, 17 août 2003 Autres textes de la même catégorie
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