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Malachie 3 v 19-24 Louis Honnay



Texte : Malachie 3/19-24
Genre : Prédication
Auteur : Louis HONNAY
Source : Prédication pour le dimanche 19.11.1995.



Ce qui est un peu ennuyeux avec Malachie, c'est qu'on ne sait pas très bien à quelle époque le situer. La plupart des prophètes indiquent à quel moment ils parlent, sous quel roi d'Israël ou de Juda, en quelle année du règne de ce roi. Mais, dans Malachie, il n'y aucune indication de date. On est obligé de supposer une date approximative d'après les indications trouvées dans le texte. Il semble que ce soit dans les années 480 ou 460 avant notre ère. On repère à peu près la situation. Le Temple de Jérusalem, détruit par les envahisseurs païens en 587, est reconstruit. Le culte est rétabli. Il se déroule normalement, mais il présente quand même des irrégularités. Les gens ne se précipitent pas pour apporter leurs offrandes. Ils amènent des animaux qui ont des défauts, ce qui est interdit. Il y a aussi des désordres dans les rapports sociaux. On se marie avec des femmes étrangères, des païennes, ce qui risque de contaminer la foi par influence du paganisme.

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Mais ce que Malachie fait également ressortir, c'est la présence de ceux qu'il appelle ici des arrogants et des méchants. Ils sont là, et ce sont eux qui apportent le désordre dans la société. Des arrogants : des hommes riches, qui écrasent les pauvres et qui augmentent leur compte en banque en profitant de la misère générale. Ils dominent la population et ils lui font subir la loi du plus fort. Ce sont des malfaisants, qui perturbent la vie sociale. Malachie les appellent aussi des méchants, c'est-à-dire des gens qui n'observent pas la Loi de Moïse, qui ne tiennent pas compte de la volonté de Dieu, ceux qui se moquent des commandements et qui ne vivent pas comme doit vivre n'importe quel Israélite. Ce sont ceux qui rejettent la Torah, la Loi du Seigneur.

Vous ne trouvez pas que ce que Malachie décrit ressemble étrangement à ce qui se passe de notre temps ? Nous aussi, nous avons une société corrompue par la richesse, qui se moque de la pauvreté de mal lotis. Corrompue aussi par ceux qui exercent le pouvoir et qui, au lieu de faire respecter la justice, commettent l'injustice et donc l'encouragent. Pouvoir économique et pouvoir politique se rejoignent et se donnent la main, pour semer le désordre dans le pays.

Les riches et ceux qui possèdent le pouvoir sont bien installés, n'est-ce pas ? Leur situation est solide. On les croit indéracinables, on pense que rien ne peut les faire bouger. Rien ne peut les faire changer ni faire que la société change. Même la révolution serait inutile. D'ailleurs, les populations, elles aussi, sont bien installées ; elles n'ont plus aucune envie révolutionnaire. Car ces gens sont portés par toute une organisation, qu'ils ont contribué à créer, et qui les soutient. Pouvoir économique et pouvoir politique se tiennent les coudes. S'ils commettent des malversations, la justice reste impuissante. Les tribunaux sont muselés, pour bloquer les procès qu'ils pourraient faire aux coupables éventuels.

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C'est dans ce contexte-là, dit le prophète Malachie, que Dieu intervient. Il prépare un jour, son jour à lui, et où il fera en sorte que les choses puissent enfin changer. Ce jour, le prophète le décrit comme du feu, comme un feu qui brûle et qui détruit. Alors, ce jour-là, les méchants seront arrachés. Tous ceux qui commettent l'injustice dans le pays vont disparaître. Avec une image assez frappante, Malachie dit qu'il ne leur restera ni branche ni racine. Tous, ils seront réduits en poussière.

Mais, à l'inverse, les pauvres, qui étaient jusque là opprimés, se redressent. Ils sont enfin libérés de l'exploitation. Ils peuvent danser, ils dansent de joie en se voyant sauvés. Le prophète esquisse ici une image amusante. Il dit que les pauvres dansent comme des veaux à l'engrais. Pour engraisser les veaux, on les attachait à un piquet, pour les empêcher de maigrir en se donnant du mouvement. Un veau détaché de son piquet se met à gambader dans la prairie. Comme les pauvres déliés de l'oppression dansent pour fêter leur liberté retrouvée.

Les pauvres libérés, dit Malachie, piétinent la poussière où les riches et les forts sont réduits. Non, ce n'est pas un geste de vengeance, comme si les pauvres voulaient faire payer leurs exactions aux anciens riches. Les pauvres n'écrasent pas les riches. Dieu les a déjà écrasés, on ne peut que constater le résultat. Leur poussière est par terre, on marche dessus comme ça, parce que cette poussière est là.

Ainsi, quand Dieu intervient, il amène un renversement complet. Malachie dit que la guérison arrive. La justice est comme le soleil, qui porte la guérison dans ses rayons. Le soleil chasse le mauvais air, il détruit les microbes, il donne la santé. Le soleil apporte la vie. Dans la perspective biblique, on n'est pas seulement guéri d'une maladie ou d'une infirmité. La société aussi peut être guérie des désordres qui la contaminent. Un pays peut être guéri du mal qu'il porte. Une société est guérie, du point de vue biblique, quand les relations entre ses membres redeviennent normales.

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Le message de Malachie se termine par un appel à suivre la Loi de Dieu, cette Loi qu'on appelle en hébreu la Torah, ce qui peut vouloir dire l’enseignement. La Torah, c'est ce que les prêtres d'Israël étaient chargés d'enseigner à la population, c'est l'application de la volonté de Dieu à tous les cas particuliers qu'on peut rencontrer dans la vie. Ce n'est pas une loi abstraite, votée par un parlement, et qu'on doit observer à la lettre sous peine d'amende. La Loi de Dieu, la Torah, c'est l'effort pour vivre la volonté de Dieu pour nous dans les circonstances si diverses de l'existence. Cette Torah, les riches et les puissants — ceux que Malachie appelle les méchants et les arrogants — l'avaient abandonnée pour suivre leurs propres principes... ou leur manque de principes !

Voici que maintenant le Seigneur, par l'intermédiaire de Malachie, invite à pratiquer cette Torah transmise par Moïse, invite à pratiquer la justice, ce qui est bon, ce qui est vrai. Mettre la volonté de Dieu en pratique, c'est aussi lutter pour que la justice triomphe, pour que la société soit guérie ; c'est ce qui nous est proposé, c'est ce que Dieu nous propose dans sa Parole, à nous aussi. Notre rôle dans le monde consiste aussi à observer la volonté du Seigneur. Non par contrainte, comme on roule à droite sous peine de contravention, mais par amour pour lui et par amour envers les autres. Il y a à faire pour nous partout où des hommes sont bafoués, partout où des hommes sont méprisés, partout où ils sont réduits en esclavage ou torturés. Là il y a du travail pour nous. Là nous avons à affirmer la volonté du Seigneur, une volonté de justice et de bonheur pour tous. Une existence normale pour chacun, voilà ce qu Malachie annonce et réclame de la part de Dieu.

Dans sa seconde lettre aux chrétiens de la ville de Thessalonique, l'apôtre Paul nous invite à travailler tranquillement, pour gagner notre vie sans attendre que les autres nous fassent l'aumône et sans créer de désordres. Mais vivre tranquillement ne veut pas dire laisser se perpétuer les désordres dans la société. Paul ne dit pas que la tranquillité doit nous empêcher de voir ce qui se passe autour de nous. Le travail tranquille ne peut pas dispenser de l'amour du prochain ni des gestes d'amour. L'amour est tout naturellement révolutionnaire. Il reprend à son compte les exigences de Dieu. Il ne supporte pas l'injustice, mais il travaille à la supprimer, autant que possible.

Malachie annonce la venue du jour du Seigneur, où l'ordre normal sera rétabli. Nous savons bien que nos efforts demeureront insuffisants pour promouvoir cet ordre. Quand une injustice est supprimée, une autre apparaît et il faut tout recommencer. Mais ce n'est pas une raison pour ne rien faire, pour tout laisser tomber. Le Grand Jour de Dieu arrivera. Mais, en attendant, il peut y avoir des Petits Jours de Dieu, des jours où la misère recule et où la dignité des hommes est reconnue.

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Evidemment, quand on travaille ainsi, quand on fait en sorte que la volonté de Dieu soit respectée, on risque de s'attirer l'incompréhension, des résistances, peut-être même des persécutions. Ceux qui détiennent pouvoir et richesses ne se plient pas volontiers aux exigences de Dieu. Ils reçoivent mal le message de sa Parole. C'est ce qu'évoque le passage de l'évangile de Luc que nous lisions tout à l'heure. Jésus évoque cette période de persécutions, cette période dangereuse, où nous risquons d’être pris comme otages par des opposants à tout changement institutionnel. Mais Jésus termine son avertissement en assurant : "Celui qui persévérera jusqu'à la fin aura la vie". C'est alors, en effet, par notre persévérance à rester d'accord avec Dieu, par notre persévérance à lutter, que nous pourrons vivre. Car vivre, ce n'est pas se désintéresser du monde, mais c'est nous efforcer de faire passer dans ce monde la volonté du Seigneur. Non pas que nous ayons à obliger chacun à la conversion. La tâche serait impossible. Mais ce que Dieu veut, il le veut pour toute personne et pour toute société. Il n'est pas question de christianiser toute la société, ce ne serait pas recommandé. Mais il y a moyen de faire passer cette volonté dans la marche de la société et même dans des lois civiles. Dans l'histoire, l'influence des chrétiens a été réelle. Des choses, des organismes, des pratiques, existent maintenant, qui n'existeraient pas sans eux. C'est là que nous avons à travailler. La persévérance nous procure la vie, dit Jésus. Elle la procurera aussi à d'autres, qui ne sont pas chrétiens, mais qui seront au bénéfice de notre amour et de l'amour de Dieu.

Amen !



Autres lectures : Luc 21/5-19
2 Thessaloniciens 3/7-12

Chants :
* Psaume 33/1 à 4 Réjouis-toi, peuple fidèle
* NCTC 301/1 à 4 = ARC 425 Consacre à ton service
* NCTC 289/1, 2, 3, 5 = ARC 622 Si Dieu pour nous s’engage
ou LP 394/1 à 3 Plus que vainqueurs




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