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Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte Luc 9 v 11-17 Michel WAGNER et Florence TAUBMAN
Texte : Luc 9/11-17
Genre : Prédication Auteur : Michel WAGNER et Florence TAUBMAN Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 14.06.1998. La multiplication des pains Accueil et salutation (Michel Wagner) Bienvenue à vous tous, amis. Nous voici conviés ce matin par l'Evangile, à la grande fête du partage du pain. D'après le récit de l'évangile de Luc au chapitre neuvième, qui nous est proposé pour ce dimanche, cinq mille personnes étaient venues pour entendre Jésus. Dispersés ce matin, nous sommes peut-être 20, 30 fois plus nombreux, sur les ondes pour écouter cette même parole : "Les apôtres racontèrent à Jésus tout ce qu'ils avaient fait. Il les emmena et se retira à l'écart du côté d'une ville appelée Bethsaïda. L'ayant su, les foules le suivirent, Jésus les accueillit" (v. 10 et 11a). Nous voici donc, à notre tour, accueillis par le Christ. Sa présence, sa parole, son amour vont nous être multipliés. C'est le temps du Merci ! La fête commence. Prière d'action de Grâces (Florence Taubman) (composée pour ce culte) Seigneur, nous te louons pour ce que tes disciples ont fait, jusqu'à cette page d'évangile. Ils ont suivi Jésus. Ils l'ont regardé. Ils l'ont écouté. Nous te louons pour la foi que tu as mise dans leur cœur. Ils ont confessé Jésus ressuscité ! Ils nous ont transmis la bonne nouvelle de la vie ! Nous te louons pour l'attention que tu suscites en notre esprit. Tu nous donnes d'entendre ta Parole ; tu fais grandir en nous le goût de te chercher. Pour tout cela, nous te louons. Amen ! Michel Wagner : Le psaume 8 nous convie à la louange. Cantique NCTC 8/1 & 6 Ton nom, Seigneur, est magnifique Suite de la lecture : versets 12-13 (Michel Wagner) Ainsi se poursuit le récit de Luc : "Jésus leur parlait du Règne de Dieu et il guérissait ceux qui en avaient besoin. Mais le jour commençait de baisser. Les douze s'approchèrent : — Renvoie la foule ; qu'ils aillent loger dans les villages et les hameaux des environs et qu'ils y trouvent à manger, car nous sommes ici dans un endroit désert. — Donnez-leur à manger vous-mêmes ! — Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons... à moins d'aller nous-mêmes acheter des vivres pour tout ce peuple ! Il y avait, en effet, environ cinq mille personnes !". Nous débrouiller nous-mêmes pour nourrir cinq mille personnes avec nos cinq pains et deux poissons ! Misère de nous ! O Seigneur, prends pitié. Prière de confession de notre insuffisance (Florence Taubman) Nous voici, Seigneur, les mains vides, le cœur sec, la mémoire inhabitée… Tout ce que tu nous as donné ne nous semble aujourd'hui que fumée, tant est fort en nous l'esprit de déroute et de découragement. L'amour nous demeure comme un soupir, car nous n'avons plus rien pour le dire, pour le nourrir, pour le vivre... Secoue-nous, Seigneur. Réveille-nous, envoie-nous vers nos frères ; que, dans la rencontre, nous retrouvions la mémoire de ton pardon, la confiance et la joie partagées. Amen ! Au cantique 237, notre cri vers Dieu. Cantique NCTC 237/1 & 2 Seigneur, c'est toi notre secours Parole de Grâce (Florence Taubman) C'est la parole de Jésus qui nous a accueillis. Elle guérit toutes nos insuffisances. Ne craignons rien, laissons-la agir : "Ma grâce te suffit. Va en paix !". Au psaume 65, le chant de notre Merci. Cantique NCTC 65 Heureux celui que tu appelles à partager ton pain Suite de la lecture : versets 14-17 (Michel Wagner) Et la fête continue... "Ils étaient donc cinq mille... Jésus dit à ses disciples : — Faites-les installer par groupes d'une cinquantaine. Ils firent ainsi et les installèrent tous. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons et, levant ses regards vers le ciel, il prononça sur eux la bénédiction, les rompit, et il les donnait aux disciples pour les offrir à la foule. Ils mangèrent et furent tous rassasiés ; et l’on emporta ce qui leur restait des morceaux : douze paniers !". Prédication Michel Wagner Cet épisode a tellement frappé qu'il nous est rapporté six fois dans les quatre évangiles. Matthieu et Marc le répètent chacun deux fois. Luc, notre reporter pour ce dimanche, en fait comme une arche de l'espérance. Elle relie hier à aujourd'hui. Hier : le peuple libéré de la servitude en Egypte, mais livré à la précarité du désert et l'attente du miracle quotidien de la manne fragile. Aujourd'hui : le Messie est là et le festin du Royaume commence. Cinq mille convives, la multitude est venue de partout. Ce coin de désert aux confins de la Galilée agitée, ce territoire de Bethsaïda va-t-il abriter quelques arpents du Royaume ? On retient son souffle : demain va-t-il vraiment commencer ? Dans une petite corbeille, cinq galettes de pain et deux poissons invendus attendent... Florence Taubman Mais qui sont tous ces gens-là ? Eh bien, d'abord des gêneurs. Imaginons un peu : juste avant, les disciples ont été envoyés en mission par Jésus, deux par deux, sans armes ni bagages. Ils sont allés de village en village enseigner le peuple... Ils ont même guéri des gens. Les voici de retour auprès de Jésus avec un grand désir de raconter ce qu'ils ont fait, et ce qu'ils n'ont pas réussi à faire... Un grand besoin de se retrouver dans l'intimité et de prier ensemble. Mais voilà, cela se sait, la rumeur se répand déjà dans la région... La foule afflue : 5 000 personnes ! Ils n'arrivent vraiment pas au bon moment, tous ces gens-là. Mais les disciples vont vite trouver un bon prétexte pour les disperser. La nuit tombe : qu'ils s'en aillent tous bien vite pour trouver gîte et couvert. Des gêneurs, mais aussi des enthousiastes, ces gens ! Car apparemment ils n'ont pas peur des distances... Ils se sont déplacés en masse, et on peut très bien imaginer qu'en écoutant Jésus, en assistant à ses signes de guérison, ils en oublient le boire et le manger ! Car, après tout, ce sont les disciples qui se soucient d'eux. La foule, pour l'instant, ne demande rien. Elle se contente de suivre et d'entourer cet homme. On ne sait d'ailleurs pas encore qui il est précisément : un prophète ? Jean-Baptiste ressuscité ? Elie revenu ?... Mystère. Mais cette foule peut aussi avoir quelque chose d'inquiétant, comme toutes les foules… Capable du meilleur : de l'élan généreux, de la joie partagée, mais aussi du pire : retournement fanatique, aveuglement collectif... Qui est cette foule ? Qui sont ces gens ? Paysans de la Galilée voisine, citoyens des villes de l'époque : Juifs, quelques païens ! Luc y voit sans doute aussi les premiers chrétiens qui commencent à faire nombre, malgré les disettes et les persécutions. Mais dans cette foule : nous aussi, aujourd'hui, en quête de quelque chose ou de quelqu'un, en désir de rencontre, de communion... prêts à l'écoute, à l'admiration, mais aussi à la trahison, au lynchage. Cette foule, Jésus ne va pas l'endoctriner, mais l'introduire à la liberté. Il ne va pas lui bourrer le crâne, mais lui remplir la panse. Michel Wagner En face d'eux, et pour faire chanter ce lendemain du Royaume : Jésus seul, avec les "douze" ! C'est l'heure décisive du transfert des responsabilités : "Donnez-leur vous-mêmes à manger...". C'est aussi l'heure du soir, comme à Emmaüs. Elle annonce, elle prépare ce cheminement de l'espérance vers l'aube du temps nouveau. Une maigre douzaine de militants, un peu inquiets à cette heure toujours incertaine où le soleil cède la place à l'ombre. Nulle magie, et le miracle n'est peut-être pas là où nous le situons habituellement. Les disciples sont là dans leur dénuement, leurs diversités, pleins d'interrogations. C'est l'heure où la Parole promise, enfin, se réalise. Et la promesse, c'est dans leurs mains calleuses de paysans-pêcheurs qu'elle devient réalité : "Faites-les installer par groupes d'une cinquantaine...". Quel remue-ménage ! Lequel d'entre vous a déjà essayé de faire ranger cinq mille personnes en cent groupes de cinquante ? Ni la foule ni l'individu isolé. C'est dans le petit groupe de proximité que la parole se partage et entre dans l'actualité. Ces chiffres sont-ils symboliques de la taille des communautés primitives ? Au moins sont-ils là pour calmer nos rêves de multitudes et rejoindre la réalité. Florence Taubman Mais de quoi ont-ils faim, au juste ? Nous qui sommes gavés de nourriture, savons-nous ce que pouvait signifier la faim au temps de Jésus, et ce qu'elle signifie encore, en bien des lieux de ce monde ? Car la faim est physique, elle est animale. On peut en mourir... Mais, en même temps qu'elle est physique, elle est aussi mentale, psychique... Il y a d'ailleurs des maladies liées à la nourriture : l'anorexie ou refus de toute nourriture, il y a même des bébés qui se laissent mourir de faim sans raison apparente. A l'opposé : la boulimie, l'excès de nourriture. Mais si nous avons besoin de calories, nous avons aussi faim de goût. La saveur de la nourriture n'est pas un luxe inutile, c'est un besoin. Le plaisir, la dégustation, l'esthétique... sont signes d'autre chose. Ils sont signes de relations, de culture, de société, de partage... Le pain, à lui seul, symbolise tout un réseau d'échanges humains, entre : le semeur, le moissonneur, le meunier, le boulanger, l'acheteur... Entre : farine, sel, eau, cuisson, il y a un goût. Nous avons faim de nourriture, mais aussi des échanges qui naissent à partir d'elle et autour d'elle. Mais, en plus de cette faim-là, nous éprouvons une autre faim... Nous avons faim que la vie ait un sens. Nous avons faim de Dieu, faim d'amour, faim de dignité, de paix. Nous éprouvons une faim spirituelle, un désespoir très intime qui creuse en nous une place pour une espérance autre. Est-ce que cette faim spirituelle s'oppose à la faim "matérielle" ? Eh bien, contrairement à d'autres traditions de pensée, l'Evangile ne les oppose pas. La faim spirituelle ne signifie pas une sortie de notre condition humaine. Jésus ne prône pas l'ascèse, mais place la nourriture au centre de la rencontre. Les gens, la foule l'écoutent, mais il va bien falloir les nourrir. Jésus va bénir les cinq pains et les deux poissons, les disciples vont les distribuer et il en restera. Nous avons faim de pain, faim d'être rassasiés, nous avons aussi faim d'être régalés. Nous avons faim de bénédiction, faim d'être bénis et de porter cette bénédiction aux autres... Nous avons besoin que le pain soit porteur d'une bonne parole, qu'il soit signe d'une présence autre, d'un amour qui nous tient debout, vivants. Nous avons besoin de la saveur de la bénédiction qui nous fait connaître, en plus du plaisir, la joie. Nous avons faim de joie, de joie reçue, de joie donnée, de joie partagée... Faim de pouvoir dire merci pour le pain donné, pour le pain donné dans la joie... Michel Wagner Il y a comme un rappel de célébration de la Cène, un parfum d'Eucharistie, dans la suite du récit de Luc : "Prenant les cinq pains et les deux poissons, puis levant son regard vers le ciel, Jésus prononça sur eux la bénédiction, les rompit, et les donna aux disciples pour les offrir à la foule". Le souvenir de cette fête de plein air est venu se fondre, dans la mémoire collective, avec celle des premières célébrations, ces "agapes" de l'Eglise naissante. Luc, au moment où il rédige, prend bien soin de ne pas transformer ces repas de communion en rites mystérieux pour initiés retirés du monde. Ils attestent la venue du règne de Dieu comme levain soulevant la pâte humaine. Ils font cheminer la Grâce sur les sentiers escarpés du social et de l'économique. J'aime d'ailleurs l'impertinence "religieuse" de ces premières célébrations de l'espérance naissante : - ici : pains et poissons, en plein désert, pas question de vin ; - au soir de Pâques, rien que du pain tout seul et à l'auberge d'Emmaüs ; - une autre fois encore, au bord du lac de Tibériade, un poisson grillé, après la déconfiture d'une nuit de pêche sans rien prendre. Mais chaque fois : le débordement de l'espérance, le rassasiement de toutes les attentes... Après que tout le monde eût été rassasié, on remportera même douze paniers pleins. La première église a été marquée par ce rassasiement qui jaillit de la parole de Jésus. Après avoir écrit les évangiles, elle le gravera encore sur les fresques des catacombes. Telle est la promesse qui prend corps entre les mains de ceux qui prennent au sérieux la venue de ce Royaume. Elle nous attend à la rencontre des foules, c'est une espérance de plein air. Il n'est célébration de la Cène qui ne nous renvoie immédiatement vers tous les affamés de notre monde. Et cet envoi n'a rien d'une illusion, car Dieu n'est pas avare de sa Grâce. Les supplications angoissées d'un monde qui crie sa douleur, et les prières des croyants — pour lui — ne montent pas vers un ciel fermé. Les puissants ont beau accaparer les biens de cette terre, il y aura surabondance au terme de l'histoire, et pour tous. La fête des pains multipliés, la fête eucharistique, nous est donnée dès maintenant pour l'attester. "Venez, car tout est prêt", dit l'invitation inaugurale... De cette invitation, on repart toujours les mains pleines. Chargés des douze corbeilles de la plénitude... et du mot d'ordre qui les accompagne : "Donnez-leur vous-mêmes à manger". Ainsi en est-il, mes amis, de la promesse et du don. Ainsi en soit-il de notre service ! Musique : Orgue Cantique NCTC 229/1 & 2 Nous qui mangeons le pain de la promesse Confession de foi Michel Wagner : Et maintenant, le moment de dire notre foi. Florence Taubman Je crois en Dieu qui a créé le monde pour que nous le cultivions et en célébrions la beauté. Il est source de notre vie ! Je crois en Dieu qui a remis son pouvoir à Jésus-Christ, le serviteur mort et ressuscité pour le pardon et la liberté des hommes. Il est le prix de notre vie ! Je crois en Dieu qui, par son Esprit, nous unit à son Fils, pour que nous combattions le mal et construisions une juste paix, dans l'espérance de son Royaume. Il est le sens de notre vie. (Texte inédit d'Henri Capieu) Cantique NCTC 229/3 Nous qui mangeons le pain de la promesse Prière d'intercession dialoguée Michel Wagner Seigneur, nous voici en ta présence, épis si souvent dispersés sur les collines de nos différences ; Grappes si facilement éparses, sur les coteaux de notre indifférence. Assemble-nous en cette heure. Mêle-nous, foule-nous, pétris-nous. Que le levain de ton Esprit fasse lever la pâte de notre vie, et qu'à son tour elle soulève l'espérance du monde. Répons (composé pour ce culte) Florence Taubman Dieu, notre Père, Père de tout homme, créateur de toutes choses, que le pain que tu nous donnes soit rompu et partagé entre tous tes enfants. Que ce geste quotidien soit prière, avec ou sans mots. Qu'il soit joie dans l'éclat du regard et le secret du cœur. Déjouant les ruses du guerrier, qu'il ait l'insolence du faible, sûr de son Dieu, devant le fort qui se veut maître de Dieu et des hommes. Répons Michel Wagner Comme au jour, où tu multiplias les pains pour nourrir la foule affamée, fais de nous les serviteurs émerveillés du pain multiplié pour le salut du monde. Comme pour le banquet du Royaume, que l'odeur de ta Grâce, poussée par le vent de ton Esprit, éveille ce monde au parfum de l'espérance. Répons Florence Taubman Que les mains qui tendent le pain rompu deviennent l'icône de ta paix quotidienne. Que les bouches nourries de blé, d'eau et de sel, de bois et de feu, de soins et de vigilance portent ton nom par toute la terre. Répons Michel Wagner Unis au Christ, et dans la communion de l'Eglise universelle, nous chantons la prière du Seigneur : Notre Père (Cantique NCTC 235/1 & 2 - version de Luther) Envoi Michel Wagner Avec ce texte, Saint-Augustin lui-même ouvre pour nous les portes de l'envoi vers les autres : Florence Taubman "Tu donnes du pain à qui a faim. C'est bien. Mais mieux vaudrait que nul n'ait faim, et que tu ne donnes à personne. Tu habilles qui est nu. C'est bien. Mais si seulement tous étaient vêtus, et qu'il n'y ait point telle nécessité. Supprime le malheur, et les œuvres de miséricorde n'auront plus raison d'être. Le feu de l'amour s'éteindra-t-il pour autant ? Non ! Car plus authentique est l'amour que tu portes à un heureux, que tu n'as pas à assister, plus pur sera cet amour et bien plus franc". Bénédiction (Michel Wagner) (composée pour ce culte) Que l'odeur de la fête envahisse notre semaine. Que la plénitude de l'espérance déborde en nos vies. Allons, les mains pleines des douze corbeilles de la Grâce ! Musique : Orgue |
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