Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

Luc 6 v 17 & 20-26 (Alphonse Maillot)



Texte : Luc 6/17 & 20-26
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Mon âme magnifie le Seigneur — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C – Avent-Noël-Epiphanie. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 105-107).



6ème dimanche ordinaire

Luc 6/17 & 20-26

Le Sermon sur la montagne (?... cf. ce qui suit), version Luc. Celui-ci, à l'inverse de Matthieu, nous présente Jésus descendant d'une montagne (v. 12 & 17) pour se retrouver dans un endroit plat devant une grande foule, sans doute disposée sur des gradins (Jésus est obligé de lever les yeux, la tête, pour leur parler : v. 20). Ici, Jésus prend carrément le contre-pied de Moïse faisant l'ascension du Sinaï. C'est la voix de la plaine, une voix humaine qu'il veut faire entendre, désirant ainsi faire comprendre (tout comme Paul en 1 Corinthiens 13) que la "loi" nouvelle est à la portée de tous les hommes.

Puis ce sont les autres Béatitudes suivies de quatre malédictions parallèles autant qu'antithétiques.

Tout d'abord, quelques mots sur "Heureux" ; ce n'est surtout pas "béats" (comme hélas le laisse supposer le terme "Béatitudes") ; d'ailleurs, légitimement Luc donne (dans les secondes parties de ces... béatitudes et de ces malédictions) une forme interpellative qui devrait nous amener à traduire : "Heureux êtes-vous, vous...", et le "maintenant" de la deuxième et de la troisième Béatitudes, comme de la troisième malédiction, est clair : la Béatitude n'est pas simplement un avenir, ni un état, mais un devenir qui doit commencer maintenant. Le pauvre n'est pas heureux, tout simplement parce qu'il est pauvre, mais parce qu'à cause du Christ, il peut maintenant transformer la tristesse et le découragement qui accompagnent la pauvreté en citoyenneté du Royaume de Dieu, sinon même en propriété du Royaume de Dieu. La porte est béante devant eux, ils n'ont pas de bagages qui les gênent, mais encore faut-il qu'ils prennent la peine d'entrer et d'accepter les règles du jeu de ce Royaume. Ils n'ont rien, cela leur permet (non pas passivement, pardonnez-moi de me répéter) de disposer de tout, et même de tous ; même s'il dépend des autres, le pauvre est fondamentalement libre. Attention cependant, le pauvre (aujourd'hui Ethiopien, etc…) a d'abord besoin de pain, avant de pouvoir découvrir sa liberté qui n'est, pour l'instant, qu'un mot creux. Profitons-en pour ne pas tomber dans la langue de bois (cf. les notes gentillettes de la TOB, TOB qu'un vrai pauvre ne pourrait même pas se payer !).

En tout cas, le pauvre peut dès maintenant relever la tête (cf. le "Debout", de M. Bouttier).

Ce qui vient d'être dit doit permettre de mieux cerner ceux qui sont derrière les "affamés" du v. 21. Ce ne sont pas ceux qui sont en train de "crever" de faim, car ceux-là, il faut les soigner au plus vite, et il n'est pas question pour les "obèses" (?) que nous sommes, de proclamer... "qu'ils sont heureux", alors que la mort frappe à leur porte : il s'agit plutôt de ceux qui vivent au jour le jour, sans savoir comment ils assureront leur subsistance demain.

Et, ici encore, soyons clairs : cette Béatitude ne concerne guère nos paroissiens ni nous-mêmes, qui serions plutôt visés par la malédiction correspondante (v. 25) : "Malheureux (êtes-vous), vous les repus maintenant : vous aurez faim", et en particulier de cette faim de confiance en votre Père. Vous aurez de la peine à dire : "Notre Père".

En revanche, il est bon de nous souvenir aussi que, s'il a vécu au jour le jour, Jésus n'a pas été un affamé, en tout cas tel que nous l’entendons aujourd'hui. Que cela nous aide à comprendre que personne, pas même Jésus, qui par exemple n'est pas en train de pleurer, ni d'être persécuté (troisième et quatrième Béatitudes), ne peut être 1'homme de toutes les Béatitudes en même temps. Et nous n'avons pas à courir au-devant d'elles et de la situation de détresse, qui permet seule de la vivre (cf. la quatrième Béatitude). Simplement, elles sont dites afin de nous assurer que :

a) ces situations de détresse ne sont pas anormales, mais sont (ou devraient être) considérées comme inhérentes à la foi chrétienne ;

b) et surtout (cf. Paul en Romains 5/1ss, ou cf. Jacques 1/2-4), elles peuvent être transformées en leur contraire (cf. le beau jeu de mots de Paul en Romains 5/4-5) : "L'épreuve peut devenir la preuve de notre espérance et que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs" !

La foi a le pouvoir de changer tout mal en son contraire. Facile à écrire...




Inscription à la newsletter