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Luc 4 v 1-13 (Alphonse Maillot)



Texte : Luc 4/1-13
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 12-14).



1° dimanche de Carême

Luc 4/1-13

Nous avons peut-être ici le récit le plus chargé théologiquement de tous les évangiles. En tout cas, le plus significatif. Je ne me lasse jamais de l'explorer. Je vais me contenter de pistes :

1° piste : on retrouve ici la tentation-de-Dieu dans l'Ancien Testament (car dans l'Ancien Testament, Dieu seul, malgré ce que dira Jacques 1/13ss, peut être vraiment tenté) : Exode 17/2-7 ; c'est l'épisode de Massah, terme qu'on devrait traduire comme la Septante : « La Tentation ». L'Ancien Testament y revient, directement six fois, et le Nouveau Testament, deux ou trois fois avec certaines allusions dont celle-ci, la plus importante, est très claire : Jésus occupe ici la place du Seigneur, tenté par les Israélites, qui lui demandent, au fond, d'être le Dieu qu'ils désirent qu'il soit ; non seulement leur fournisseur perpétuel d'eau (Exode 17/6) et de nourriture (plus loin), mais surtout le Dieu qui sera bien là, à chaque fois qu'on le lui demandera, et là pour accomplir un nouveau prodige. En Luc 4, le Diable demande deux prodiges au Christ, et lui promet d'en accomplir pour lui qui convaincront mieux le peuple de la présence efficace du Seigneur. Finalement cela fera du Seigneur... le serviteur d'Israël, son « chien » dit un proverbe babylonien.

On notera tous les rapprochements possibles (désert, soif/faim, et nous y reviendrons dans la deuxième piste : le conditionnel sous-entendu : « Si tu ne nous donnes pas d'eau, non seulement tu ne seras plus notre Dieu, mais tu n'es plus Dieu du tout »). Le Seigneur est alors non seulement tenté d'abandonner Israël, mais par l'amour qu'il porte à Israël, tenté de devenir le Dieu que son peuple lui demande d'être, tenté de ne plus être lui-même. C'est la vraie (et la seule) tentation de Dieu. Et c'est aussi le péché dernier d'Israël (et de nous tous) : déchirer Dieu entre l'amour profond qu'il nous porte et l'amour immédiat que nous lui demandons. Il y a peu de textes du Nouveau Testament qui expriment mieux que Jésus est dans la situation du Seigneur lui-même. Jésus est ici à la place de Y.H.W.H. ! !

2° piste : C'est le « si » implicite ou explicite que comporte toute tentation (de Dieu). « Si tu voulais..., si tu aimais les hommes et nous aimais... si... si... ». On le retrouve dans Luc aux versets 4, 7 (sous une forme différente ; idem pour Matthieu) et 9.

J'ajouterai que ce serait peu de choses (enfin, relativement peu !) si (sic !) ce « si » ne se retrouvait pas sans cesse dans notre vie (le « si » = conjonction du Malin et le conditionnel = mode du Diable) avec les autres, dans ce chantage continuel : « Si toi, ma femme, mon époux, tu m'aimais vraiment, tu ferais... ce que je désire, mais puisque tu ne le fais pas, tu n'es plus vraiment ma femme ou mon époux ! Si toi, Papa, tu me payais le vélomoteur que je te réclame, tu serais vraiment mon père, mais... etc… ». « Et si toi, Eglise, tu étais enfin comme j'ai rêvé que tu sois, tu serais une vraie Eglise, mais..., et donc tu n'es plus l'Eglise, etc… ».

Ce SI tentateur qui corrompt tout, qui nous fait aimer des images (des idoles) plutôt que ce qui nous est vraiment donné, est sans cesse sur nos lèvres. Et, à notre tour, nous devenons les « tentateurs de Dieu » ! Attention à ce que notre prière ne soit pas un chantage !

3° piste (la plus complète) : bien dégager la vraie tentation du Christ (qui n'a rien à voir avec ce que les cinéastes en racontent). Je me permettrai, en suivant Matthieu, d'intervertir la 2° et la 3° tentation.

1° tentation : celle du pain, non seulement pour Jésus, comme peut le laisser croire Luc avec « cette pierre » (on pourrait cependant comprendre « cette pierraille »), mais pour tous (avec Matthieu qui met « les = toutes les pierres) ». Tentation très habile que Jésus refuse ici, mais à laquelle il répondra discrètement avec la multiplication (invisible en elle-même) des pains. Tentation qui nous guette encore quand nous nous demandons pourquoi Dieu peut ainsi laisser crever tant de gosses de faim, sans comprendre que c'est à nous que cet appel s'adresse.

2° tentation : celle du cirque, du spectacle, de la performance, qui submergera, noiera d'admiration tous ceux qui en seront les spectateurs. Là, on pensera à tous les défilés à grand spectacle, depuis ceux de Nuremberg à ceux de la Place Rouge. Et à toutes ces demandes explicites ou implicites que nous faisons à Dieu pour qu'il nous éblouisse avec son pouvoir, etc… Ou encore les performances que nous exigeons de l'Eglise, des Eglises.

3° tentation : celle du pouvoir où, d'ailleurs, le Diable montre très bien où il niche : dans la puissance, dans la contrainte. « Si tu me laisses faire, tu vas voir ce que tu vas voir, tout va marcher comme sur des roulettes. Car moi, le Diable, je réussis ! ».

On n'oubliera pas de bien étudier les réponses du Christ, fermement accroché à l'Ecriture ainsi qu'au respect des hommes (et de leur liberté, c'est-à-dire de leur amour potentiel). Et on éclairera le verset 13 par Luc 23/35, 37, 39 où on peut croire que Jésus a été déchiré.




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