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Luc 3 v 1-6 (Alphonse Maillot)



Texte : Luc 3/1-6
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Mon âme magnifie le Seigneur — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C - Avent-Noël-Epiphanie. Mission Intérieure de l’Eglise luthérienne à Paris, 1991 (p. 17-18).


2° dimanche de l’Avent

Luc 3/1-6

Il est bien difficile de prêcher sur une notice historique. Si on y parvient ou y consent, on devra préliminairement mais rapidement rappeler :
— qui sont tous les personnages dont il est ici question : Tibère, Hérode (Antipas, le tétrarque), Philippe, Lysanias pour les hommes politiques (romains ou mis en place par les Romains), et Hanne et Caïphe pour les grands prêtres juifs ;
— où se sont exercés leurs “ministères” et
— quand ils l’ont exercé (les notes de la TOB sont suffisantes). Mais avec cela, on a, à la fois, dit beaucoup de choses et rien dit. Jadis on pensait que Luc se piquait d’histoires et même d’Histoire ; or, ce n’est pas par marotte d’historien que Luc fait place à cette notice dans son évangile, c’est pour bien situer la venue de Jésus et la Bonne Nouvelle dans l’histoire (et la géographie) des hommes. C’est pour éviter que le Jésus témoigné et révélé ne devienne un personnage intemporel et finalement un mythe, ou un personnage figé, dont les actes et les paroles éternellement sclérosés n’auraient nul besoin d’être replacés en leur temps pour être compris et actualisés.

C’est le même souci qui a d’ailleurs guidé Jean quand il déclare : “Le Logos (Verbe) est devenu chair (c’est-à-dire personnage historique)” (Jean 1/14).

Jésus appartient vraiment à notre histoire ; tout comme chacun d’entre nous, il a vécu un moment précis durant une période définie de cette histoire ; tout comme il est géographiquement situé et limité, tout comme il est de religion et de civilisation juives. C’est très important, car cela nous oblige, autant que faire se peut, à aller à sa recherche, à retrouver son contexte historico-géographico-religieux, avant de pouvoir entendre et comprendre ce qu’il dit. Nous devons devenir ses contemporains pour qu’il devienne le nôtre, parle notre langue et à notre cœur. Car, s’il est le même hier, aujourd’hui et éternellement, ce ne peut être qu’en traduisant dans notre aujourd’hui, dans nos langues et nos coutumes ce qu’il a accompli pour les hommes de tous les temps.

Certes, toute cette introduction historique précède chez Luc la venue du “Précurseur” : Jean-Baptiste, qui justement baptisera Jésus (3/21-22), mais elle renvoie, tout en le précisant, au début, historique aussi, du chapitre 2 qui relate la naissance du Christ que nos fêtes de Noël ont tendance à “dé-temporaliser”, “dés-historiciser” ; et le fait que Noël ait remplacé une fête annuelle du Soleil renaissant, ne fait qu’accentuer sa tendance à se confondre avec un mythe. La fête (répétée) de Noël remplace trop souvent le fait (unique) de Noël.

En ce qui concerne Jean-Baptiste, nous rappelons que le texte hébreu d’Esaïe (40/3-5) porte en fait : Une voix crie : “Préparez dans le désert le chemin du Seigneur” (qui va ramener son peuple de Babylone) ; mais le sens en a été changé du fait du séjour dans le désert de Jean-Baptiste (et à Qumrân, le monastère des Esséniens n’était pas non plus dans une région accueillante, il s’en faut !). Cependant, l’habituelle expression “prêcher dans le désert” est un contresens. En effet, la prédication de Jean-Baptiste connut un grand succès (3/10 & 15). Cette prédication de Jean-Baptiste, sur qui la parole de Dieu est descendue (v. 2, alors que chez beaucoup de prophètes, la parole de Dieu vient vers eux), reprend donc les promesses d’Esaïe 40-55. Et Jean-Baptiste est là pour désigner aux yeux de tous les hommes (v. 6) celui qui est leur unique salut.



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