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Luc 24 v 44-53 Alphonse Maillot
Texte : Luc 24/44-53
Genre : Notes homilétiques Auteur : Alphonse MAILLOT Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 143-146). Ascension Remarque préalable : même si je tiens ce jour de l'Ascension pour une fête très importante (cf. plus bas), qu'il est dommage de négliger dans beaucoup de nos Eglises, j'ai commenté seulement un texte : celui de Luc 24 (in fine) ; les textes complémentaires d'Hébreux, donnés dans la liste biblique, même s'ils doivent certainement être lus, me semblent trop « lourds » théologiquement pour être le canevas d'une prédication. De plus, ils sont cause de polémique entre catholiques et protestants (sans oublier les orthodoxes), à propos du sacerdoce actuel des prêtres et celui des fidèles. Or, ce n'est ni le jour ni l'heure d'en débattre, même s'il faudra bien un jour, vraiment et clairement nous poser les uns aux autres cette question qui est l'une des deux ou trois vraies raisons de nos séparations. Luc 24/46-53 (remonter au v. 44) En effet, il faut prendre le texte plus haut qu'il n'est indiqué (ce que fait d'ailleurs le lectionnaire), car tout ce qui suit est régi par cette expression (un seul mot en grec : dei) : « Il faut... ». Nous avons déjà rencontré cette expression familière à Luc (et surtout aux Actes, plus de vingt fois), à Matthieu et Jean. Ici, cette expression est mise en relations avec « ce qui est écrit à mon propos dans la Torah, Moïse, les prophètes et les Psaumes » (une des rares fois où est évoquée la troisième partie du canon : les Psaumes qui deviendront, avec quelques autres livres, « les Ecrits ») ; on se dirige donc vers le canon juif tel qu'il sera fixé plus tard : le TaNaK. T = Torah ; N (nebiîm) = Prophètes ; K (ketoubîm) = Ecrits. Profitons-en pour voir que, si l'ordre juif est restauré par la TOB contre Segond, Jérusalem, etc…, ce n'est pas seulement un caprice d'« érudits ». Ce petit mot « il faut » montre alors, non pas que Jésus plie son sort à l'Ecriture (juive), mais que l'Ecriture se pliait par avance à Celui qu'il devait être. Le sort de Jésus n'est donc pas d'abord fixé dans un texte intangible qui aurait contraint le Christ à se plier à ce qui était écrit, mais c'est ce texte qui, par avance, se calquait (à grands traits) sur les événements essentiels qui ont jalonné la vie du Christ, même si ce dernier était pétri de l'enseignement vétéro-testamentaire. Autrement dit encore, Jésus est le maître de cette nécessité qu'exprime le « il faut ». En fait, c'est « Jésus a voulu que... », mais cette volonté est exprimée par l'Ecriture. Au passage, remarquons une fois de plus que cela met en cause tous les systèmes sotériologiques quand ils prétendent être plus que des manières incomplètes et maladroites de rendre compte du mystère du salut : expiation, substitution, réparation, etc… ; ce ne sont pas des termes faux, sauf s'ils prétendent cerner vraiment le mystère de l'amour de Dieu-révélé-en-Jésus-Christ. J'aime à citer une phrase magnifique de Kierkegaard : « Il n'y a pas de pourquoi (au mystère du Christ) parce qu'il y a un Pourquoi infini ». On remarquera, entre les « souffrances du Christ » (donc déjà annoncées dans l'Ecriture) et la Résurrection (id.), la très curieuse absence d'une quelconque allusion à la Croix ou à la mort de Jésus (v. 46). Sans doute cette mort est-elle rangée dans le « souffrir » — tout ce que le Christ devra endurer, mort y comprise (cf. Luc 22/15 ; et Luc 24/26 ; Actes 1/3...). Il faut comprendre alors : « (sa) Passion ». De plus, le texte, en ayant fait référence à l'Ecriture, nous invite à traduire ici « le Christ » par « le Messie ». Voici donc une sorte de brève affirmation de foi : « Le Messie, en conformité à toute l'Ecriture, a connu la Passion et il a été ressuscité des morts ». C'est cela qu'il vous faudra annoncer, en annonçant simultanément « la conversion qui-trouve-son-origine-en-son-Nom » = le bouleversement, non pas d'abord sentimental, mais celui où nous changeons complètement de repères, de critères pour tout revoir, réévaluer, référer, dans notre existence. C'est un « changement total d'origine » (ou encore une rotation à 180°, dirait-on en maths) (« Faire demi-tour » dit le verbe hébreu). Il est regrettable, sans doute, que nos confessions de foi ne parlent pas de cette conversion... même s'il est quasi impossible de trouver un terme adéquat. Et cette première rotation aura pour conséquence que nos « péchés » qui, soit nous écrasaient, soit rongeaient sourdement et inconsciemment notre existence, sont désormais remis, mis de côté, au panier, enfouis. Ils n'ont pas eu lieu ; en tout cas, notre avenir, plus encore que notre passé, en est débarrassé, désencombré. Attention, ce pardon n'est pas subordonné à notre « métamorphose (?) » ou « conversion », mais sa réception l'est. Jésus nous le donne toujours, mais il ne peut ouvrir le poing fermé qui ne veut pas le recevoir (même si ce refus lui-même fait partie des péchés pardonnés). Puis, comme à la fin de Matthieu, Jésus ouvre ici le champ des nations (sans oublier pour autant Jérusalem : v. 47 in fine) aux semailles de l'Evangile par les disciples. C'est ici, comme cela était d'ailleurs annoncé dans maintes paraboles, qu'on aperçoit l'importance de la fête de l'Ascension : « Jésus nous fait pleinement confiance, à nous les incapables (Luc 17/10), les paresseux et imprudents (Matthieu 24/48), les jaloux (Matthieu 20/11-12), les contrariants (Matthieu 21/28-32) et de toute manière les maladroits ». Jésus se retire et nous dit : « A vous d'y aller ! ». Jésus n'a pas fait que nous sauver (au sens restreint et passif habituel), il nous a, de plus, chargés de transmettre, par l'annonce de l'Evangile, ce salut. Disons plus justement que le salut qu'il nous accorde va jusqu'à la confiance qu'il nous fait toujours en nous remettant son œuvre. Il nous a fait à tous la grâce de pouvoir être les témoins (v. 48) de Celui qu'il a été parmi nous, pour nous, et quand il l'a fallu, contre nous. Au v. 49, c'est la promesse de l'Esprit (« force » dynamique venue d'en-Haut), qui revêtira les disciples (présents et à venir). Précisons que la traduction « revêtir » me paraît faible, même si la symbolique du vêtement est fréquente dans la Bible (cf. Genèse 3/7 ; 2 Corinthiens 5/4 : Ephésiens 4/4 ; ou Colossiens 3/10 qui apportent d'heureuses précisions). En effet, dans cette symbolique, le vêtement n'était pas ce qui se limite à notre apparence, mais plutôt il atteste notre présence, notre comportement en ce monde : « changer de peau » serait meilleur, mais encore trop faible. Car l'image ne se veut pas superficielle (comme dans notre expression : « ...changer de chemise »). Rappelons que l'on reconnaissait, au moins, l'état social au vêtement. Au v. 51, il semble probable que le texte le plus ancien portait seulement : « Il fut séparé (enlevé) d'eux » ; la suite « (enlevé) au ciel » me paraît plus tardive (cf. cependant notes TOB), et d'ailleurs cela signifie simplement que Jésus est parti « Ailleurs », près de Dieu lui-même. On notera que Luc n'a pas oublié de nous dire que les disciples, réjouis et célébrant l'action de grâces, n'ont pas vu dans tous ces événements une rupture avec le judaïsme, mais au contraire (et légitimement : v. 47) un couronnement de la foi des pères (cf. début des Actes). Les « problèmes » ne commenceront que... plus tard. Autres textes de la même catégorie
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Luc 24 v 46 - 53 Pierre Muller