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Luc 23 v 32-43 David Mitrani
Texte : Luc 23/32-43
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 25.11.2001 à Châteauneuf & Jarnac (16). Fin de l'année ecclésiastique, puisque dimanche prochain une nouvelle année commence : ce sera le premier dimanche de l'Avent. Traditionnellement, on fête aujourd'hui le Christ Roi. Fin de l'année, fin de la vie de Jésus de Nazareth, cloué sur un poteau, parmi d'autres. Roi, certes, comme le dit l'écriteau portant le motif de la condamnation, drôle de roi, roi mourant, roi sans puissance, roi moqué par tous, même par ceux qui meurent avec lui. Roi et trône dérisoires. Les plus bouillants de ses disciples auraient voulu se tenir "l'un à sa droite et l'autre à sa gauche" (Matthieu 20/21), mais la perspective du pouvoir s'est envolée pour eux et, près de ce roi-là, on ne domine pas, on meurt… Vous êtes bien placés pour le savoir, vous les chrétiens, que c'est difficile à assumer. Ou bien êtes-vous tellement habitués à cet Evangile qu'il ne vous choque plus ? Non, on ne peut pas s'habituer. Ce qu'il y a de plus profond en nous y résistera toujours : vivre, c'est être debout, c'est se battre, c'est gagner sa place au soleil des hommes et au paradis de Dieu ! Selon ce critère qui nous pousse, nous, en avant, Jésus a perdu, et même pire : Jésus est un perdant, il ne s'est pas battu. Est-il ainsi l'image de Dieu, du Dieu tout-puissant ? La foi chrétienne affirme que oui. Mon être y résiste, mon esprit crie un "non" désespéré. Si la toute-puissance de Dieu meurt sur la croix, alors il n'y a plus d'espoir pour moi. Le non-sens reste absurde. La souffrance et la mort restent le seul horizon, la santé et la richesse restent le seul paradis, éphémère paradis terrestre où ne règne que l'amour de soi. Une seule sortie se présente alors : faire de la mythologie, croire que cette mort n'en est pas vraiment une, qu'il a fait semblant, qu'il va revenir bientôt, que d'ailleurs, dès le surlendemain, il sera là de nouveau… Mythologie ou foi chrétienne ? Si la résurrection efface la mort, alors c'est de la mythologie. Si Jésus a "joué" sa mort comme un bon acteur d'un mauvais film, alors il n'a rien à me dire, il ne m'apporte rien, à moi qui vais mourir, vraiment mourir. Et mon cri de désespoir se fait reproche, et ma voix rejoint toutes celles qui l'entourent à Golgotha. Qu'il soit homme ou dieu, qu'il manifeste donc sa puissance, qu'il "se sauve lui-même", afin que je puisse croire en lui, afin que je puisse croire qu'il va guérir et sauver ma propre vie, faire éclater mes propres limites, me faire échapper au péché et à la mort. Mythologie. On n'échappe pas à la mort. On n'échappe pas à la finitude. Pas parce que c'est le destin, pas parce que Dieu est méchant, pas parce que mes cellules se moquent de mon existence comme individu. Mais parce que c'est comme ça. Je ne suis pas un dieu tel que je les rêve, tel que je me rêve. Je suis moi, de telle date à telle date, dans une histoire qui s'achèvera un jour. Je suis moi, encombré de mon péché, et de tout ce dont je ne sais même pas si c'est péché, nature ou bonheur. Je suis un être fini, particulier. Et c'est à moi tel que je suis que Dieu s'adresse, ce Dieu que je croyais Juge et Patron et qui est mon Père, ce Dieu dont je confessais la toute-puissance et qui se montre à moi comme un de mes frères, mourant comme moi. Foi chrétienne et non plus mythologie : la première chose que fera le Seigneur ressuscité, c'est de montrer à ses amis les marques physiques, réelles, de sa mort : ses mains et son côté… Dieu n'est pas un Dieu qui ne meurt pas, Dieu n'est pas un Dieu qui fait mourir ou qui empêche de mourir. Dieu est un Dieu qui meurt avec moi. Etrange Dieu, étrange Evangile… Tous ces gens autour de lui, à Golgotha : ils sont tellement près de la vérité, et tellement loin aussi… Oui, ils en sont bien proches : ils ont raison, c'est leur salut qui est en train de se jouer, là, devant eux, dans la mort du Messie d'Israël. "Il a sauvé les autres", disent les chefs des Juifs. C'est vrai. Il vient de le faire. Il vient de prier ainsi : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font". Vous croyiez qu'il ne parlait que de la croix, que pour ceux qui venaient de l'y clouer ? Non, c'est de vous et de moi qu'il parlait ainsi, c'est de ce que nous faisons, c'est de ce que nous vivons, c'est de notre mythologie, de notre croyance en la puissance, de notre fuite devant Dieu et de notre fuite en avant devant les hommes. Pour nous, tels que nous sommes, Jésus a demandé pardon sur sa croix. Pour nous… Ils ne l'ont pas compris, ceux qui ont continué à se moquer, à se moquer de lui pour oublier de pleurer sur leur défaite à eux. "Il a sauvé les autres, il n'a qu'à se sauver lui-même", disent-ils. Ce n'est pas possible. Les hommes raisonnent ainsi, les hommes fonctionnent ainsi. Pas le Fils de Dieu. Nous, lorsque nous savons que "c'est lui ou moi", nous choisissons "moi". Jésus a choisi "lui", c'est-à-dire les autres, tous les autres, sans distinction. Pas les bons. Pas les justes. Pas les pieux. Parce qu'il n'y en a pas. Parce que, s'il y en avait, des bons, des justes, des pieux, ils seraient déjà sauvés, sauvés par leur bonté, leur justice, leur piété… Les paroles des deux "bandits" nous révèlent clairement l'alternative. Le premier à parler parle comme les autres. Sans doute zélote, combattant du salut contre l'occupant, il n'a pas de raison d'aimer Jésus, faux chef, ami des collaborateurs de l'ordre impie, démagogue. Il aimerait bien avoir trouvé le Messie. Un Messie fort qui nous donne sa force. Un Messie victorieux qui nous donne sa victoire. Qu'il vive à notre place, et que nous en profitions ! Cet homme, sans doute, aurait aimé régner en obéissant à un tel Dieu. Peut-être se voyait-il en Josué, en David, en Judas Maccabée… Ça n'a pas marché, les Romains sont les plus forts, l'impiété fait son œuvre : lui, le juste, meurt victime des méchants. Etrangement, ce n'est pas le même discours que tient son camarade. Lui a dépassé cette vision. Il se sait injuste. Il sait la punition méritée. Mais plus que ça, qui n'est pas encore de la foi. Il sait que le Dieu de Jésus n'est pas la cause de cette punition, il sait que le Dieu de Jésus ne sanctionne pas le coupable : la faute y suffit, elle comporte sa propre sanction, et ça, c'est la nature. Mais Dieu est forcément différent de ça… La foi de cet homme, c'est de refuser de mêler Dieu à sa vie et à sa mort, et pourtant, en même temps, de voir Dieu au centre de sa vie et de sa mort, en ce Jésus qui meurt à côté de lui, de la même mort que lui. Dans un tout autre contexte, cet homme vit la même chose que Job. Ou plutôt, avec l'autre homme, ils sont à eux deux tout le livre de Job : l'affrontement de toutes les logiques humaines au sujet de Dieu au cœur de la souffrance et de l'absurdité du monde, et la manifestation d'un Dieu qui, lui aussi, est là au cœur, et empêche ma vie et l'univers de sombrer. Là où notre homme se trompe, c'est lorsqu'il dit "quand tu viendras comme roi". Oh, certes, il a reconnu la royauté de Jésus. Il l'a même reconnue dans ce Jésus souffrant et mourant. Mais il l'attend et il l'espère pour demain. Comme la sœur de Lazare qui disait "oui, je sais, au dernier jour…" (Jean 11/24). N'est-ce pas là notre attente, à nous aussi, afin que cessent enfin la mort, le péché, l'injustice, toutes les horreurs que nous subissons et celles que nous commettons, nous ou nos semblables, sans parler de la nature ? Nous attendons pour demain, quand nous avons encore de l'espoir. Et Jésus répond "aujourd'hui" ; Jésus répond "avec moi"… C'est une certitude, puisque c'est une promesse du Seigneur, c'est une certitude pour le "bandit" crucifié avec lui. C'est une certitude, mes frères et sœurs, pour vous et moi, pour chacun d'entre nous. Le "paradis", c'est aujourd'hui avec Jésus. Comprenez-vous bien ? C'est que le reste devient sans importance. C'est que la réputation, la richesse, la santé, la persécution, la mort, là où ces choses-là sont en jeu, Jésus nous dit que le jeu est sans intérêt. Croyez-vous que je vous dise ainsi de vous désintéresser de votre propre vie et d'attendre la mort ? Sûrement pas ! Au contraire : intéressez-vous à votre propre vie, mais cessez de vous en préoccuper, de vous en inquiéter. Intéressez-vous à votre propre vie comme à une existence qui vous est donnée, qui n'est pas entre vos mains, mais dans les mains de Dieu. Intéressez-vous à chaque instant de votre vie, à chaque rencontre, à chaque partage, à chaque amour. Intéressez-vous à votre vie au point de vous intéresser aussi à celle des autres. Intéressez-vous à votre vie et à celle de votre voisin, car vivre, c'est aujourd'hui, et c'est avec Jésus. Vivez donc, mais ne craignez plus rien. Vivez comme des gens qui savent qu'aujourd'hui, avec Jésus à leur côté, ils sont au paradis. Laissez s'estomper les attraits du monde, ce pour quoi on veut vivre ou mourir, et laissez-vous guider par la lumière véritable, le Christ Jésus, qui est mort et qui vit pour vous. L'homme crucifié avec Jésus a trouvé la vie, la paix et la liberté. Il les a trouvées dans sa souffrance, dans sa défaite. Pas à cause d'elles, bien sûr. Mais là où il était. Il a trouvé Jésus, et Jésus l'a libéré non seulement de la mort, mais aussi de la culpabilité. Oui, cet homme est mort libre, comme son Roi à côté de lui. Il est mort sans que la mort ait prise sur lui. Puissions-nous, les uns et les autres, vivre et mourir ainsi : dans la liberté de cet homme, sans que ni la vie ni la mort n'aient prise sur nous. Jésus Roi, cela ne veut-il pas dire que lui seul a prise sur ses sujets ? Or, il se trouve que cette royauté, il l'exerce seulement en mourant pour nous, avec nous. Alors oui, Jésus Roi et Seigneur, sur la croix, sur ma croix, pour moi, tous les jours de ma vie. "Je te le dis, c'est la vérité : aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis". Amen. Autre lecture : Colossiens 1/9b-23a Cantiques : * NCTC 266 = ARC 610 O Jésus, mon frère * NCTC 298 = ARC 619 Prends ma main |
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Luc 23 v 35 - 43 Calonne