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Luc 21 v 25-36 (Michel Leplay)
Texte : Luc 21/25-36
Genre : Prédication Auteur : Michel LEPLAY Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 02.12.1979. “Quand ces événements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche”. Ces déclarations de Jésus prennent place dans le long discours que nous rapportent les évangiles et qui comprend successivement l’annonce et la ruine du Temple de Jérusalem, les signes du jugement de ce monde, et notamment la persécution des croyants, la venue du Fils de l’homme et l’irruption du règne de Dieu ; enfin des exhortations à la vigilance. “Quand ces événements commenceront à se produire”... Or, “ces événements” avant-derniers de notre histoire sont nettement marqués par le tragique et l’on est submergé par un déluge de mots tels que : l’angoisse et l’épouvante chez les nations, le fracas et l’agitation de la mer, la frayeur et la crainte des hommes, l’ébranlement des fondations du monde et le malheur de tous ceux qui se trouvent sur la terre entière. C’est ce que le bon-sens populaire, notre mémoire collective et je ne sais quel attrait pour la catastrophe mettent sous le mot “apocalypse” dans des expressions telles que “apocalypse nucléaire” ou “Apocalypse now”, ce film où l’on s’écrase. Il est bien vrai que, pour la première fois dans l’histoire des civilisations, les hommes sont capables de tout cela, en même temps ! Mais voyons d’abord, si vous voulez, quelques précisions de vocabulaire concernant justement l’apocalypse, puisque le chapitre 21 de Luc appartient à la famille des écrits apocalyptiques. L’apocalypse est, en effet, à distinguer de deux autres genres littéraires et religieux que l’on trouve également dans l’Ecriture Sainte quand il s’agit de l’avenir. D’une part, la prédiction, qui est annonce d’un événement précis et de portée immédiatement limitée, par exemple la prédiction des trois voyageurs auxquels Abraham a donné l’hospitalité et qui annoncent au patriarche : “Dans un an, à la même époque, Sara ta femme aura un fils” (Genèse 18/10). Ou cette prédiction qu’est l’annonce faite à Marie : “Tu deviendras enceinte et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus...” (Luc 1/31). La prédiction concerne le plus souvent des événements personnels et familiaux, de caractère intime, au départ du moins. La prophétie, elle, est d’un autre genre, et contrairement à celle que l’on pourrait penser, elle parle du présent pour influencer l’avenir et, si elle annonce l’avenir, c’est pour que l’actualité en soit transformée ; la prophétie est “appel aux vivants”. Comme l’écrit Roger Garaudy, elle annonce clairement les conséquences de nos actes ; avec Esaïe pour prendre un exemple entre cent : “Malheur à ceux qui mettent leur confiance dans la multitude des chars et dans la force des cavaliers” (Esaïe 31/1). La prophétie apporte de la liberté dans l’histoire, elle nous appelle à la responsabilité. Le prophète est un homme qui s’adresse aux chefs et au peuple, de la part de l’Eternel et qui dénonce l’injustice et annonce la délivrance. L’apocalypse, par contre et enfin, implique une toute autre démarche. Car, si le prophète s’exprime généralement par la parole, l’apocalypticien procède par vision, comme l’ont bien compris les tapissiers d’Angers, après Saint Jean et jusqu’à Jean Lurçat. L’apocalypse s’adresse à notre regard, sur l’immense écran panoramique et coloré du monde, ce qui ne veut pas dire que Dieu nous “fasse du cinéma”, mais que c’est pour ses témoins une manière de nous parler de ce qui nous regarde. Et il nous faut maintenant regarder de plus près à ce qui nous regarde peut-être le plus, et qui finalement pourrait n’être pas si lointain : “Quand ces événements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche”. Apocalypse signifie “révélation” de ce qui est inconnu ou plutôt invisible, dévoilement de ce qui était caché. Et la révélation de type apocalyptique, si j’ose ce pléonasme, a trois caractères principaux et complémentaires ; il ne sera pas nécessaire d’insister beaucoup pour que vous en perceviez l’actualité. D’abord, un pessimisme radical : le mal est partout, et pas seulement dans l’homme ou chez certains hommes, pas seulement dans la société, ou dans certains régimes. Mais “il y a dans le monde une négativité radicale que même la transformation du cœur humain ne saurait éliminer ; il y faut un acte de Dieu, une création nouvelle”. Il n’y a pas d’autre espoir que celui de l’intervention du Seigneur. Et la littérature apocalyptique a bien pour but, non pas de donner le grand frisson aux gens heureux — comme nous le pensons —, mais d’apporter l’espérance et d’appeler à la confiance dans les temps de détresses, de persécution, quand l’avenir est complètement bouché, qu’il s’agisse de l’occupation d’Israël par les grecs puis les romains, qu’il s’agisse des camps de déportation ou de l’archipel du Goulag, qu’il s’agisse d’une impossible négociation ou d’un inadmissible génocide, qu’il s’agisse d’un état personnel de détresse morale, matérielle, physique, enfin quand “il n’y a pas moyen d’en sortir, de s’en sortir”, alors l’espérance apocalyptique éclate au cœur, saute aux yeux des hommes et proclame “que leur délivrance est proche”. Finalement, c’est le cas de le dire, l’Apocalypse est la plus grande espérance sur nos plus grandes détresses. Et nous ne pouvons être radicalement pessimistes sans en mourir que parce que Jésus-Christ déjà est ressuscité et qu’il vient. La deuxième caractéristique de la littérature apocalyptique, c’est sa dimension cosmique, et vous aurez remarqué que Jésus précise : “Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles”, car c’est toute la création qui est concernée, la terre, le ciel et la mer. Comme si, au moment de l’accomplissement des temps, l’espace prenait une place déterminante. La prophétie vivait sur le mode historique, l’apocalypse est vraiment géographique. L’événement qui va se produire a une portée universelle, et pas seulement familiale comme la prédiction, ni même sociale comme avec le prophète ; et de même que la conscience écologique annonce que l’homme et la nature ont partie liée pour le meilleur et pour le pire, de même, bien avant nous déjà, Saint Paul disait que “c’est la création toute entière qui soupire et qui attend la délivrance” (Romains 8/22). Espérance incroyable, à la mesure d’un pessimisme radical. Nouvelle création à la dimension cosmique de la vision apocalyptique. Enfin, troisième caractéristique du genre : la fermeté des convictions et la rigueur morale des croyants. “Quand ces événements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche”. En temps de persécution et de détresse, les croyants sont appelés à veiller, à se tenir sur leurs gardes, et Jésus précise avec une sorte de sagesse élémentaire : “Prenez garde que vos cœurs ne s’alourdissent dans l’ivresse, les beuveries et les soucis de la vie” ; ne soyez donc pas repliés ou recroquevillés sur vos soucis domestiques ou professionnels, ne soyez pas davantage alourdis ou avachis dans les paradis artificiels, mais soyons des hommes debouts, la tête haute, des veilleurs, des sentinelles, des gardes. Oui, relevez la tête, ne baissez pas les bras. Votre délivrance approche, tenez bon, le libérateur va venir ! Frères et sœurs, nous entrons aujourd’hui dans le temps dit de l’Avent, c’est-à-dire de la venue du Messie, de son avènement, le temps de l’accomplissement des promesses. Le texte apocalyptique que nous avions à recevoir ce matin nous rappelle que nous habitons une société, et même un monde, sans autre avenir que Dieu. Tout au plus avons-nous un futur, ou plutôt des futurs dont les divers scénarios constituent cette science nouvelle que l’on appelle “la futurologie” et pour laquelle il est possible non seulement de prolonger les courbes statistiques ou de supputer les progrès de nos sciences et de nos techniques, mais dans laquelle il faut encore faire rentrer des possibilités aussi diverses qu’un conflit militaire partiel ou généralisé, ou bien au contraire la réconciliation paradisiaque de l’homme avec la nature. “Comment ne pas avoir le sentiment, écrivait cette semaine un journaliste, que le monde est entré dans une phase anarchique, incontrôlable et sans règles, où les événements surviennent sans qu’on ait le moyen de les prévoir ni la capacité d’y faire face ?”. Aussi, devant ce futur inacceptable autant qu’imprévisible, est-ce le temps, cette année plus qu’en d’autres, d’annoncer fermement qu’à cause de Jésus-Christ, il y a de l’espérance pour notre avenir ? Annonçant ces événements révélateurs de la fin des temps, Jésus s’adressait à ses disciples et à la foule : “Cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive...”. Quel embarras pour les calculateurs de dates, pour ceux qui prétendaient que le Christ reviendrait en 1844, comme on dit maintenant que ce sera pour 1984 ! Non, “nul ne sait ni le jour ni l’heure”, ni bien entendu l’année. Certes, la première génération chrétienne a pensé que la fin du monde ne tarderait pas ; et depuis lors, nos sociétés sont prises, de temps à autres, par une panique millénariste. La réalité est à la fois moins simpliste et plus mobilisatrice. Et il s’agit moins de compter les jours et les élus que de compter sur Dieu et sur les frères. C’est pourquoi j’aime le titre et le livre de Denis de Rougemont : “L’Avenir est notre affaire”. On répondra, certes, que l’avenir est à Dieu. Mais le plan de salut que Dieu, mes amis, a préparé pour le monde, c’est “un projet de paix et non de malheur ; je veux vous donner un avenir et de l’espérance”, annonçait Jérémie (29/11). Notre génération, après toutes celles qui l’ont précédée, et comme celles qui suivront éventuellement, reçoit en effet une vocation toujours unique et chaque jour urgente, qui est de reconnaître que Jésus-Christ est venu, qu’il est vainqueur et qu’il reviendra ; à nous d’en tirer les conséquences pour aujourd’hui et pour demain et après-demain peut-être. “Redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche”. Amen. Autres textes de la même catégorie
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