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Luc 21 v 25-36 (Christian Bonnet)



Texte : Luc 21/25-36
Genre : Prédication
Auteur : Christian BONNET
Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 03.12.2000.



Décembre 1999, une tempête sans précédent dans ce siècle provoque des dégâts innombrables dans notre pays. En mer, le naufrage de l'Erika entraîne une marée noire dont nous n'avons pas encore fini de subir les conséquences.
Octobre 2000, nouveau coup de vent en mer et nouveau naufrage d'un navire transportant des produits chimiques nocifs.
On accuse les mutations climatiques. Comment se fait-il que l'exceptionnel devienne de plus en plus fréquent ? Les spécialistes sont quasi unanimes aujourd'hui pour évoquer comme cause principale à ces dérèglements le réchauffement de la planète, directement lié à l'activité humaine.
Déjà au cours de cette année, la population d'un archipel corallien dans le Pacifique a dû être déplacée. Ces îles situées seulement à 1 mètre au-dessus du niveau de la mer sont condamnées à s'enfoncer dans l'eau. Le corail est en train de mourir à cause du réchauffement de l'océan. Aujourd'hui, près de la moitié de la population du globe vit sur les côtes ou dans le delta des fleuves. La montée des eaux va entraîner une menace permanente à chaque tempête. Les conséquences économiques sont incalculables. L'inquiétude est de plus en plus forte.

Comment ne pas faire le parallèle entre cette préoccupation angoissante qui est la nôtre en ce début de 21° siècle et la parole que nous avons lue dans l'évangile de Luc : "Les tempêtes de la mer feront beaucoup de bruit et tous les habitants de la terre seront très inquiets et effrayés" ?

MUSIQUE : Horror music, n° 11 (Studio G, CD 22)

Jamais les auteurs de la Bible n'ont accepté de tourner le dos aux événements de leurs temps. Sécheresse ou déluge, invasions de sauterelles ou épidémies : ils ont toujours voulu donner à ces événements une signification : "C'est à cause de votre attitude irresponsable, disent-ils en substance, que ces choses arrivent. C'est parce que vous avez méprisé des règles données par Dieu, parce que vous vous êtes rebellés contre lui".

Nous réagissons plutôt de façon infantile lorsque la catastrophe nous atteint. Nous cherchons à savoir pourquoi nous sommes punis : "Qu'est-ce que nous avons fait au bon Dieu pour mériter ça ?".
Ces événements qui nous affectent, la Bible préfère les qualifier de "signes". Ils ont pour vocation de nous faire sortir de notre indifférence. Alors, réfléchissons, ce matin !
Nous avons peur du réchauffement de la terre, d'accord, mais nous voulons en même temps le confort, la voiture, des coûts à la consommation toujours plus bas, une planète propre et, si possible, en prime, un partage équitable des ressources entre tous ses habitants. Cette équation est diabolique ! Elle n'a aucune solution, sinon l'irresponsabilité.
Or, c'est justement sur notre responsabilité que 1'évangéliste Luc veut nous faire réfléchir ce matin. Il nous dit : "Essayez de penser à autre chose que manger, boire et faire la fête. Est-ce que vous appelez cela « se conduire en être humain » ? Est-ce qu'au fond de vous-mêmes vous n'aspirez pas à autre chose ? Quelle humanité voulez-vous faire advenir ?".

Pour l'évangéliste Luc, ce qui doit advenir, le modèle que nous pouvons espérer, c'est le Fils de l'homme.
Cette expression est ancienne, elle remonte aux derniers prophètes de l'Ancien Testament : Daniel entre autres. Lorsque Luc l'utilise dans son évangile, c'est bien sûr pour parler de Jésus, mais toujours dans la perspective de ses souffrances et de sa mort. Le Fils de l'homme est celui qui choisit de donner sa vie pour la cause qu'il défend. On est loin d'une attitude de passivité qui amènerait Jésus à subir les événements.
Tout au contraire, Jésus anticipe sur l'hostilité qu'il suscite. Il se doute qu'il ne fait pas plaisir à tout le monde. Il y a ceux dont il conteste l'autorité, ceux dont il menace le pouvoir économique. Et pourtant, Jésus ne recule pas devant la mort, qu'il considère comme un passage obligé. Il donne sa vie, là où tous croyaient la lui prendre. Il renverse la situation, il prend les forces de mort à leur propre piège et il les retourne comme un vieux vêtement. Pour avoir accepté de se faire le serviteur de tous, le Fils de l'homme sort de la mort avec puissance et avec gloire.

Pour Luc, tous les signes que nous voyons autour de nous devraient nous amener à comprendre que la voie proposée par le Fils de l'homme est la seule qui ne soit pas une impasse : elle est la clé pour ouvrir les fers que nous avons aux pieds. La seule voie pour venir à bout de tout ce qui nous enchaîne et nous donner une vraie liberté.

MUSIQUE : Horror music, n° 11 (Studio G, CD 22)

Mais je devine votre réaction. Vous vous dites : comment peut-on encore annoncer la fin des temps en argumentant sur des signes soi-disant irréfutables ! Cela fait deux mille ans que des prédicateurs plus ou moins illuminés utilisent la même ficelle grossière, et deux mille ans qu'il ne se passe rien !

Permettez-moi de vous faire remarquer que ce texte de l'évangile de Luc ne parle pas de la fin. La seule fois où il utilise ce mot dans tout le chapitre 21, c'est pour dire "la fin ne sera pas pour tout de suite". Je suis désolé pour les prédicateurs qui ont tendance à s'emporter un peu. Nous devons déconnecter cet enseignement de Jésus avec l'idée de fin du monde que nous lui plaquons trop facilement.
Au risque de vous surprendre, je crois que rien, dans ces paroles de Luc, ne nous oblige à les lire comme un discours de fin du monde.
Chaque époque a connu des menaces et des incertitudes face à son avenir. Chaque génération a reçu un potentiel d'interpellation, par les événements dont elle était le témoin.
"A quoi rime notre vie ? De quelles forces sommes-nous les jouets ? De quels jeux sommes-nous les pions ? Où allons-nous ?".
Chaque génération peut se tourner vers le Fils de l'homme et découvrir en lui la source d'une liberté possible. C'est chaque génération qui est appelée à se redresser et à relever la tête.

Mon intime conviction, c'est qu'il est de notre responsabilité aujourd'hui de découvrir le message de l'Evangile. C'est à nous d'en tirer les conséquences libératrices pour notre propre situation. Il nous appartient de faire advenir le Fils de l'homme avec puissance et avec gloire.

Le Royaume de Dieu, il est déjà là, mystérieusement présent au milieu de nous. Comme en germe. Vous ne voyez pas les bourgeons sur les branches du figuier ? Il n'a pas encore de feuilles, mais ses figues minuscules nous promettent déjà une belle récolte. Allons-nous donner les moyens au Royaume de Dieu de se développer ? Ce message est pour nous aujourd'hui. Il nous interpelle directement comme il a interpellé les hommes et les femmes qui nous ont précédés dans l'histoire. Nous ne pouvons pas refuser de l'entendre sous le faux prétexte que la fin du monde n'est jamais arrivée depuis qu'on l'annonce.

MUSIQUE : Horror music, n° 11 (Studio G, CD 22)

Nous entrons dans la période de l'Avent, c'est-à-dire ce temps particulier qui précède Noël où nous nous essayons de mieux comprendre comment Dieu est venu habiter chez nous en Jésus-Christ. Et, dans ce même temps, nos boîtes aux lettres se remplissent de publicité pour nous faire acheter du foie gras, des huîtres, du vin, du Champagne, des alcools forts.
Cruel paradoxe !
A l'époque où Luc écrit son évangile, il le destine plus particulièrement à des lecteurs de culture grecque.
Le culte de Dyonisos-Bacchus est très à la mode dans toutes les villes un peu importantes. Un culte qui donne lieu aux fameuses "bacchanales", avec banquets sacrés, consommation de boissons alcoolisées et extravagances sexuelles. Autant d'activités que l'on pratique couché, à cette époque.
Quand l'évangéliste Luc recommande à ses lecteurs de rester debout, la tête haute, il les invite à rompre radicalement avec ces coutumes, à entrer dans une forme de résistance et de contestation.
Aujourd'hui, le culte de Dyonisos n'a pas beaucoup perdu de sa vigueur, même si ses adeptes ne le pratiquent pas forcément en l'honneur du dieu gréco-romain.
Je le vois fortement complété par le culte à une autre divinité qui n'existait pas au premier siècle : le dieu des loisirs et de la distraction.
Celui-là, on ne le célèbre pas en étant couché sur des banquettes, mais plutôt affalé dans des fauteuils. Télévision, cinéma, Internet, qui accaparent tellement de temps dans nos journées. S'il avait à écrire son évangile aujourd'hui, Luc ne dirait-il rien sur ces formes de divertissement ? Ne risquent-elles pas de nous détourner une fois de plus de l'essentiel ?

L'Evangile nous appelle à la vigilance. Tout particulièrement ce chapitre 21 de Luc, puisqu'il appartient à ce qu'on appelle la littérature apocalyptique, un genre littéraire né dans les temps de détresse pour encourager les croyants dans leur fidélité à Dieu.
Apocalypse : le seul mot fait peur aujourd'hui. En grec, il signifie tout simplement "lever le voile", dévoiler le sens caché de l'histoire.
C'est bien une question de vigilance : les croyants ne peuvent se complaire dans l'attente passive d'un avenir radieux. C'est notre présent qui doit être vécu et visité par l'espérance du Royaume de Dieu.

Refusons de nous laisser abrutir par les vendeurs de mirages. Restons debout, les yeux grands ouverts sur le présent de notre humanité et sur l'espérance dont elle est porteuse. Gardons la tête haute devant tous ceux qui voudraient nous faire courber l'échine. Nous voulons manifester et vivre que Dieu nous a déjà libérés en Jésus-Christ.

Pour autant, les chrétiens n'ont pas à s'échapper du monde. Nous sommes à cent pour cent solidaires des angoisses de notre époque, qu'elles touchent au climat, à l'environnement, à la santé, à la sécurité alimentaire ou aux nouvelles technologies. Au nom de Jésus-Christ, ce Fils de l'homme qui vient avec puissance et gloire, nous refusons d'être de simples spectateurs dans un monde qui a peur. Nous croyons que la délivrance est à portée de nos mains.

Seigneur, puisque ta volonté n'est pas encore faite sur la terre comme elle l'est au ciel, nous voici pour l'accomplir !

Amen.




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