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Luc 21 v 25-28 (Richard Gossin) Narration
Texte : Luc 21/25-28
Genre : Narration Auteurs : Richard GOSSIN & Thomas WILD Source : Ecoute… C’est Noël — Narrations bibliques. Les Bergers et les Mages, 2002 (2° éd.) (p. 207-211). L'apocalypse de Noël (d'après Luc 21/25-28) Si vous passez un 24 décembre devant la fenêtre illuminée des Berthier, regardez attentivement. A côté du sapin traditionnel, la crèche provençale ne manque pas d'originalité. Autour des santons habituels, vous apercevrez un étrange décor : un volcan en colère, un navire brisé sur des rochers, une maisonnette en ruine. Vous ne serez pas étonnés de découvrir cette crèche d'apocalypse... si vous écoutez attentivement mon histoire. — Christophe ne veut pas préparer la fête de Noël avec nous ! s'écrie Noémie. Hélène Berthier regarde sa fille avec étonnement. Christophe, elle le connaît bien : c'est l'enfant unique des voisins du lotissement. Il vient souvent jouer aux légos avec sa fille. Un enfant gentil, un peu timide, un peu effacé, et d'une politesse scrupuleuse. Noémie est beaucoup plus entreprenante, bruyante, mais pleine d'une joie qui fait oublier ses excès. En ce jour de décembre, Noémie semble un peu attristée de cette désertion d'un camarade de classe. — Et pourquoi Christophe ne veut-il pas préparer Noël ? Vous vous êtes disputés ? — Mais non ! répond Noémie. Christophe m'a expliqué qu'il est un Témoin de Jéhovah. Et les Témoins de Jéhovah disent que Noël n'est pas dans la Bible. C'est pour cela qu'il ne veut pas préparer Noël. Noémie met Hélène dans l'embarras en demandant : — C'est bien vrai ça, maman ? Mais déjà, son babillage reprend sur un autre sujet, la poupée Barbie dont elle rêve, justement pour Noël... Noël à la maternelle, c'est quelque chose ! Hélène se demande d'ailleurs parfois si l'âne et le bœuf que la maîtresse fait dessiner aux élèves ne remplacent pas l'enfant Jésus dans leur imagination débordante. Ces animaux deviennent des êtres mythiques fascinants semblables aux dinosaures de Jurassic Park... La plupart des petits n'ont jamais vu d'âne ou de bœuf ailleurs qu'à la télé ! Hélène Berthier oublie l'incident jusqu'au jour où elle rencontre les parents de Christophe qui lui confirment les propos de Noémie. Les Témoins de Jéhovah rejettent le paganisme de Noël et accordent une attention particulière aux signes avant-coureurs du Jugement dernier. Les parents de Christophe insistent auprès d'Hélène sur les difficultés du temps présent, l'incertitude quant à l'avenir des jeunes, la pollution de la nature qui ne cesse de s'aggraver, les désordres grandissant parmi les nations, les conflits au Moyen Orient,... Comme ces sujets la remplissent aussi d'inquiétude, d'ailleurs plus pour sa fille que pour elle-même, elle est très sensible aux arguments du jeune couple, par ailleurs très sympathique. La semaine passe, rejetant au second plan les préparatifs des fêtes de Noël. Hélène courbe le dos sous le poids de ses angoisses. Et si le Proche-Orient s'embrasait ? Et si un fou quelconque arrivait à presser le bouton et déclenchait l'apocalypse nucléaire en Ukraine ou en Russie ? Et si, un jour, on découvrait que la couche d'ozone ne protégeait plus le monde occidental et que les rayons ultra-violets provoquaient des cancers mortels ? Et si une manipulation génétique hasardeuse libérait un virus dans la nature, décimant l'espèce humaine ? Et si les intégristes musulmans prenaient le pouvoir de continents entiers ? Et si les sectes florissantes imposaient la terreur ? Et si les jeunes délinquants de la banlieue voisine déferlaient sur le lotissement... ? Tout cela peut arriver. Une autre question la poursuit : et si elle n'était pas digne du Royaume de Dieu ? Sa petite vie bien rangée, somme toute bien conformiste, entre un mari charmant et une fillette adorable, cela ne suffit pas pour échapper au Jugement dernier. Et si les Témoins de Jéhovah avaient raison... ? Monsieur Berthier, grand amateur de bredalas — ce sont des gâteaux que toute bonne Alsacienne fabrique au temps de Noël — s'étonne de l'humeur inquiète de son épouse. — Mais qu'as-tu, ma chérie ? Je te trouve bien soucieuse... Noémie regrette de ne plus sentir l'odeur familière et appétissante des gâteaux sortant du four tournant à plein régime au temps des Noëls d'autrefois. — Quand est-ce qu'on fait les bredalas ? Mais pour Hélène, les bougies de la couronne de l'Avent, les décorations des rues, les publicités commerciales, les chansons sucrées de la nativité, la crèche et le sapin de Noël... paraissent dérisoires dans un univers menaçant. La télévision déverse son flot intarissable d'informations alarmantes : bruits de bottes, coulées de lave, attentats, tremblements de terre, prises d'otages... Noël d'Apocalypse ! Monsieur Berthier ne tarde pas à comprendre les soucis de son épouse. Lorsqu'il ramène Noémie à la sortie de la classe, quelques jours avant Noël, il trouve Hélène en grande conversation avec les voisins. Les parents de Christophe ont trouvé auprès d'Hélène une âme sensible aux malheurs du temps. Bible en main, ils citent l'apocalypse de Matthieu, de Marc et de Jean et même l'apocalypse de Luc ! — « Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre, il y aura de l'angoisse chez les nations qui ne sauront que faire, au bruit de la mer et des flots, les hommes rendant l'âme de terreur dans l'attente de ce qui surviendra pour la terre ; car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l'homme venant sur une grande nuée avec puissance et une grande gloire » (Luc 21/25-27). Interloqué, monsieur Berthier se penche sur le texte cité et poursuit la lecture. — « Quand ces choses commenceront à arriver, redressez-vous et levez vos têtes parce que votre délivrance approche » (Luc 21/28). Etonnée, Hélène regarde son mari. Noémie surprend ses parents et ceux de Christophe quand elle ajoute malicieusement : — Si les mages n'avaient pas levé la tête, ils n'auraient jamais vu d'étoile et si les bergers n'avaient pas fait de même, ils ne se seraient jamais déplacés vers l'étable de Bethléem. Les voisins ont senti le vent tourner. Ils se retirent sur la pointe des pieds. Le soir même, Hélène Berthier manifeste son agacement lorsque son mari et sa fille remontent de la cave deux gros cartons : la crèche provençale ! C'est un rite chez les Berthier. Noémie déballe les santons près de la fenêtre. Le vieux dans sa grande cape flottant au mistral, le berger tenant un agneau dans ses bras, la poissonnière, le bœuf, les cyprès... et puis Marie et Joseph attendent la veillée du 24 décembre. Noémie a plongé dans l'univers mystérieux du Noël provençal. Dans cet univers féerique, où se trouve le monde présent qui manque de pain, de paix et d'amour ? Où se trouve Hélène dans cette crèche ? Monsieur Berthier regarde tendrement sa femme. Il comprend son désarroi. Il pose une main rassurante sur l'épaule de sa femme et lui dit : — Je crois que tu as raison, Hélène. Il manque à notre crèche quelque chose. Mais quoi ? Alors, il fabrique un décor pour les santons : un volcan en colère, un navire brisé sur des rochers et une maisonnette en ruine. Et au milieu de ce décor, au centre des personnages de la crèche, entouré de Marie, de Joseph, de l'âne et du bœuf, l'enfant Jésus s'offre comme un don de Dieu dans un monde qui souffre et qui attend sa délivrance parfaite. Et le Ravi, vous savez le simplet du village qui lève la tête et les bras vers le ciel, semble dire, dans cette Apocalypse de Noël : — « Quand ces choses commenceront à arriver, redressez-vous et levez vos têtes parce que votre délivrance approche ». Si vous passez un 24 décembre devant la fenêtre illuminée des Berthier, regardez attentivement. A côté du sapin traditionnel, la crèche provençale ne manque pas d'originalité. Autour des santons habituels, vous apercevrez un étrange décor… Vous ne serez pas étonnés de découvrir cette crèche d'apocalypse... si vous avez écouté attentivement mon histoire. Alors, n 'hésitez pas à demander à madame Berthier deux ou trois de ses gâteaux de Noël. Ils sont délicieux. -o- Notes sur Luc 21/25-28 Cette nouvelle se fait l'écho - des peurs contemporaines exacerbées par des « prophètes » de malheur, religieux et politiques qui font leur commerce d'une lecture perverse des « apocalypses » bibliques et contemporaines ; - du nécessaire et légitime questionnement sur le sens des fêtes chrétiennes, notamment celle de Noël. Comment les chrétiens d'aujourd'hui peuvent-ils prendre en compte les angoisses d'aujourd'hui dans la célébration du Dieu qui vient ? Pour une approche biblique et théologique de Luc 21/10-36, le lecteur se reportera aux notes de Thomas Wild sur ce même texte. Notre récit est tendu entre deux certitudes indissolublement liées : Dieu est venu et Dieu vient. C'est l'espérance de la première alliance avec Israël. Dieu est venu ; la Création et l'Histoire de la Pâque juive en témoignent. Dieu viendra ; les prophètes ne cessent de le proclamer. La nouvelle alliance porte cette même espérance. Dieu est venu en Jésus-Christ ; sa naissance, ses paroles, ses gestes, sa mort et sa résurrection et l'Esprit Saint l'attestent. Dieu viendra en Jésus-Christ ; son Royaume déjà présent s'accomplira pour le bonheur d'une Création réconciliée. Pour les mal-voyants que nous sommes, il faut savoir chausser des lunettes à double foyer pour prendre la pleine mesure de ce qui a été accompli et de ce qui s'accomplira. Voici pourquoi nous pouvons fêter Noël sans mièvrerie et sans angoisse. Nous levons nos têtes et notre prière, joyeuse et douloureuse à la fois, s'élève pour nous-mêmes et pour le monde : Toi qui es venu, viens, Seigneur ! 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