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Luc 2 v 41-51 (Françoise Pujol)



Texte : Luc 2/41-51
Genre : Prédication
Auteur : Françoise PUJOL
Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 28.12.1997.



Un papa et une maman ont perdu leur petit. L'angoisse les submerge. La joyeuse fête de la Pâque tourne au cauchemar pour Marie et Joseph. Quoi de plus atroce pour des parents que de perdre leur enfant ? On imagine le pire : l'enlèvement, le meurtre, le pervers... L'Evangile, dans son réalisme, rejoint la souffrance de ces familles dont l'actualité nous a dévoilé les terribles épreuves...

Au terme de plusieurs jours d'anxiété, Marie et Joseph retrouvent leur fils, ou plutôt découvrent en lui un être étonnant, qu'ils ne connaissaient pas. Cette histoire de Jésus à l'âge de douze ans est, en tout cas, autre chose que la crise d'un "ado" provocateur ou rebelle. Il rentre à la maison avec eux sans faire de problème.

Je crois, qu'au-delà de l'anecdote réaliste, Luc veut nous conduire nous-mêmes plus loin. Il nous invite à emboîter le pas de Marie et Joseph, pour avancer sur un chemin personnel de foi, à la découverte de ce Jésus que nous venons de célébrer à Noël et que nous croyons connaître...

Peut-être, d'ailleurs, avez-vous fêté Noël, jeudi dernier, comme Marie et Joseph ont fêté la Pâque cette année-là : avec ferveur, suivant la tradition, avec une vraie conviction religieuse. Ils sont montés à Jérusalem, en famille, pour le pèlerinage traditionnel. Le rite annuel célèbre la grande libération d'autrefois, quand le Seigneur a arraché son peuple à l'horreur de l'Egypte. Comme chaque année, et suivant le rite, et selon la tradition, ils sont montés fêter la Pâque. Puis ils repartent. Nous voilà dans l'habituel, le convenu, le répétitif : le culte ou la messe chaque dimanche, Noël chaque année...

Soudain, c'est l'inconnu, la rupture, l'inhabituel angoissant fait irruption dans la célébration bien huilée. La fête joyeuse de l'arrachement à la souffrance se transforme en angoisse douloureuse... comme c'est peut-être le cas pour certains d'entre vous en cette période dite "période de fêtes".

Alors, Marie et Joseph se retournent. Ils font demi-tour (verbes disant la conversion dans la Bible). Ils se mettent en route pour une nouvelle montée à Jérusalem, un pèlerinage inédit. La fête se vit à rebours. Le flot des pèlerins descend, repart en chantant. On se donne rendez-vous à l'année prochaine, comme vous le faites peut-être ces jours-ci en famille. Les parents, eux, anxieux, remontent à contre-courant, interrogeant l'un l'autre... Rien !

A Jérusalem, ils vont vivre trois jours d'angoisse, l'absence de l'enfant, une sorte de deuil affreux pour des parents. Trois jours, oui, trois jours après la Pâque juive... comme quelque vingt ans plus tard, Marie, mais aussi Pierre, Jacques, Jean et les autres, vivront trois jours d'obscurité profonde. Et pour certains, je sais que ces trois jours durent des mois, des années...

Ils cherchent sans répit, s'accrochant aux moindres signes d'espoir, comme quelque vingt ans plus tard, les témoins incrédules du tombeau vide chercheront.

Et puis, au bout de trois jours : stupéfaction ! Sur le parvis du Temple, là où les maîtres de la Loi enseignent, là où les parents songeaient peut-être le moins à le chercher, ils le voient ! Tout est incroyable dans cette scène. Marie et Joseph ont de quoi être frappés d'étonnement : un gamin de douze ans interrogeant avec intelligence, finesse, profondeur les plus grands experts des Ecritures ! Il est assis au milieu des maîtres, dit Luc. Mais, logiquement, c'est le maître qui est assis au milieu des disciples ! Ne serait-ce pas une discrète invitation de Luc à nous approcher, nous aussi, à nous asseoir dans le cercle ? La Bible en main, laissons-nous interroger, remettre en question par ce Jésus. Sa parole jointe à l'Ecriture peut soudain enflammer notre cœur, comme cela arrivera quelque vingt ans plus tard, au soir du troisième jour justement, pour les deux pèlerins d'Emmaüs, qui, eux aussi, remonteront à Jérusalem pour une nouvelle Pâque !

Mais Marie, stupéfaite, l'interpelle, déballe d'un coup toute l'angoisse de son père et la sienne. Alors Jésus parle. Amis auditeurs, il nous faudrait recevoir cette parole dans le recueillement, au bout d'un silence avide. Ce sont, en effet, les tout premiers mots de Jésus dans l'évangile de Luc, sous forme de questions, comme il en posera souvent plus tard. Ecoutons :

"Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ?".

Son Père. Dès que Jésus parle, c'est ce nom-là qui lui vient aux lèvres. Comme un écho, à l'autre bout de l'évangile, Luc nous donne sa dernière parole, sur la croix : "Père, entre tes mains je remets mon esprit".

Son Père, celui du ciel, c'est toute son existence. Il vit dans une intimité étroite, une communion inouïe, avec celui qu'il prie et qu'il nous a appris à prier : "Notre Père". Il vit de l'amour et pour l'amour de son Père. C'est de là que lui viennent cette sagesse étonnante, cette compréhension si profonde de l'Ecriture, qu'il veut nous faire partager.

C'est aussi pour son Père et par son Père qu’il est libre. C'est pourquoi aucune famille humaine, aucun parti, aucun groupe, aucune Eglise ne peut l'enfermer, le posséder, le maîtriser.

Servir son Père, écouter son Père, nous annoncer et nous offrir la Parole libératrice de son Père, c'est toute sa vie. Il la donnera entièrement, dans ce service, dans cet amour. "Il me faut être chez mon Père", dit-il à douze ans et, quelque vingt ans plus tard : "Il faut que le Fils de l'homme souffre...".

Comment Marie et Joseph pourraient-ils comprendre tout cela ? Il n'a que douze ans ! Il semble à Marie que c'est hier qu'elle le portait contre elle. C'est leur enfant, bien humain, bien connu, et puis, ils viennent d'avoir si peur !

Nous aussi, pour découvrir le vrai Jésus, tellement familier et tellement autre, il nous faut sans doute, non seulement des ruptures plus ou moins douloureuses, mais encore du temps. Oui, la foi en Jésus, ce Christ étonnant, exige du temps, des maturations, des renoncements à nos propres idées et à notre désir de conduire toute chose, au lieu de nous laisser questionner par lui. Il faut du temps pour accepter ce Jésus tellement humain, proche, qui a été un enfant, qui a grandi comme nous et qui est la présence même de Dieu dans son Temple, qui est le Temple de Dieu parmi nous !

Mais, ami auditeur, où que tu en sois aujourd'hui, au temps du deuil et de l'absence ou au temps de la recherche, au temps de l'écoute émerveillée du Christ qui t'ouvre l'Ecriture ou au temps où tu lui cries ton angoisse, je voudrais te laisser ces paroles de grâce : Lui qui dit "Il me faut être chez mon Père" dira aussi à Zachée, l'homme pécheur, à toi et moi donc : "Il me faut demeurer chez toi". En ce temps de fête où l'on reçoit proches et amis, le Christ veut être l'invité de ta vie.

Et dans le même sens, lui qui est libre à l'égard de tous, lui qui est tout à son Père, il repart à Nazareth avec Marie et Joseph. "Il leur était soumis", ajoute même Luc. Il se donne entièrement et librement aux hommes. Nous allons nous séparer, mais lui, il repart avec toi, il reste à tes côtés aujourd'hui, demain et chaque jour, dans ton Nazareth, dans ton village, ta ville, dans ta maison, pour y accompagner tout ce qui est encore obscurité, incompréhension, doute ou question.

Allons donc, avec confiance, gardant, repassant tout cela dans notre cœur comme Marie.

Amen.



Références musicales :

- Psaume 23 Dieu, mon berger
- LP 113 Sur tout peuple (cf. ARC 364 Sur tous les peuples)
- LP 90 Brillante étoile du matin (cf. ARC 367 & 367A)
- Psaume 98 Entonnons un nouveau cantique
- Psaume 86 A mon cri prête l'oreille
- LP 520 = ARC 824 Gloire soit au Père




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