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Luc 18 v 9 - 14 Isabelle Clerc



Prédication du Dimanche 24 Octobre 2004
par Isabelle CLERC
sur Luc 18, 9 à 14 : Le pharisien et le péager

Lectures bibliques
Deutéronome, depuis le chapitre 10, verset 12 jusqu’au chapitre 11, verset 1.
Deuxième Epître de Paul à Timothée, au chapitre 4, les versets 6 à 18.
Evangile selon Luc, au chapitre 18, les versets 9 à 14.

Prédication
Introduction
Dimanche dernier, deux personnages singuliers ont été évoqués durant le sermon, il s’agissait du juge inique et de la veuve importune. Cette parabole qui portait sur la prière, invitait à prier sans se décourager. Le récit sur lequel porte la prédication de ce matin, met également en scène deux personnes qui prient Dieu : le Pharisien et le péager. Leur démarche spirituelle est la même, pourtant leur attitude et le jugement de Dieu sont très différents.
Jésus nous dit que le péager, c’est-à-dire l’homme de mauvaise réputation, est rentré chez lui « justifié », et non l’homme de loi, le Pharisien. N’est-il pas surprenant que Jésus déclare que c’est le collecteur d’impôts qui est rentré chez lui « justifié » ? Luc nous narre ici une parabole polémique pour illustrer l’exemple et le contre-exemple.

J’ai choisi de vous inviter à réfléchir ce matin selon les trois axes suivants : tout d’abord, qui sont ces deux protagonistes et quelle est la nature de leur prière ? ; ensuite, où se situe le scandale : dans le jugement de Dieu ou dans l’attitude du Pharisien ? ; et enfin, cette erreur commise par le Pharisien, comment pouvons-nous à notre tour éviter de la reproduire?

Les protagonistes : la prière du « juste » et de l’ « injuste »
Je commencerai donc ma prédication par une présentation de nos deux protagonistes, le Pharisien et le péager, puis de leur démarche spirituelle.

Du temps de Jésus, les Pharisiens incarnaient un courant théologique fondé sur la réalisation dans la vie quotidienne, de ce que la Thora n’exigeait que des prêtres en service au temple. Les Pharisiens respectaient donc la loi et bien au-delà. Par exemple, ils jeûnaient régulièrement le lundi et le jeudi, alors que la loi n’exigeait le jeûne qu’une seule fois par an, le jour des Expiations. Par ailleurs, ils donnaient la dîme de tous leurs biens.
Le Pharisien que nous présente Luc était donc un homme pieux, menant une vie honnête et intègre, accomplissant la loi de Moïse avec sincérité. Son principal désir était de vivre fidèlement selon les exigences de la Thora. Il était à ce titre admiré par tout le monde.

Au contraire, les « péagers », encore appelés « collecteurs d’impôts » ou « publicains », avaient une très mauvaise réputation. Séduits par les profits de toute nature, ils avaient acheté auprès de l’occupant romain la charge de recueillir les droits de péage ou les taxes imposées au peuple par leurs conquérants. Dans tout le bassin méditerranéen, ils avaient la réputation d’être des traîtres et des voleurs, collaborant avec l’occupant, soutirant aux pauvres jusqu’à leurs derniers sous.
Notre péager était donc un homme méprisé, rejeté par ses concitoyens, un « collabo », qui vivait en marge des commandements divins.

Et pourtant, l’un et l’autre se rendent au Temple, dans un même souci de prier Dieu. Mais quelle est donc la nature de leur prière, et comment Dieu recevra-t-il chacune de ces prières ?

La première prière, celle du Pharisien, est une action de grâces. Le Pharisien remercie le Seigneur de ce qu’il est juste et respecte fidèlement les commandements de la Loi. La seconde prière, celle du péager, est une prière d’humiliation. Elle est l’aveu, la confession du péché.

Nous avons donc affaire dans cette parabole à deux protagonistes aux antipodes de la société juive. L’un, le Pharisien, par le zèle de ses actes religieux, est érigé par le peuple juif au rang de modèle, tandis que l’autre, le péager, motivé par l’appât du gain, est accusé de trahison. Comment se fait-il que leur prière reçoive un accueil si surprenant de la part de Dieu ?

Dieu est-il inique ?
Je poursuivrai donc ma prédication en cherchant à comprendre ce qui motive le jugement de Dieu, si inique et scandaleux de prime abord.

Comment le jugement de Dieu serait-il acceptable ? Dieu se détournerait-il de la rigueur morale de l’homme religieux, de celui qui respecte scrupuleusement la loi, pour se laisser apitoyer par les jérémiades faciles du profiteur ?
Car le publicain se contente de faire appel à la grâce et à la bonté de Dieu. Il est pardonné sans avoir au préalable réparé ses torts et s’être réconcilié avec son prochain, sans avoir seulement promis de réparer ses torts. Il ne fait rien. Comment un tel péager, qui ne s’engage même pas à changer de pratique, peut-il être agréé ? Dieu serait-il dupe ?
Et quelle faute a donc commis le Pharisien ?

Il faut aller plus loin dans l’analyse des prières du Pharisien et du péager pour s’apercevoir que le Pharisien, enveloppé dans son sentiment de justice, a commis une erreur majeure, non pas en respectant la Loi de Dieu, mais au contraire en s’en éloignant.

Nous avons précédemment qualifié la prière du Pharisien d’action de grâces. En réalité, parce que le Pharisien s’estime juste, en règle avec la législation religieuse, il fait éclater dans sa prière son orgueil, sa vanité, sa fierté. Sa prière se résume à un monologue où Dieu joue le rôle d’un simple témoin. Convaincu de n’avoir besoin de rien, d’avoir tout ce qu’il faut et d’être tout ce qu’il convient d’être, le Pharisien n’a rien demandé à Dieu. Aussi n’a-t-il rien obtenu.
Mais le pire n’est pas tant la complaisance du Pharisien envers lui-même, que l’esprit de supériorité, de jugement hâtif et de mépris des autres, particulièrement à l’endroit du publicain, qui anime sa prière. Le Pharisien est de ceux qui, « persuadés de leur propre justice, méprisent les autres ». Sous l’apparence de l’humilité et de la reconnaissance, il sert sa propre gloire par le moyen de cette comparaison si avantageuse pour lui. Il remercie Dieu de ne pas être comme les autres.
Paul, dans sa Seconde Epître aux Corinthiens, écrit au chapitre 3, verset 6 : « la lettre tue, mais l’Esprit fait vivre. » Si le Pharisien suit la Loi à la lettre, il n’en a pas compris l’esprit. Il n’a pas compris la volonté de ce Dieu dont il se prétend si proche. Son péché consiste à mépriser son prochain, à le juger. Alors que le Seigneur seul est juge.

A l’opposé, le collecteur d’impôts comprend son manquement à son devoir fondamental qui est d’aimer son prochain. Sa prière est une vraie prise de conscience. Il ne cherche pas d’excuse. Et dans cette situation désespérée où il n’a rien à donner à Dieu, il se jette dans les bras de Dieu en implorant son pardon. Il se rappelle, un peu comme le fils prodigue, qu’il est enfant d’un Père céleste.
Alors, au moment même où il prononce ces mots : « mon Dieu, aie pitié de moi », le pardon lui est accordé. Parce qu’il a compris que Dieu exige comme seul commandement d’aimer. Et surtout, parce qu’il a compris que Dieu demande au pécheur d’accepter de se laisser aimer, humblement, sans prétention.

La prière a donc ici fait office de révélateur théologique. Se justifiant lui-même, le Pharisien oublie de prier Dieu de le justifier. Au contraire, le péager, tout en confessant sa distance par rapport à Dieu, est lui, parvenu à rencontrer Dieu.

L’erreur commise par le péager … et nous ?
Dans la dernière partie de ma prédication, je souhaite réfléchir avec vous à ce Pharisien qui a une si bonne opinion de lui, et une si mauvaise opinion du péager. Car au fond, sommes-nous si éloignés de ce Pharisien ?
Ne nous arrive-t-il jamais de nous croire « justes », et de nous comparer à ceux qui ne sont pas comme nous ? La comparaison n’est-elle pas notre péché préféré ?
Ne nous sommes-nous jamais dits : « Seigneur, je te loue de ne pas être comme ces hypocrites qui courent tous les dimanches au culte ou à la messe, alors que leur vie n’est pas conforme à ta loi » ? ; ou : « Seigneur, merci de m’inspirer un don financier régulier à la paroisse, de m’avoir incité à m’engager dans la vie de l’église, de prendre la peine d’entraider les plus faibles, alors que tant d’hommes passent sans s’arrêter à côté de toi et de leur prochain » ? Et plus simplement encore, lorsque nous entendons le dimanche la confession des péchés, ne nous paraît-il pas « normal » que nous soyons ainsi pardonnés, « justifiés », un peu plus sauvés que « les autres », par notre simple présence à la célébration ?
Pourquoi avons-nous tant besoin de nous comparer aux autres ? Ne serait-ce pas un manque de foi et de confiance ? La foi n’est pas visible, alors nous nous attachons aux manifestations de cette foi et nous cherchons à nous rassurer en constatant : « Si je me compare aux autres, je ne suis finalement pas si mauvais que cela ».
Or nous n’avons pas besoin de rabaisser les autres devant Dieu, afin de pouvoir paraître plus grands. Nous ne serons jamais justifiés par comparaison. Les erreurs des autres ne nous rendront jamais justes. Car un seul justifie, c’est Jésus-Christ.

Alors, bien sûr, nous pouvons assister au culte toutes les semaines, faire des dons d’argent à la paroisse, aider lors de la préparation des fêtes, acheter des carnets de tombola, participer à l’entretien du temple, etc… Dieu nous y encourage. Mais ces actes ne doivent pas nous donner le sentiment de nous élever au-dessus des autres.

Conclusion
En conclusion, il me semble que nous pouvons chacun, au cours de notre vie, avoir des attitudes de Pharisien ou de péager, selon que nous nous sentons forts ou faibles, contents ou malheureux de nos actes.
Il n’est pas question de nous accabler, mais tout simplement, à l’instar de ce péager, conscient de ses manquements, de nous tourner sincèrement vers Dieu, sans baisser les yeux vers notre prochain pour voir ce qu’il fait, avec condescendance ou mépris.
Rappelons-nous qu’il est inutile de nous appuyer sur les autres et de nous comparer aux autres pour nous grandir et être aimés de Dieu. Demandons à Dieu de nous accepter, de nous aimer tels que nous sommes.
Prions Dieu comme des enfants, nous adressant à lui pour exprimer notre souhait d’être sauvés non par nous-mêmes, mais par la seule grâce de Dieu.
Dieu ne nous demande pas de nous épuiser à force de performances religieuses, il nous demande d’être simples et sincères. Dieu ne nous demande pas d’accomplir des exploits, mais plutôt de lui faire suffisamment confiance pour nous laisser aimer par Lui et pour Lui demander de recevoir l’essentiel : son amour et sa grâce.

Amen.





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