Texte : Luc 18/9-14
Genre : Prédication
Auteur : Gilles CASTELNAU
Source : Méditation radiodiffusée. FPF
LE PHARISIEN ET LE COLLECTEUR D'IMPÔTS
Il est vrai que nous n'aimons guère les gens comme le pharisien de l'histoire : il est trop scrupuleux, trop intègre, trop parfait : cela gêne sourdement ; sa prétention met autour de lui une sorte de tension. Quelqu'un m'a raconté avoir tiré la langue dans son enfance à une gravure du gentil petit Samuel représenté en prière, si sage, si pieux : trop sage justement, trop pieux ! On se sent vaguement mal à l'aise devant ce pharisien au regard trop pur, trop dur :
"Je ne suis pas voleur, injuste, adultère,
je ne suis pas comme ce collecteur d'impôts véreux et déconsidéré".
Remarquez que le collecteur d'impôts n'est pas un modèle non plus : collaborateur de l'occupant romain haï ! Et le système fiscal, vous le savez, permettait des enrichissements scandaleux au détriment du petit peuple.
Qui, dans notre société d'aujourd'hui, serait aussi unanimement méprisé et détesté que les collecteurs d'impôts gréco-romains ? Les trafiquants de drogue, peut-être, les voyous à hold-up.
Les deux hommes sont peu sympathiques. Mais si l'on devait pourtant tendre la main à l'un ou à l'autre, qui choisirions-nous ? (puisque Jésus dit que c'est le collecteur d'impôts qui finalement est rentré chez lui justifié).
Le pharisien a ceci pour lui qu'il flatte notre côté intransigeant par son honnêteté et sa rigueur.
Mais le collecteur d'impôts qui pleure sur la faillite d'une vie et qui craque, semble vouloir bien sincèrement prendre un nouveau départ :
"Il se tenait à distance, n'osait pas même lever les yeux vers le ciel
et se frappait la poitrine : aie pitié de moi qui suis un pécheur".
Il ne faudrait pas que nous ayons un cœur de pierre !
ET SI LE PHARISIEN CRAQUAIT ? Remarquez que Jésus aurait pu nous inventer une autre parabole où ce serait le pharisien qui ferait le premier craquer sa carapace : la perfection est lourde à porter :
"Je ne suis ni voleur, ni injuste, ni adultère...".
Il est épuisant nerveusement de demeurer constamment irréprochable, consciencieux. "Je jeûne deux fois par semaine" : c'est la preuve qu'il a de l'intériorité, il approfondit sa vie intérieure, alors qu'il est si naturel de ne jamais prier, de ne jamais méditer, penser à sa transcendance, aller au temple.
"Je donne 10 % de tous mes revenus" : il pourrait bien, un jour, se lasser de donner son argent ; combien d'entre nous ne donnent jamais un centime à personne et justifient leur avarice et leur égoïsme en se disant que les altruistes, les généreux ne savent pas donner à bon escient et ne valent pas mieux qu'eux ! Le pharisien aurait bien pu crier "pouce" et, comme le disait une fois un membre fidèle de l'une de nos paroisses, à qui on faisait remarquer en souriant une queue de poisson automobile bien peu chrétienne : "Oh, c'est les vacances, non ?". Bien sûr, parfois c'est les vacances ! Jésus n'est pas venu nous imposer une vie plus épuisante que celle que nous avons déjà ! Il dira même, à la fin de notre chapitre, qu'il est "venu chercher et sauver ce qui était perdu".
Jésus aurait pu donc inverser son récit, nous montrer l'orgueil du pharisien, céder (et, Dieu merci, cela se produit heureusement bien souvent dans la réalité !) et nous montrer par contre (ce qui, hélas, arrive aussi constamment) un sordide individu sans scrupule bloqué dans une vie malsaine et nuisible, gâchée, sans espoir.
Mais la morale de l'histoire aurait été alors bien banale : "MIEUX VAUT FREQUENTER UN HONNETE HOMME QU'UN INDIVIDU SANS SCRUPULE, car il est moins prisonnier de sa réussite que l'autre de son vice".
Si c'est bien le voyou qui cède, dans le récit de Jésus, c'est pour nous montrer que l'important aux yeux de Dieu, plutôt qu'une mentalité d'incorruptible, c'est une mentalité OUVERTE AUX AUTRES ET A SOI-MEME.
C'est pour nous montrer que plus que la corruption d'une vie, le grave, le véritable signe d'une vie non-humaine est la FERMETURE SUR SOI.
DIEU VEUT AIMER. Dieu n'est pas un juge instruisant le procès des hommes ou un maître énumérant les fautes de ses élèves ; Dieu est montré ici comme GARANT D'HUMANITE : on n'est pas sur la terre pour une recherche de perfection immobile et glacée, mais pour s'aimer les uns les autres.
En disant la phrase fondamentale : DIEU AIME LES HOMMES, Jésus sous-entend que les HOMMES SONT DESTINES A ETRE AIMES.
Et on l'a dit : comment pourrait-on aimer ce pharisien si enfermé dans son intransigeance ? Dieu peut plus facilement tendre une main secourable à l'homme sans honneur mais éclatant en sanglots d'angoisse : "Prends pitié du pécheur que je suis".
Jésus vient poser, dans un monde qui n'y est jamais vraiment préparé, l'image d'un Dieu qui sourit, séduit, mais met en question le fragile équilibre de nos vies, car il est justement Créateur de nouvelle vie : il régénère, détend, ragaillardit, ouvre à de nouveaux commencements, débloque les hommes coincés, comme on frappe à ces portes de jardin fermées par le lierre et la rouille : tant il est vrai que la tendresse ouvre les cœurs à l'humanité, comme la chaleur d'un soleil printanier réchauffe les graines glacées par l'hiver et ouvre les fleurs. On dit alors : IL EST UN SAUVEUR et cela nous est bien étrange et aussi bien utile, car nous sommes HOMMES et non ANGES, et il nous est bon qu'une tendresse nous réchauffe le cœur, qu'un sourire nous touche et nous fasse baisser notre garde de lutteurs toujours sur la défensive, durcis à force d'être menacés par des voisins que nous croyons hostiles, moqueurs ou agressifs, faute de savoir en faire des prochains, des compagnons.
LA FOI. C'est cela la FOI (la phrase introduisant en quelque sorte notre parabole était celle-ci : "Le Fils de l'homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?"). La FOI, c'est reconnaître la présence apaisante et tonifiante du Créateur, c'est comprendre certes l'aspect destructeur d'une vie honteuse, mais c'est aussi comprendre combien est asphyxiante une vie bloquée dans la fière solitude d'une tour d'ivoire, combien est angoissante et culpabilisante la recherche perpétuelle de la supériorité.
La foi, c'est nous souvenir que l'amour est la vraie nourriture du cœur humain ; qu'il ne faut pas juger si importante l'admiration des autres (ou de nous-mêmes !) ; être aimé vaut mieux que d'être respecté : c'est plus dans notre genre et cela réchauffe davantage le cœur.
La FOI, c'est s'enraciner dans la puissance même de Dieu où toute vie prend racine, retrouver le fondement de notre être, et voir arriver lentement la GUERISON par Celui qui est venu chercher et sauver ce qui est perdu.
Cantiques :
* Psaume 121/1 & 3 Vers les monts
* NCTC 303/1 & 2 J’ai soif de ta présence (ARC 626 sur un autre air)