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Luc 16 v 19 Soeur Fabienne Ambs



Dimanche 26 septembre 2004
Pasteur Sœur Fabienne Ambs, Valleraugue (30)

Textes : Amos 6, v. 1 à 7 1 Timothée 6, v. 6 à 19 Luc 16, v. 19 à 31

Notes bibliques
Quelques notes de lecture

Remarquons que les trois textes qui sont proposés à la lecture en ce dimanche avertissent du danger des richesses, et tout spécialement de l’argent « Oui la racine de tous les malheurs, c’est l’amour de l’argent » 1 Tim. 6 v. 10 Cet avertissement n’a rien perdu de son actualité.
Pourtant il ne s’agit pas non plus de faire une apologie de la pauvreté, ni de profiter de ces lectures pour culpabiliser ou faire une leçon de morale.
Ce texte bien connu nécessite donc une vigilance particulière de la part du prédicateur pour ne pas se tromper d’objectif. Il ne présente pas de difficultés de compréhension particulière, l’histoire est vivante et frappe l’imagination, peut-être un peu trop ! Attention aux interprétations qui en feraient une description de l’au-delà, un outil de peur de l’enfer et de la mort.

v. 19 Il y avait ( une fois)… ainsi commence les histoires, c’est bien d’une histoire qu’il s’agit et non pas d’un fait historique, pour bien insister sur ce point la version en français fondamental n’hésite pas à rajouter : « ensuite Jésus raconte cette histoire »
L’homme riche n’a pas de nom, contrairement à Lazare, il se caractérise par ses habits, et sa manière de concevoir la vie : faire tous les jours la fête. Attention contrairement à certains titres rajoutés il n’est pas qualifié de mauvais ni de méchant, aucun jugement n’est porté, on signale simplement que le but de sa vie c’est de faire la noce, là est le sens de son existence, et comme le nom est le symbole de la vie d’une personne de son histoire, il devrait s’appeler fête ou argent !

v. 20 Un pauvre appelé Lazare, Lazare n’est pas une référence à une personne précise mais dans ce nom est donné le sens de cette parabole en hébreu Eleasar signifie Dieu aide. Le sens de l’existence se trouve dans le fait de vivre du secours de l’aide de Dieu.
Le contraste entre ces deux hommes est donc saisissant et seul quelques mots ont suffi pour cela.
A noter aussi ce petit détail que Lazare est couché à la porte du riche, ainsi tout près sur son chemin, le plus proche prochain, en travers de sa porte, de sa vie.

v. 21 Il faut opposer le désir de Lazare de voir des hommes en en particulier le riche s’approcher de lui, à la seule venue des chiens qui dans la Bible ne sont guère des animaux de
compagnie

v. 22 La mort qui vient pour l’un comme pour l’autre figé les attitudes.

vv. 23 – 25 Attention, ne nous trompons pas de perspective, ce texte est une histoire, Jésus ne nous fait en tout cas pas une description de l’au-delà, il n’est pas possible d’établir à partir de là une topographie du paradis et de l’enfer, c’était la manière de l’époque pour parler de l’au-delà. Ces versets ne peuvent pas être utiliser pour effrayer et faire craindre la mort, car la pointe en est justement à l’opposé, c’est ici et maintenant quand la parole retentit que peut venir le changement, la conversion, le salut.

v. 26 entre lui et toi il y a un abîme : la solitude de l’homme riche est immense, c’est comme si ce qu’il a vécu sur terre, vivre pour lui-même uniquement sans voir Lazare à sa porte s’est figé en éternité, ce n’est pas une autre situation, une punition simplement la révélation de ce qui était déjà ici bas la solitude extrême à jamais irréversible. Le riche a déjà reçu ses biens ayant considéré les biens terrestres comme les uniques biens.

v. 29 Ils ont Moïse et les prophètes qu’ils les écoutent. L’Écriture est la seule possibilité pour l’homme de rompre avec la fatalité de la richesse, avec l’enfermement que provoquent les biens terrestres. Cette Parole qui est à la portée de tous : « ils ont »

v. 30 mais le riche n’y croit pas. Il faudrait du sensationnel du miraculeux,

v. 31 Abraham met en doute une foi fondée sur du miraculeux et de la peur.

Cette parabole, seul, l’Évangile de Luc nous la raconte, elle peut aussi se mettre en parallèle avec une autre histoire d’homme riche qui n’a pas non plus de nom et qui se construit des greniers et des tours (Luc 12 v. 16 à 21 )

Pistes de prédication
Le sens de la vie, qui est caractérisé par le nom ou l’absence de nom
L’importance de la Parole qui seule permet la conversion, ni la peur, ni le miracle, la seule Parole de Dieu entendue et reçue.

Bibliographie : A. Maillot Les paraboles de Jésus aujourd’hui Labor et Fides
H. Gollwitzer La joie de Dieu Delachaux et Niestlé S. A.


Prédication

Quelle histoire ! Nous la connaissons tous presque par cœur. Comment faire pour la recevoir nouvelle pour nous aujourd'hui ?
Pas comme une histoire qui concerne les autres, les riches bien sûr, ceux qui sont condamnés au malheur, et les pauvres vengés. Pas non plus comme une histoire qui me donne des détails sur l'au-delà afin que, dès aujourd'hui, je puisse raconter ce qui s'y passe et faire naître la peur.
Non, cette histoire est une parabole que Jésus a racontée aux pharisiens qui aimaient l'argent. Une parabole destinée à ceux qui aiment l'argent et, d'une certaine manière, nous en faisons tous partie dans notre société de consommation, où pouvoir acheter semble être l'horizon de la vie proposée à nos contemporains. Il suffit, pour s'en rendre compte, de regarder l'importance de la publicité.
Bref, cette parabole nous concerne tous, car elle rend attentif à l'importance du partage pour ne pas rester prisonnier de son propre monde et ne plus pouvoir en sortir, jamais.
Il y avait donc un homme riche, et un pauvre Lazare.
Un riche, nous dit le texte. Un, un homme du chiffre et de la fête. Nous avons tous des chiffres, ils permettent de nous reconnaître, mais jamais de nous connaître. Ainsi nous avons un numéro de sécurité sociale, un numéro de compte bancaire, un numéro de carte de crédit, de code de porte, peut-être de permis de conduire et que sais-je encore de téléphone... La liste est longue de tous ces chiffres qui nous repèrent, mais paradoxalement nous font perdre notre identité si nous nous qualifions à travers eux, nous laissant enfermer dans ces chiffres qui qualifient l'avoir.
Il y avait donc un homme riche, un homme de chiffres qui vivait de noces qu'il tenait chaque jour. C'était là tout son horizon, le but de son existence. Il vivait pour lui-même, complaisamment installé dans ses biens, comptés, calculés avec une marge bénéficiaire et un pourcentage de rentabilité. Bref, il pouvait faire la fête. C'était un homme anonyme qui a pourtant cinq frères tous comme lui, semble-t-il.
Et près de lui, un pauvre du nom de Lazare.
Lazare, ce qui signifie « Dieu aide ». Quel humour noir, s'appeler « Dieu aide » et vivre sa vie dans la misère et pourtant, malgré la misère, la dépendance vis-à-vis des autres qui préfèrent ne pas s'en occuper. C'est bien lui, cet homme-là qui s'appelle « Dieu aide » ! Quelle aide a-t-il donc reçu de Dieu ? On peut douter de son efficacité pour qu'il se retrouve dans cet état.
Cela nous permet de découvrir que Dieu ne promet pas aux siens une vie sans souci, sans malheur. Ils peuvent tout à fait y être plongés jusqu'à l'extrême comme cet homme Lazare. Pourtant ce qu'il ne perd pas, c'est son nom, c'est-à-dire sa relation avec Dieu, ce nom de Dieu invoqué sur sa vie, dit dans sa vie malgré tout. C'est cette ouverture qui fait que cet homme, quoique seul devant cette porte, ne cesse de chercher la relation à l'autre dont sa vie dépend.
Voilà la vraie vie, nous dit la Bible, celle qui trouve son achèvement dans le sein d'Abraham, pour parler comme la parabole, c'est-à-dire dans la présence de Dieu, en relation vivante avec lui.
Ainsi, on pourrait dire que notre histoire, la vraie, notre nom, c'est avec les autres qu'elle se vit, qu'elle se tisse. C'est par les autres que nous existons. Lazare est contraint par sa situation précaire de faire place aux autres, d'attendre quelque chose des autres.
Et la Bible nous avertit, et cet avertissement nous concerne tous, quel que soit l'état de notre compte en banque. Là n'est pas le problème tant que notre nom subsiste, qu'il est celui de notre vie en relation avec les autres, avec Dieu lui-même. Mais voilà : ce nom, cette relation peut être anéantie par le poids de la richesse qui rend aveugle et sourd. Manifestement, le riche ne s'était jamais rendu compte que Lazare gisait à sa porte ; il ne l'a jamais considéré comme un homme qu’il pouvait rencontrer, avec lequel il pouvait entrer en relation et partager. Il l'enjambait et ne le voyait pas, et ainsi il est passé à côté de sa chance de retrouver son nom, une histoire.
Ainsi, ce n'est pas tant l'abondance de biens qui caractérise le riche — on ne connaît pas le montant de sa fortune —, mais bien son refus de communication et de relation.
Abraham lui répétera à l'adresse de ses 5 frères : ils ont déjà Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent. Le miracle est inutile. Ni l'extraordinaire, ni le retour d'un revenant ne peut faire advenir la foi qui est relation avec Dieu et, du coup, avec les autres. De la même manière, la misère n'a pas le pouvoir de couper la relation entre Dieu et Lazare. Non, le miracle ne peut pas convaincre. Il est inutile, dit cette parabole par la bouche d'Abraham, car vous avez déjà tout. Des hommes sont là pour vous entourer. Les frères avaient Moïse et les prophètes. Nous avons Jésus-Christ.
A travers cette parole, cette certitude, se dit la bonne nouvelle, dans la mesure où elle redit avec insistance aux frères, comme à nous, que tout est déjà donné, que Dieu est présent. Avec la Bible, et sa parole faite chair en Jésus, Dieu a fait tout ce qu'il devait faire et a dit tout ce qu'il pouvait dire pour notre salut. Rien de plus, rien d'autre ne sera jamais donné aux hommes que Jésus-Christ, parole vivante de Dieu, dont témoigne la parole écrite. Il nous replace dans notre vocation d'homme et de croyant : être à l'écoute de notre prochain.
Une dernière remarque à propos de cette histoire : assez curieusement, c'est le partage ou le non-partage qui vérifie l'impossible communication entre le riche et Lazare.
Le riche n'a pas voulu partager ses festins. Lazare n'a pas pu partager son eau parce qu'il était trop tard, cela n'était plus possible. Le riche a oublié que Moïse et les prophètes existaient et appellent au partage et, par là-même, il a ignoré Lazare, refusant même de lui donner les miettes de son festin. Ce que le riche n'a pas compris, c'est qu'il fallait faire vite, car Dieu est présent maintenant et tout se joue aujourd'hui et non plus tard. Dieu avait justement choisi comme signe de sa présence ce partage du pain.
Oui, les souffrances, la mort du Christ sont pour les croyants ce signe permanent d'une présence, d'un amour renouvelé de Dieu pour les hommes. Et le partage du pain est signe de communication, de communion rétablie et de la présence de Dieu parmi nous. C'est justement ce que n'avait pas compris le riche, sans quoi il aurait donné des signes de partage et de reconnaissance et serait ainsi sorti de son anonymat pour recevoir ce nom : signe de vie !
Amen.



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