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Luc 16 v 19-31 Didier Fiévet
Dimanche 23 septembre 2001, Pasteur Didier Fiévet Montpellier
Amos 8/4-7 1 Timothée 2/1-8 Luc 16/19-31 (la prédication portera sur les trois textes proposés par le lectionnaire) Argent et pouvoir... Pouvoir et argent, les deux mamelles de notre pauvre monde. Les deux ressorts de toutes nos activités, les deux ressorts de toute la mécanique du monde... Pour les uns deux faces du même dieu idolâtre, pour les autres deux mêmes faces du même diable... Par les uns comme par les autres, chacun des trois textes que nous venons de lire risquent bien d'être utilisés pour justifier leur compréhension de l'argent. Avec Amos, les partisans de la justice, les combattants de la justice... Les dénonciateurs de l'exploitation. Tous les pourfendeurs de l'économie de profit. C'est vrai que le monde est défiguré par les rapines et les corruptions de tout poil. Quand ce n'est pas l'usine d'à coté qui ferme pour aller donner du travail à des affamés du bout du monde, c'est la forêt amazonienne qui est lacérée, quand ce n'est pas les petites filles victimes des fantasmes exotiques de quelques détraqués, c'est le territoire concédé à tout un peuple qui ne recèle pas une goutte d'eau... C'est vrai que le monde est abîmé, que le monde est dévasté, par la course au profit... Et c'est vrai que tous les prophètes ont toujours protesté de toute leur voix, au nom même de Dieu, contre l'exploitation des petits... Contre le ravissement, la séduction des richesses: toujours plus, toujours encore. Même quand il y en a assez, il en faut encore. C'est devenu une fin en soi. Le but de toute entreprise, n'entend-on pas dans toute bonne école de commerce, n'est-ce pas de faire du profit? Gagner de l'argent est un but en soi... Un moteur... Avec Amos, il y aura tous les contestataire, tous les militants qui entendent bien sauver le monde du bourbier mondialiste prétendument inexorable... Mais attention!, il leur faudra être conséquents: il n'y a pas d'argent honnête. C'est bien ce que j'entends chez Luc: "Le malhonnête argent......" Eh, oui, nous nous nourrissons chaque jour de malhonnêteté. Il n'y a pas de bonnes affaires, car il n'y a pas d'affaire sans que l'un soit perdant... laisse de la sueur impayée, laisse de la matière grise impayée. Il n'y a pas de profit qui ne suppose un surplus de travail non rémunéré... Alors où mettre la limite? Car, à l'inverse, s'il n'y a pas de profit honnête, il se pourrait aussi qu'il n'y ait pas de société sans profit... Il faudrait alors être sûr de ne pas instaurer encore plus d'injustice, au nom de plus de justice... Et il y a des goulags qui ont retenti, en la matière, de sinistre façon. Peut-on impunément épurer le monde, sans le tuer? Qui instaurera cette justice? Qui sera revêtu de l'armure immaculée du chevalier justicier? Qui donnera les limites? Les mains propres, ça n'existe pas! Amos, Amos, ta colère arrive jusqu'à nos oreilles... Ta colère arrive jusqu'à notre cœur, ta colère est la nôtre... Mais comment faire? Ériger la justice économique et sociale en déesse, et lui sacrifier nos jours et ceux de nos enfants? Et lui sacrifier le monde? Avec la lettre à Timothée, il y a les partisans du détachement. Ceux qui se réfugient hors du monde, dans une belle indifférence, toute tournée vers le ciel. Ceux qui refusent, à juste titre sans doute, de réduire le message de l'Évangile, à une doctrine sociale ou politique. Qu'est-ce qui fait l'homme? Qu'est-ce qui fait son identité? Sa position d'agent économique, son statut citoyen? Comme si le salut était au bout du cortège des revendications! Comme si dans tout militantisme, il n'y avait pas encore une inextinguible soif de puissance! Comme si tous les donneurs de leçon n'étaient pas trop contents d'être propriétaires de la vérité, et de l'asséner sur la tête de leurs adversaires... Avec la lettre à Timothée, il y a tous les résistants, tous ceux qui croient que Jésus n'est pas mort seulement parce qu'il s'en prenait au pouvoir. Il est mort, parce qu'il s'en prenait aussi au pouvoir. Mais pas au nom du pouvoir. Il s'en prenait d'abord au pouvoir religieux. D'abord au pouvoir qui entend dicter la loi, qui surtout, entend faire de la loi la clé du monde. Ceux qui ne peuvent exprimer le monde qu'en termes de "permis ou défendu", qu'en termes de "coupables ou innocents". C'est d'abord contre ce pouvoir-là, ce pouvoir de la loi que Jésus s'élève. Parce que c'est un pouvoir aliénant. Un pouvoir qui fait de l'homme un esclave, qui de l'existence un bagne... Et cela, les pouvoirs politiques aussi bien que religieux ne pouvaient pas l'admettre. Avec la lettre à Timothée, il y a tous ceux qui ont compris que l'ennemi de Jésus, c'était le péché: ce faux-dieu que l'on se fabrique chaque jour pour justifier nos propres pensées. Ce faux dieu qui nous tient prisonniers... qui nous tient coupés du vrai Dieu, notre Père qui est dans les cieux, comme dirait Jésus. Mais attention, pour abandonner le profit de la terre au profit du ciel... il leur faudra être conséquents: c'est au travail des autres qu'ils alimentent leur prière. Et le ciel ne saurait gouverner la terre, sans que nous, les humains nous ne l'habitions, sans que nous les humains nous ne l'administrions... Pas de justice au ciel, qui ne passe par notre responsabilité! Les mains propres, ça n'existe pas! Avec Luc, il y a les partisans d'un autre usage de l'argent... Un usage qui n'entend pas nous affranchir des contraintes économiques et sociales. L'argent est malhonnête, et il le reste... Ce qui rend juste, ce n'est pas de faire la justice, de pratiquer - pour ne pas dire imposer!- une économie juste. Ce qui rend juste, c'est de vivre sous Dieu et non sous la logique de l'argent. Ce qui rend juste, c'est d'avoir le Dieu de Jésus-Christ comme Seigneur... Ce Dieu qui justement ne se dit pas en terme de pouvoir, mais en termes de service, ne se dit pas en termes de richesse mais de pauvreté, ne se dit pas en terme de roi qui rend la justice sous son chêne, mais en termes de coupable. Celui qui prend la place des accusés de la loi, celui qui nous délivre de la dynamique du péché, c'est à dire de la loi. Comme dit Paul dans sa conclusion à sa première lettre aux Co (1 Co15:56). Oui, notre Dieu nous a affranchit de la loi. La loi ne nous montre qu'une seule chose: nous avons toujours les mains sales... Que nous enfourchions le cheval du justicier, ou que nous chevauchions le cheval de l'ange, que nous nous enfoncions dans le monde ou que nous nous en détachions... Mais nos mains sales, Dieu va s'en servir! Non pas nous les blanchir, mais s'en servir! Ce n'est pas parce que nous pratiquerons la justice que nous serons justes. C'est parce que nous sommes justifiés que nous pourrons tenter, même imparfaitement, même malhonnêtement, même modestement de pratiquer la justice. Parfois même, nous nous opposerons les uns aux autres, quant au chemin à prendre, quant à la manière de faire... Qu'importe, puisque nous ne déclinons plus le monde en termes de bien et de mal, de permis et de défendu, nous ne déclinons donc plus le monde en termes de coupables. L'autre peut prendre une autre voie, sans qu'il soit traître. Parfois, même, je peux m'engager sur une voie dont je ne sais même pas si elle est bonne... mais dont je sais que Jésus m'y précède... me demande de l'y suivre... Refuser la logique de l'argent, c'est refuser la logique de la route unique vers un pouvoir juste. C'est au contraire accepter d'assumer pleinement son humanité, avec ses passages obligés, ses faiblesses, comme le besoin de confort, de sécurité, le besoin de stabilité, le besoin d'une rémunération stimulante, bref, tout ce qui fait que la plupart d'entre nous allons travailler, chaque matin. Et en même temps, c'est accepter d'être mis en tension, de savoir appelé à mettre son identité, sa sécurité, son avenir, ses motivations, ailleurs que dans le pouvoir de l'argent... Pas plus dans la lutte obsédante et totalitaire contre le profit que dans un retrait soi-disant angélique des choses du monde. Au contraire, libérés de devoir me faire un nom, plus besoin de jouer les justiciers, plus besoin de jouer les moines! Justifiés de me savoir accueilli dans mon injustice, je peux enfin œuvrer à la justice... Amen ! Autres textes de la même catégorie
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