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Luc 16 v 19-31 Amos 6 v 1-7 Louis Honnay



Textes : Amos 6/1-7 ; Luc 16/19-31
Genre : Prédication
Auteur : Louis HONNAY
Source : Prédication pour le dimanche 01.10.1995.



On la connaît bien, on la connaît presque par cœur, cette parabole du riche et de Lazare. Elle met en scène deux personnages principaux ; les personnages d'Abraham et des frères du riche restent un peu marginaux. Tout se joue entre cet homme riche, qui n'a pas de nom, et le pauvre, qui s'appelle Lazare. Le riche a la vie facile ; il la passe dans des fêtes et des banquets, dans l'aisance et dans les plaisirs. Le pauvre, lui, n'a rien. Il ne possède rien, il n'a aucune ressource. Il vit apparemment de la mendicité. Il ne peut même pas ramasser les miettes qui tombent de la table du riche. En plus, il est malade, couvert d'ulcères de la tête aux pieds.

Le centre, la pointe de la parabole, c'est donc ce qui se passe entre ce riche et ce pauvre. Ou plutôt ce qui ne se passe pas. Jésus ne reproche pas au riche d'être riche. Dans la perspective biblique, la richesse est un don de Dieu. La richesse n'est pas mauvaise en soi, elle n'est pas condamnable. Le centre de cette parabole, c'est l'indifférence dont le riche fait preuve envers le pauvre. Il est indifférent à sa pauvreté, indifférent à ses besoins. Pour lui, c'est comme si Lazare n'existait pas.

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Un riche, un pauvre, on dirait que Jésus copie un passage du prophète Amos, que nous abordons maintenant. On retrouve les mêmes thèmes et presque les mêmes personnages, dans la parabole de Jésus et chez le prophète Amos. En ce temps-là, vers l'an 750 avant notre ère, tout est tranquille dans le Royaume d'Israël, le Royaume du Nord. Le voisin du Nord, la Syrie, est occupé par ses démêlés avec ceux de l'Est, les Assyriens. Avec la paix, une prospérité relative s'installe. Il y a de l'aisance, il y a de la richesse. Les personnages dont parle Amos, ce sont des chefs, des hommes de pouvoir. Ce sont ceux qui décident, c'est l'élite du peuple. Ils ont la charge de veiller au bien de la population ; en somme, de le gouverner et de l'administrer.

Ces gens, ces élites, vivent tranquillement à Samarie. Ils ne s'en font pas. Ils se sentent en sécurité. Ils comparent volontiers la situation de l'Etat à celle des régions voisines, Kalné, Hamath ou Gath. Allez-y voir, disent-ils, et vous constaterez que tout va mieux chez nous que chez eux. La comparaison joue en faveur d'Israël et c'est un nouveau motif de sécurité. Le luxe règne, les riches se font faire des lits ornés de plaques d'ivoire, comme les archéologues en ont retrouvé dans les fouilles. Le confort intellectuel s'ajoute au confort matériel. Ces gens riches se croient des artistes, ils chantent en s'accompagnant d'instruments. Amos les compare avec un humour féroce à David, le compositeur de plusieurs Psaumes.

Mais ces dirigeants, ces gens qui se vantent de leur culture, ne font pas attention aux malheurs de la population. A côte de cette richesse et de cette culture, il y a des quantités de gens pauvres, qui n'ont pas de culture intellectuelle et artistique, qui subsistent comme ils peuvent. Tandis que les riches se gavent et vivent tranquilles dans la capitale, les petites gens des villages de campagne restent dans la pauvreté. Les gouvernants oublient leurs responsabilités, ils n'exercent plus leur fonction, qui serait de travailler au bien du pays. La ville de Samarie sera prise en 721 par les Assyriens, et les prophètes y verront la sanction de l'incurie des gouvernants.

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Eh oui, on doit bien le reconnaître, le message d'Amos est un message social et un message politique ! Les prophètes, Amos et les autres, ne parlent pas dans le vide. Ils ne brassent pas de grandes théories ; ils ne font pas de la théologie abstraite dans les nuages. Les prophètes parlent dans des situations précises, situations historiques, situations sociales, situations politiques. Ils les prennent en compte, et c'est dans ces situations-là que Dieu les envoie pour être les porteurs de sa Parole. Le prophète Esaïe, par exemple, ou Jérémie, dénoncent en leur temps la politique à courte vue du gouvernement. Ils critiquent les alliances avec des puissances étrangères et païennes. Par cette mauvaise politique, les gouvernements mettent le pays en danger. Ils ne s'en rendent pas compte, et le prophète est envoyé précisément pour faire prendre conscience de ces fautes, de ces mauvais choix et pour que les responsables changent de direction. Le but du prophète et du message prophétique est de protéger les gens contre les abus et les déviations du pouvoir, contre ceux qui les conduisent à leur perte. Le but est de protéger le pays contre la ruine spirituelle et la ruine politique ; les deux sont liées dans leur pensée et dans les faits. Le but est de procurer une paix véritable sur les plans à la fois spirituel, social et politique.

Ces messages des prophètes Amos, Esaïe ou Jérémie et des autres, nous indiquent ce que peut être notre rôle en tant que chrétiens. Bien sûr, comme chrétiens, nous sommes témoins de l'Evangile. Nous en sommes les porteurs, nous devons le proclamer, pour amener des gens à la foi. C'est important. Mais notre tâche ne peut pas s'arrêter là. Comme les prophètes, il est indispensable que nous tenions compte de la situation réelle où nous sommes. Il est indispensable que nous ne parlions pas en l'air, mais que nous apportions un message valable, concret, pour notre temps. La Parole de Dieu a des conséquences pratiques et Dieu a des exigences pratiques pour nous et pour les autres, pour la vie privée et pour la vie publique.

Comme Amos et comme d'autres prophètes, nous avons à dénoncer cette société à deux vitesses — ou à plusieurs vitesses —, qui s'installe dans nos pays, qui enrichit les uns et qui crée de plus en plus de marginaux. Plus les uns s'enrichissent, plus les autres s'appauvrissent. Plus les privilégiés sont nombreux, plus se multiplient misère et pauvreté, avec leurs conséquences de maladies, de malchance et de désespoir. Ceux-là, on les rencontre dans les rues de nos villes, pourchassés par la police, qui leur intime l'ordre de circuler. Ils vivent de la mendicité, il font la manche, comme le dit une expression bien française. Et certains voudraient que ces gêneurs disparaissent du paysage. Mais ne vaudrait-il pas mieux leur donner du travail et un logement, au lieu de les traiter de parasites, comme le font certains nantis qui, eux, ne manquent de rien ?

Nous avons à dénoncer ce système économique et politique, qui fabrique des exclus, des gens qu'on rejette. Ils troublent la conscience des honnêtes gens, mais ne serait-ce pas que la conscience des gens qu'on dit honnêtes ne se sent pas à l'aise devant cette verrue sociale qu'est le paupérisme ? On cherche à éloigner de la vue cette marge de malheureux, comme la femme vieillissante essaye de dissimuler ses rides et se farde pour avoir l'air plus jeune que son âge. On n'ose pas voir en face ce qu'on a soi-même contribué à créer, de peur d'en avoir honte.

Nous avons à dire qu'il n'est pas normal qu'il existe des pays qui ne cessent pas de s'enrichir et, à côté, un Tiers-Monde où les gens crèvent de faim. Ce Tiers-Monde qui sert de poubelle à nos déchets toxiques. Nous ne voulons pas nous empoisonner, mais nous sommes d'accord pour que les autres s'empoisonnent à notre place. Nous avons à dire et à proclamer, au nom du Seigneur, qu'il n'est pas normal qu'on reste indifférent à ces inégalités et qu'on les maintienne pour le plus grand confort de ceux qui, paraît-il, n'ont rien à se reprocher.

Le samedi 5 août, une chaîne de télévision française diffusait, à l'occasion du cinquantième anniversaire de la destruction d'Hiroshima par la bombe atomique américaine, un documentaire australien qui montrait comment les Américains ont expérimenté les effets de leur bombe en 1955. On a beaucoup parlé à cette époque de Bikini. Ce qu'on n'avait jamais su, c'est que l'armée américaine s'est arrangée pour que les vents expédient des particules radioactives sur la population des îles Marshall. Ensuite on a étudié les maladies et les difformités causées par la radioactivité. On a été jusqu'à dépecer littéralement un enfant, afin de regarder dans son corps ce que la bombe avait provoqué. Les îles Marshall étaient sous tutelle américaine. Elles ont ensuite acquis leur indépendance. Vers la fin du film, on voit apparaître le président Reagan, qui se réjouit de ce qu'Américains et Marshaliens ont pu jeter ensemble les bases de la démocratie. On ne saurait être plus hypocrite. Ces documents sont restés secrets pendant des années, bien cachés dans les archives américaines. Les chercheurs les ont retrouvés. Il importe qu'on les connaisse. Le film qui les montre, appuyé par des enquêtes sur place, n'a peut-être pas eu toute la diffusion souhaitable. Mais on doit espérer qu'il a suscité l'indignation chez les téléspectateurs qui l'ont visionné. Pour les aider à prendre position contre les armes atomiques.

Les responsables de ces désordres ressemblent à ceux que le prophète Amos invective en disant qu'ils ne s'occupent pas des malheurs du pays et de la population. Amos a l'audace de les interpeller vigoureusement de la part de Dieu. Il est facile de transposer le message d'Amos pour notre temps. Il reste actuel. Comme lui, nous devons exiger un changement dans la manière de gouverner le monde.

Le message d'Amos nous concerne. Les gouvernements ne peuvent pas agir sans l'accord de la population, sans son accord au moins tacite. Notre silence les encourage à persister dans le mal. C'est toute la société qui doit prendre conscience de la nécessaire réaction contre le mépris des hommes et le mépris de la vie. Si chacun de nous est convaincu de cette exigence du respect des hommes et du respect de la vie, nous contribuerons à créer un courant d'opinion qui obligera les responsables à en tenir compte. Nous avons à entendre ce message percutant du prophète Amos, nous avons à l'assimiler et le faire passer dans notre façon de vivre et de penser, pour qu'il inspire notre protestation.

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Etre chrétien, ce n'est pas une vie de paresse. Ce n'est pas laisser tout dire et laisser tout faire. Etre chrétien, c'est un combat pour la vérité, pour la justice. Quand Paul écrit à son disciple et collaborateur Timothée, il l'exhorte à combattre le bon combat. Le ministère de Timothée doit être un ministère de combat. Il est un combat pour la vérité contre les hérésies et les religions. La vie chrétienne est aussi un combat contre tout mépris et toute indifférence à l'égard des pauvres. C'est un combat pour la vie.

Amen !



Autres lectures : Luc 16/19-31
1 Timothée 6/11-16

Cantiques :
* Psaume 62/1, 2, 3, 5 En toi, mon Dieu
* NCTC 218/1 à 3 = ARC 519 Splendeur de Dieu
ou LP 179/1 à 3 = ARC 204 Nous t’invoquons, ô Seigneur
ou ARC 227/1 à 4 Ecoute-nous, Dieu de la terre
* NCTC 273/1 à 3 O notre Dieu, nous te prions
ou LP 278/1 à 3 = ARC 628 La foi renverse devant nous




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