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Luc 16 v 1-13 Louis Pernot
Textes : Luc 16/1-13 ; Psaume 119/33-40
Genre : Etude biblique Auteur : Louis PERNOT Source : Cette étude biblique est parue à quatre reprises dans Le Christianisme au XX° siècle : - n° 514, 15-21.10.1995 (p. 12), - n° 608, 28.09-04.10.1997 (p. 12), - n° 630, 01-07.03.1998 (p. 21), - n° 711, 14-20.11.1999 (p. 13). Les richesses injustes La parabole du serviteur infidèle est probablement une des plus scandaleuses, en tout cas l'une des plus difficiles à comprendre : comment la Bible peut-elle offrir en exemple un intendant qui a détourné à son profit les biens de son maître pour se faire des amis, et en disant : Faites-vous des amis avec les richesses injustes, donner l'impression de justifier un acte de malhonnêteté ? Pour comprendre cela, il faut comprendre que les paraboles ne sont pas comme les fables de La Fontaine, des exemples de morale à suivre, mais des textes qui, partant de la vie quotidienne, visent à nous faire réfléchir sur des vérités essentielles. La réalité du Royaume de Dieu étant souvent très éloignée de la réalité humaine, les paraboles nous incitent à réfléchir, à travailler, et si cette parabole est particulièrement difficile et nous dérange, elle est en cela certainement fort féconde pour notre avancement spirituel. Cette parabole n'est pas si contraire à la bonne morale que nous pourrions le penser au premier abord : en effet, le Maître ne félicite nullement le serviteur de son infidélité, mais il le félicite de ce que, dans cette infidélité qui est la sienne, il a au moins fait preuve d'intelligence et de prévoyance. Cela n'est pas sans intérêt pour nous, car en vérité, aucun de nous ne peut se considérer comme totalement fidèle à Dieu. L'Evangile (et le message de la Réforme) a particulièrement insisté sur ce fait : tout homme est pécheur, il n'y a pas un juste devant Dieu, pas même un seul (Romains 3/9). Nous sommes tous infiniment redevables à Dieu, et nous passons notre temps à dilapider ou à prendre la vie qu'il nous confie pour notre propre consommation. Et si le Christ dans l'Evangile n'acceptait que des serviteurs ayant réussi à atteindre la parfaite justice, nous pourrions tous abandonner définitivement le projet d'essayer de devenir chrétien. Ainsi, cette parabole montre qu'au milieu de cette imperfection qui est notre lot à tous, il y a une qualité que Dieu veut bien apprécier : cette intelligente prévoyance qui nous fait penser à notre avenir, et pas seulement sur la terre. Encore aujourd'hui, les fils de ce siècle réfléchissent pour savoir où les mènera leur vie matérielle : ils pensent à leur retraite complémentaire, à leurs assurances, à l'avenir de leur famille, ou même aux modalités de leur enterrement. Ce n'est pas inutile, nous devons gérer notre existence et celle des êtres qui dépendent de nous. Mais cette parabole nous incite à nous poser les mêmes questions sur notre vie spirituelle : au lieu de vivre notre foi au jour le jour, il faudrait que nous ayons un projet de vie, que nous gérions notre existence dans sa dimension invisible, spirituelle et intérieure. Où nous mène notre vie ? Quel est le sens de notre existence ? Qu'allons-nous récolter ? Que restera-t-il de nous après la mort ? L'enfant de lumière qui se poserait ces questions verrait certainement des choses que nous ne voulons pas voir : s’il nous semble dramatique d'être volé, ou de perdre la fortune, de toute façon, il ne nous restera rien de cet ordre après la mort. Cette parabole nous incite à sauver l'essentiel : même s'il y a en nous beaucoup d'infidélité, qu'au moins nous nous demandions où nous mène notre vie, et que nous ne fassions pas que gérer l'urgence du quotidien matériel. Avant nous... Or, il est vrai que nous devons nous préparer tant que nous en avons la possibilité, et c'est quand nous sommes jeunes que nous préparons ce que nous saurons être quand nous serons vieux ; c'est le rapport que nous avons à nos richesses aujourd'hui qui déterminera la façon avec laquelle nous saurons être pauvres ; c'est quand nous sommes en bonne santé que nous pouvons nous préparer à surmonter la maladie, et tant que nous sommes en vie que nous nous préparons à mourir sereinement. Nous pouvons nous poser la question : que restera-t-il de ma vie lorsque j'aurai dépouillé mon existence de sa dimension physique et matérielle ? C'est la question que s'est posée le serviteur infidèle, et il y a répondu plus intelligemment que beaucoup de chrétiens qui se reposent sur un matelas spirituel d'accommodements confortables entre leur vie matérielle et leur vie spirituelle. Voilà pourquoi l'Évangile nous dit que des voleurs ou des prostituées, et ce serviteur gredin, passeront devant nous, qui ne volons pas l'argent qui nous est confié. Le serviteur infidèle a compris que sa vie physique, matérielle, n'est pas un bien de consommation, mais peut être un moyen pour préparer son avenir éternel. Richesses injustes Renforçant cette idée, arrive le verset : Faites-vous des amis avec les richesses injustes ! Comme il est évident que l'Évangile ne nous conseille pas d'utiliser le produit de nos larcins pour avoir de la popularité, il convient de remettre notre cerveau au travail. Le mot injuste ne veut pas dire malhonnête, mais l'inverse de juste. Dans la Bible, il est souvent question de justice, et cela n'a aucun rapport avec notre justice humaine. Le juste n'est pas celui qui est honnête ou équitable à l'égard des autres, mais celui qui est vrai par rapport à Dieu, qui n'a pas en lui de péché, qui est purement spirituel, qui est justement égal à l'image que Dieu a de lui. La justice est tout ce qui se rapporte à Dieu ; l'injustice dans la Bible n'a pas trait à ce qui est scandaleusement inégal, mais à ce qui est étranger à Dieu. Des richesses injustes ne sont donc pas des richesses volées, mais des richesses non-justes, c'est-à-dire des richesses n'ayant pas de rapport avec Dieu, qui ne sont pas de l'ordre de la foi, qui ne sont pas du domaine du spirituel, mais du matériel. Ainsi en est-il de notre santé, de nos possessions matérielles, de nos capacités physiques et intellectuelles. Mais, même du point de vue humain, ces richesses-là peuvent être considérées comme injustes. En effet, en quoi avons-nous mérité d'être nés bien formés, d'être demeurés en bonne santé, de vivre dans un pays paisible et agréable, et d'avoir hérité richesses matérielles et morales de nos aïeux ? Et même s'il y des richesses que nous avons gagnées par notre propre travail, n'avons-nous pas la chance imméritée d'être travailleurs ou intelligents, alors que d'autres sont bêtes, paresseux, et n'ont même pas le ressort en eux pour vouloir s'en sortir ? Nos richesses sont donc injustes, non seulement aux yeux de Dieu, car elles ne sont pas spirituelles, mais même au point de vue humain, puisque tous les hommes ne peuvent les avoir. La parabole nous dit que faire de ces richesses. Elle ne nous commande pas de nous en débarrasser ; l'Evangile ne prêche pas l'ascétisme. Mais elle nous dit de l'utiliser pour nous faire des amis, et cela ne doit pas être compris dans le sens où l'on achèterait des relations qui ne seraient jamais de vrais amis. Dans le mot ami, il y a amour ; l'Evangile nous commande de transformer ces richesses purement profanes en valeurs spirituelles et éternelles d'amour. Ce qui a sauvé le serviteur infidèle, c'est qu'il a compris qu'il serait un jour relevé de son intendance. C'est notre chance à nous, chrétiens, de savoir aussi que nous ne pourrons pas jouir indéfiniment des chances matérielles de notre existence ni même de notre vie. Le serviteur a réagi de la meilleure façon : puisqu'il ne pourra pas éternellement jouir de ces biens, qui ne lui appartiennent d'ailleurs pas, il va les utiliser pour créer des liens d'amour, d'accueil, de respect, de compréhension, liens qui seront éternels. Seul l'amour est éternel. A Dieu la seule Gloire La richesse matérielle ne doit pas être un but, mais un instrument ; c'est le sens, dans ce verset, du mot avec. Nul ne peut servir deux maîtres ; ou il s'attache à l'un et néglige l'autre… Il faut savoir au service de qui l'on est. Celui qui sert ses possessions matérielles va mettre sa vie à leur service ; peut-être se donnera-t-il bonne conscience en tant que chrétien par sa pratique religieuse. Au contraire, nous devons à Dieu seul la gloire ; toutes nos chances, toutes nos capacités, toutes nos richesses, nous devons les mettre au service de Dieu, car elles ne sont pas notre but. Cela ne rend pas méritées des richesses imméritées, et nous ne devons pas par ailleurs avoir mauvaise conscience de posséder des chances matérielles, mais nous devons rester humbles devant tout cela que nous ne méritons pas et dire comme Gédéon (note : à moins que ce ne soit Josué ? !) : moi et ma maison nous servirons l'Eternel... Celui qui est fidèle en peu de choses est aussi fidèle dans ce qui est grand (v. 10) conclue le texte. Or, fidèle signifie « vrai », comme la parole de Dieu est vraie, c'est-à-dire en ce qu'elle est créatrice. Ce qui peut sauver notre vie, c'est que nous sachions lui donner une dimension créatrice au service de Dieu, et pas seulement pour de grandes choses, mais dans chaque petite chose de notre existence, que nous sachions avoir un rapport vrai à chacune de nos richesses ou de nos chances matérielles pour trouver comment nous pourrons la mettre au service de la création de Dieu et de son royaume. Notre mission de chrétien est d'avancer dans la foi et l'espérance avec tout ce qu'il y a de matériel dans notre vie. La chose formidable qu'a réussi à faire le serviteur, c'est de convertir la dimension matérielle de sa vie en une dimension spirituelle et de la mettre au service de l'amour, de l'échanger contre de l'amour qui, lui, demeure. Ainsi pourrons-nous nous faire le plus grand des amis : Dieu. Dans l'évangile de Jean, le Christ dit : Vous êtes mes amis, si vous faites la volonté de celui qui m'a envoyé. Moi et ma maison, nous servirons l'Eternel, moi et toutes mes richesses injustes, moi et tout ce que Dieu m'a confié, tout ce qui lui appartient et que je devrai laisser un jour, je le mets au service de la volonté de Jésus-Christ, au service de l'Amour, au service de la Foi et de l'Espérance. Autres textes de la même catégorie
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