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Luc 16 v 1-13 Jean-Daniel Wohlfahrt
Luc 16/1-13 07/10/01
Nous voilà confrontés avec la parabole la plus complexe du NT. Rien ne joue comme on le voudrait. Aucune des clés généralement applicables. Oserions-nous reconnaître Dieu sous les traits du propriétaire. Il est si loin de chez lui qu'il a perdu tout contact di-rect avec les siens. C'est donc sur dénonciation qu'il revient punir le gérant malhonnête. Dieu si loin? Dieu agissant sur dénonciation? Non, ça ne marche pas. Est-il concevable aussi que Dieu félicite un homme qui lui a fait perdre une bonne partie du revenu de ses biens? Un homme qui le vole au sens le plus propre de ce mot. Essayons autre chose: on nous dit qu'un des personnages de la parabole nous renvoie notre image réelle ou idéale. Qui d'entre nous accepterait de se reconnaître dans les traits de l'intendant infidèle? Intendants, nous le sommes. Notre gestion des dons et charismes reçus de Dieu n'est peut-être pas des plus fidèles mais ces dons ne prêtent guère à transaction. Et puis l'action elle-même ne joue pas. Voilà un intendant qui vole son maître et qui se voit loué par le maître même qui venait lui faire prendre une retraite anticipée sans dé-dommagement. Mais peut-être avons-nous une idée trop sévère de Jésus. Ne pourrait-on soupçonner sous ce récit une trace d'humour de Jésus qui prend une situation toute illogique pour mieux faire passer son message, un message d'autant plus délicat qu'il s'agit de notre relation à l'argent, soulignée par le dernier verset. Comme vous pouvez l'imaginer, cette parabole a été diversement interprétée. Je vou-drais vous proposer quelques interprétations. La première, grande classique, nous rap-pelle la confiance que nous fait Dieu en nous donnant la gestion de ses biens "l'Eternel Dieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Eden pour qu'il le cultive et le garde". La question qui en découle est tout aussi classique: quels économes sommes-nous, nous qui, non seulement, laissons tout se dégrader, mais dont la soif de possession, le désir de puissance et le besoin de domination sont causes de cette dégradation. Dieu nous a confiés aussi les hommes et les femmes, pas tous enfants de lumière certes, mais ses enfants tout de même. Enfants de Dieu que nous torturons, tuons, dont nous manipu-lons les gènes, nous prenant des droits qui ne sont qu'à Dieu seul… et si ce n'est pas nous, nous fermons les yeux et la bouche….et laissons faire. Mais me direz-vous, ce n'est pas tout à fait notre texte. Quand je vous disais qu'il est atypique!…….. L'économe de la parabole agit bien comme s'il avait tous les droit sur les avoirs de son maître qu'il dissipe allègrement. Une autre lecture possible pourrait prendre appui sur le retour impromptu du maître. Nul ne sait l'heure ni le jour, dit Jésus. Invitation donc à gérer les biens que Dieu nous donne en fonction du retour, à tout instant possible, du Christ. Question connexe: qu'adviendra-t-il de nous au jour du retour du Christ, nous dira-t-il: "venez les bénis de mon père" ou: "allez-vous-en, vous qui êtes maudits". De toute façon nous entendrons le "Rends compte de ton administration", que ferons-nous alors? Ne sera-t-il pas trop tard? Cette question, c'est maintenant qu'elle nous est posée. C'est chaque jour qu'elle m'est posée, quand j'ouvre la Bible, quand dans la prière je me place devant Dieu! Rends compte de ton administration. Pour beaucoup il sera effectivement trop tard. Mais nous, nous savons, alors hésiterons-nous encore longtemps avant de prendre des mesures? Ou entendrons-nous le terrible verdict: tu ne pourras plus administrer mes biens. Rejet, condamnation, éloignement de Dieu, mort, sur l'un des plateaux de la balance, paix avec Dieu, paix avec moi-même, éternité avec le Seigneur sur l'autre. Tout cela dépend uniquement de notre décision, de la rapidité que nous mettrons à prendre les décisions qui nous engageront. Jésus ne nous donne pas l'intendant pour exemple. L'homme s'est montré indigne de toute confiance. Il ne s'agit donc sûrement pas pour nous d'agir avec les biens de Dieu comme le fait l'intendant. En tant que chrétien il faut savoir prendre une décision et s'y tenir. Jacques, Jean, Pierre et les autres n'ont pas hésité: à l'appel du Christ ils se sont levés. Ils l'ont suivi jusqu'au bout. Judas aussi direz-vous, mais Judas a failli. Prendre une décision et s'y tenir. Ne pas remettre au lendemain. Combien de fois n'avons-nous pas essayé d'inculquer à nos enfants cette règle de conduite sans l'appliquer à tous les domaines de la vie, sans peut-être l'appliquer justement au domaine de notre foi. Combien de décisions sont restées lettre morte: combien de fois n'avons-nous pas dé-cidé de prier régulièrement, de lire la Bible, de venir au culte, aux études bibliques, de participer à tel ou tel autre groupe: engagements pris et aussitôt oubliés, pris et aussitôt relégués au second plan avec des excuses plus ou moins valables. L'économe prend une décision immédiate et s'y tient. Le temps presse, il faut agir. C'est question de vie ou de mort. Les choses de la foi sont-elles pour nous questions de vie ou de mort ou font-elles par-tie de ces engagements nombreux qui rythment et façonnent notre existence. Jésus nous dit et nous redit que la vie est en Dieu, que la fidélité est le chemin qui mène au salut, une fidélité sans concession et sans partage. L'histoire n'a pas de fin. On ne saura pas si le gérant est reconduit dans sa fonction ou non. Le maître fait l'éloge du gérant est-il écrit. Il n'est pas dit qu'il s'en soit montré satis-fait. Les enfants de ce monde sont plus prudents à l'égard de leurs semblables que ne le sont les enfants de lumière. Conclusion énigmatique s'il en est. Jésus ne veut-il pas nous dire que l'engagement vis-à-vis de Dieu ne peut être qu'engagement en faveur des hommes. Ce qui est prudence pour les enfants du monde ne doit-il pas être pour nous, enfants de lumière, comme ce le fut pour le samaritain, acte de foi, acte naturel et spontané. La foi ne devrait-elle pas nous porter spontanément vers tout homme et pas seulement s'il est notre débiteur? C'est en tous cas ainsi que Luc comprend la parabole puisqu'il place après notre récit celui du mauvais riche et du pauvre Lazare. Le riche est dit mauvais parce qu'il n'avait pas su partager, se faire des amis avec ce qu'il avait de biens matériels. Il sera rejeté par Dieu alors que le pauvre sera accueilli dans le sein d'Abraham, dans la paix de Dieu. Faites-vous des amis avec les richesses injustes. Appel à la décision, au partage, appel à la fidélité dans l'amour de Dieu et dans la ges-tion des biens qu'il nous confie. Celui qui est fidèle dans les moindres choses l'est aussi dans les grandes. Celui qui est injuste dans les moindres l'est aussi dans les grandes. Mais je me suis arrêté avant la fin de mon texte qui a une seconde partie. Voici qu'ap-paraît Mamon que j'imaginais jadis comme la statue triomphante de quelque "Manda-rome" babylonien. La traduction œcuménique a bien fait de supprimer cette ambiguïté, il n'y est plus question de Mamon mais de l'Argent. Du coup ma parabole de tout à l'heure se prolonge, et même elle est réorientée par Jésus. Une première partie qui avait pour but surtout d'attirer l'attention des auditeurs, de les faire entrer en réflexion. Que veut donc dire Jésus? Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent. L'intendant a agi dans le but de se faire des amis, de se créer, en cas de renvoi, des lieux d'accueil et d'hébergement. Tout moyen lui est donc bon. Il utilise l'argent pour se créer des amis. Il utilise l'argent, il ne le sert pas, il en fait un moyen et non, un but. C'est en cela que réside sa sagesse. C'est pour cela que le Christ le loue. C'est à cela que Christ nous encourage. Comment se servir des richesses injustes, comment échapper à les servir. Il fut un temps on nous recommandait de mépriser l'argent. Ce n'est pas ce que Jésus nous re-commande qui dit qu'il faut s'en servir pour aider celui qui est dans le besoin. Partage, entraide, diaconie, Certes nous n'attendrons pas de ces œuvres qu'elles nous ouvrent une place en paradis. Jésus y est allé nous préparer une place. Les œuvres découlent de notre confiance en Dieu. La traduction n'a pu rendre ce qu'il y a dans le texte grec de jeux de mots, l'humour du Christ reste un domaine à explorer. Pour qui a offert sa confiance à Dieu, il n'y a pas d'utilisation abusive ou excessive de la finance dès lors qu'elle est au service du prochain. 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