|
|
Accueil |
Envoyer à un ami |
Version imprimable |
Augmenter la taille du texte |
Diminuer la taille du texte
Luc 15 v 1-32 Pierre Muller
Frères et sœurs, une parole nous rejoint aujourd'hui, là où nous sommes, au lieu même de notre vie, qu'elle soit marquée de lassitude ou d'espoirs, faite de combats difficiles ou de joies. Et la parole qui se permet d'entrer ce matin dans notre esprit, est un message étonnamment novateur, chargé d'une puissance d'espérance et de joie comme ne peuvent en avoir nos habituelles paroles d'hommes, une parole qui veut aller à contre-courant de nos désillusions, une parole qui s'attaque à ce que nous laissons dire ou faire par indifférence ou faiblesse. C'est en cela que cette parole est une bonne nouvelle.
En effet, elle ouvre des portes sur la joie, sur l'inespéré et transforme l'angoisse en bonheur, et la tristesse en joie. Elle nous fait découvrir Dieu tel qu'il est, et non tel que nous l'imaginons. Elle nous permet aussi de nous découvrir tels que nous sommes, et non tels que nous croyons être. Cette parole est celle de Jésus-Christ qui découvre les vrais problèmes de nos vies, mais aussi offre des solutions inespérées ; c'est pour cela qu'elle peut être novatrice, ou rénovatrice dans nos vies. Les trois paraboles de ce chapitre qui constituent l'Evangile de ce jour nous sont données en réponse à une critique faite à Jésus sur ses fréquentations : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ». Ces trois histoires devaient donc être un texte polémique par lequel Jésus justifierait son attitude. Et, grâce à cela, voici que nous est donné le chapitre le plus pur de l'Evangile, et le plus capable de bouleverser nos idées préconçues les mieux enracinées. En fait, pourquoi Jésus chercherait-il à se justifier ? A quoi bon entrer dans une controverse qui ne pourra être qu'un échange d'arguments, un face-à-face après lequel les situations demeureront inchangées, sinon durcies, chacun restant imperméable à l'autre ? Jésus veut aller au delà, dépasser ou contourner le mur de l'incompréhension pour se trouver sur un terrain neuf, et — si possible — nous y conduire, ouvrir nos yeux à une nouvelle façon de considérer l'autre. Du coup, l'intervention de Jésus se fait dans deux directions à la fois. En premier, il affirme la valeur de la personne : chaque individu a du prix aux yeux de Dieu ; chaque individu est irremplaçable et représente une valeur telle qu'elle déclenche la recherche persévérante et obstinée de son amour : jusqu'à ce qu'il la trouve. N'est-ce pas surprenant d'entendre que chacun de ceux qui nous entourent a du prix devant Dieu et sur cette terre des hommes ? N'est-ce pas étonnant de se dire : qui que je sois, ma vie a du prix devant Dieu et sur cette terre des hommes ? Et cela au moment où l'on fait bon marché de la personne, où le flot de la pensée et des pressions collectives réduisent à si peu de chose la marge de liberté et de dignité de l'individu seul, au moment où des extrémistes ne font aucun cas de la vie, aussi bien de la leur que de celle de milliers d'innocents... Oui, notre vie a du prix devant Dieu et sur cette terre des hommes ! La seule façon de redonner vie et espoir à celui qui se trouve coupé des autres, marginalisé par rapport aux autres, à cause de sa santé, ou de son travail, de ses idées, ou de sa langue, n'est-elle pas qu'il se sente attendu, recherché, nécessaire aux autres ? Mais qui se mettra en route jusqu'à ce qu'il trouve l'absent ? L'autre dimension que l'on perçoit dans ces textes vient en complément de la première : nous sommes liés les uns aux autres, nous sommes membres les uns des autres. Nul ne peut vivre sans les autres, ou contre les autres. Et le souci de Dieu est de nous relier aux autres, de nous faire retrouver le sens de la communion, de la solidarité humaine à tous les niveaux. L'homme est né pour vivre en harmonie avec lui-même, et en harmonie avec les autres ; tel est, en effet, le projet que nous offre toute la révélation biblique. On comprend alors pourquoi la perte de cette harmonie, la rupture de cette communion est comparée à une mort, à une perdition, parce que vivre dans de telles conditions de désordre intérieur ou de division, ce n'est pas vivre... Ce texte, au travers de ses trois paraboles, contient donc le secret de la vie, le mystère par lequel l'homme peut passer de la mort à la vie. Il se peut que l'on soit tout simplement rejoint par Celui qui nous cherche, sans avoir rien fait pour cela. Il se peut aussi qu'à l'attente du Père corresponde le cheminement long et douloureux de son fils. Ce texte, au travers de ses trois paraboles, ne nous offre pas un modèle à reproduire, il nous révèle seulement l'intensité de l'amour qui nous attend, et l'ampleur de la joie qui résulte d'une harmonie retrouvée, d'un pardon accepté. Et la question nous est posée à nous, chrétiens : ressentons-nous l'absence de l'autre avec une aussi grande douleur ? Ou bien avons-nous pris notre parti de voir tant de places vides à la Table du Seigneur autour de laquelle ne restent que des initiés ou des privilégiés ? Sommes-nous animés de ce désir intense de rencontrer l'autre afin de communiquer avec lui, si loin soit-il de nos chemins battus et de nos idées trop courtes ? S'il n'y a pas en nous, chrétiens, cette attente de l'autre, à quel moment naîtra l'amour ? Seul l'amour du Père explique l'accueil étonnant fait au fils, sans un mot de reproche, sans une parole amère ; cet amour est révoltant selon nos mesures, mais n'est-il pas la clé de tout ce texte ? N'est-il pas le secret de la vie que nous cherchons ? N'est-il pas la seule puissance capable d'offrir à l'homme l'espace de liberté nécessaire pour devenir autre ? Je crois que le texte de ce jour veut d'abord nous provoquer à l'amour de l'autre. Nous appeler à ouvrir notre esprit, mais peut-être aussi notre maison à l'autre, notre vie à l'autre. C'est, en effet, dans l'authentique rencontre des autres que naît la joie la plus grande, et cette joie est le don de Dieu, un don partagé autour de la Table de fête : "Il fallait bien festoyer et se réjouir parce que ton frère que voici était mort et il est vivant ; il était perdu et il est retrouvé !". Amen. D'après René FERRET : Méditation radiodiffusée. FPF, 11.09.1977. Autres textes de la même catégorie
|
Inscription à la newsletter
|
Cultes contemporains
Luc 17, 11-19 Daniel Chaillou