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Luc 15 v 1-2 & 8-10 (Claudette Marquet)



Dimanche 4 février 2001

Claudette MARQUET, pasteur de l’Eglise réformée de France et productrice de Présence protestante sur France 2.







Luc 15, 1-2 et 8-10




La vie n’est pas un long fleuve tranquille.
La Bible non plus.
On souffre beaucoup dans la Bible, dans la vie aussi – de toutes les manières et parfois, sans raison apparente.
Et ce que me dit en premier lieu le récit de la femme qui a perdu une pièce de sa petite fortune, c’est ceci :

1 - Le monde où nous vivons est un monde où nous risquons de perdre ce que nous aimons.
Le risque fondamental, tant que l’on est en vie, c’est de perdre ce qui donne sens et saveur à sa vie.
Dans ce bref récit, il s’agit même d’une perte bien particulière : celle qui survient sans prévenir. Tout à coup, soudain. Sans savoir ni pourquoi ni comment :
Oui, il y a de la perte dans l’air, dans nos vies, comme dans l’histoire humaine.
Il y a ce que nous risquons de perdre ou que nous avons déjà perdu : un ami, un enfant, un parent.
Mais aussi un travail, ou la santé, ou le bonheur de vivre.
Pourquoi pas, aussi, une vie spirituelle ou la foi. La foi, oui, peut se perdre dans la banalité répétitive de mots soudain privés de sens.
Nous risquons de perdre quelqu’un, quelque chose, ou nous l’avons déjà perdu.
Et puis, nous risquons d’être nous-mêmes perdus, pour quelqu’un, et peut-être, le sommes-nous déjà. Quelqu’un, quelque chose nous manque et nous manquons à quelqu’un, quelque part.

2 - Sur ce monde où nous risquons de perdre ce que nous aimons, nous pouvons méditer et pourquoi pas philosopher.
Nous arriverons sans doute à la conclusion qu’en ce bas monde, comme il convient de dire, nous ne possédons décidément rien de manière définitive. Au bout du compte, tout peut nous être enlevé, tout peut être perdu : conjoint, enfant, amis, mais aussi nos biens matériels et, pourquoi pas, nos convictions même les plus assurées.
Nous ne sommes, de manière définitive et assurée, propriétaires de rien, ni de personne. Fragilité des humains menacés de perte et de perdition au-delà de tout horizon de culpabilité ou de responsabilité : la petite pièce n’est pas coupable, ni responsable d’être perdue. Ni la femme de l’avoir perdue. Perdre, sans savoir pourquoi, sans raison apparente. Ni responsable, ni coupable.


MUSIQUE : Beethoven, douze variations en sol majeur sur un thème extrait de l’Oratorio
« Judas macchabée » de GF Haendel – Pierre Fournier, Willem Kempf.
CD Deutsch Grammophon – Plage 17

3 – L’Evangile qui souvent commence par rappeler la dureté de la vie et la fragilité des humains, ne s’arrête pas aux vérités premières, ces vérités que chacun peut égrainer, pour autant qu’on accepte de faire halte quelques heures ou quelques jours, dans le secret de sa chambre ou de ses pensées.
L’Evangile entraîne plus loin et montre comment on peut passer des vérités premières à la première des vérités.
La première des vérités est que dans ce monde où nous vivons la perte et la perdition, quelqu’un cherche ce qui est perdu ou en passe de se perdre.
Quelqu’un cherche, et de quelle manière ! Rappelez-vous cette femme du récit biblique : elle prend la peine d’allumer la lampe, de balayer la maison et de chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle ait retrouvé sa petite pièce, une petite pièce qui, parce que perdue, prend tout à coup valeur de totalité. Une de perdue, toutes de perdues !
Elle cherche, sans répit, jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’elle ait retrouvé ce qui était perdu. La femme refuse la perte des 10% de son bien. Elle s’insurge contre la brutalité des faits et l’horreur de la réalité. Elle veut tout sauver, tout retrouver, contre toute logique et contre toute raison. Rien ne doit être perdu en route. Pas de laisser pour compte ou de génération sacrifiée.
Il est probable que la femme du récit que met en scène Jésus n’est pas un clone de Dieu, ni son portrait suffisant et définitif. Il n’est cependant pas exclu ni hérétique d'affirmer que Dieu se découvre en filigrane avec des traits féminins et dans l’attitude de la femme. Ou, pour reprendre une expression de Jésus dans un autre texte, si une modeste femme est capable d’une telle patience, d’une telle minutie et d’une telle obstination pour chercher et retrouver la partie perdue de sa petite fortune, à combien plus forte raison en fera preuve le Dieu dont Jésus-Christ est venu rendre proche la présence. Quelqu’un vient pour tout sauver et pour tout retrouver.

MUSIQUE : Beethoven, CD – plage17

4 – Sur la terre, dans nos vies, nous savons, bien sûr, que nous ne retrouverons pas tout ce que nous avons perdu. Et les deuils sont cruels. L’Evangile qui est plus vaste que nos vies, dit que Dieu, lui, s’y retrouve et trouve toujours les moyens de nous retrouver dans nos découragements, sur nos routes zigzagantes ou dans nos déserts spirituels. Comme la femme, il semble bien que Dieu veuille du 100% de rendement. Tout le monde est intégré dans ses calculs, même la plus petite de ses créatures, même la plus petite parcelle de sa création.
Aux gens intelligents et sérieux qui lui reprochent de fréquenter n'importe qui parmi les moins fréquentables, Jésus semble rétorquer : vous appelez "pécheurs" ceux et celles que Dieu nomme, lui, les perdus de son amour. Eh bien, les perdus de l'amour, Dieu ne veut pas qu'un seul d'entre eux soit oublié et rayé de la liste de ses enfants.
Ce sont là paraboles de l’arithmétique particulière de Dieu, de son calcul toujours gagnant.
Et alors, quelle joie chez les anges de Dieu ! Et quelle joie chez la femme qui invite amis et voisins à déjeuner avec elle !
Car il arrive que les histoires évangéliques finissent bien. Comme il arrive parfois que la vie réserve des instants savoureux de bonheur partagé.
Par une sorte de confession de foi, je peux affirmer que : oui, tout ce qui est perdu, est retrouvé ou le sera, par la grâce de Dieu.
Quoi qu’il en soit du risque toujours recommencé de perdre ce que nous aimons, l’Evangile ose affirmer que Dieu aime, cherche et trouve ce qui est perdu.
Malgré l’incertitude du présent, la réalité de notre avenir est d’être cherché et trouvé par Dieu. Lui que nous ne pouvons prétendre avoir trouvé et posséder pour toujours.
Dieu nous cherche, sans répit, jusqu’à ce qu’il nous ait trouvés afin qu’il y ait désormais de la joie dans l’air.
Car dans la grande famille humaine comme dans les familles spirituelles, il y a toujours quelqu’un qui manque à l’appel et qui manque à Dieu. C’est peut-être moi, c’est peut-être vous.


MUSIQUE : Beethoven, CD – plage17








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