|
Liturgies
Notes bibliques ou théologiques
Prédications
Cantiques
|
Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte Luc 15 v 1 - 10 Pierre Muller
Frères et sœurs, essayons un peu d’imaginer la scène : Jojakim, le berger, vient d’inviter ses voisins, et ceux-ci réagissent :
— Mais qu’est-ce qui lui arrive ? — Il est tombé sur la tête ! — Hé, Jude ! T’as remarqué Jojakim, le propriétaire du troupeau ? Il vient de passer en criant : “Ohé, les gars ! Je l’ai retrouvée ! Venez vous réjouir avec moi !”. — Tu sais ce qu’il a retrouvé, toi ? — T’étais au courant qu’il avait perdu quelque chose ? — En tout cas, ça doit être précieux, pour ameuter ainsi tout le quartier ! Allons voir ce qu’il a retrouvé. Tout le monde se précipite chez Jojakim ; c’est à celui qui arrivera le premier pour ensuite rendre compte aux copains. — Alors, Jojakim, tu as l’air tout guilleret. T’avais perdu gros et tu as retrouvé ton magot ? — Plus que ça, les gars ! Tous les voisins écarquillent les yeux, voulant apercevoir, sur la table de la cuisine, le trésor qui fait briller intensément les yeux de l’heureux propriétaire. Pourtant, il n’y a pas grand-chose sur la table : quelques “amuses-gueules”, des verres et une bonne bouteille que Jojakim les invite à partager. Il est assis, le Jojakim. Sur ses genoux, une brebis blottie se fait soigner. — Alors, voisin, qu’as-tu retrouvé de si précieux pour avoir un tel sourire ? La cachette d’un trésor ? Un coffre rempli de pièces d’or ? — Non, non, encore mieux !… Les paysans rassemblés se grattent la tête : Qu’est-ce que ça peut bien être ? Ils imaginent mille et un trésors. —Vous voyez pas ? Pourtant, ça crève les yeux. Regardez-la : faible, blessée, tremblante, incapable de tenir sur ses jambes. Et, tout en parlant, Jojakim lève à bout de bras le paquet de laine qui était blotti sur ses genoux. Un bêlement plaintif répond à l’enthousiasme de Jojakim, qui continue : — Regardez-la donc ! J’ai dû battre la campagne, laisser mes 99 autres brebis du troupeau, appeler, tendre l’oreille, jusqu’à ce qu’enfin, je la retrouve coincée dans les broussailles. — Ah, tu peux te vanter, toi, de m’avoir fait courir ! Mais je t’ai quand même retrouvée !… Jojakim parle avec douceur et tendresse à la fugitive, dont le tremblement s’atténue. — Quoi ? c’est pour ça que tu as ameuté tout le quartier ? — Pour une brebis égarée ? — Elle n’en valait sûrement pas la peine ! — Elle a pratiqué la politique de la chèvre de Monsieur Seguin : “Plus loin, l’herbe est plus verte” ! — Elle se croit plus capable que les autres ! Une forte tête, une brebis galeuse ! — Mais, Jojakim, qu’est-ce qui t’a pris ? Réfléchis un peu à la folie de ton attitude ! T’avais 99 autres brebis et tu les as laissées en plan pour courir après cette indisciplinée ! — Et si, pendant ton absence, un prédateur s’était introduit dans ton troupeau ? — Et si la panique l’avait gagné ? — Ou un voleur ? — C’est pas sérieux, voisin ! Abandonner 99 % de ton patrimoine pour aller chercher le 1 % manquant, et cela sans avoir la certitude de la retrouver ! — T’es un drôle d’éleveur, toi ! — Tu sais pas que, même à l’armée, on a droit à 7 % de pertes ? — Regarde-toi : tu es tout essouflé, crevé ! — Tu as pris sur ton sommeil ! — Tu aurais pu te fouler une cheville… — Ou tomber sur quelqu’un qui t’aurait fait un mauvais sort ! Jojakim n’écoute pas. Il sourit à sa brebis. Il la caresse tendrement. Celle-ci s’est assoupie, brisée par l’émotion, la crainte, la fatigue. — Tu sais, Jojakim, si elle est partie une fois, elle le refera. C’est comme ça ! Y’en a qui sont irrécupérables. A la première occasion, ils remettent les voiles. — T’occupe pas d’elle, elle n’en vaut pas la peine ! — J’espère au moins que tu l’as semoncée, corrigée ! — Non, mais regarde dans quel état elle s’est mise ! — Fais attention, elle récidivera et elle va en entraîner d’autres, c’est plus que probable ! Jojakim continue de sourire. Il n’entend pas les reproches. L’important, c’est qu’elle soit là, au chaud, à l’abri, soignée. Pas la peine de lui faire des reproches. Il a rencontré son regard suppliant. Il a entendu son bêlement plaintif. Elle était perdue, blessée ; il l’a retrouvée, pansée ! C’est peut-être une folie, mais c’est celle de l’amour. — Je ne pouvais pas dormir tout en la sachant en danger, perdue, morte de frayeur. Maintenant, elle est là, endormie, confiante. Allez, les gars, laissez tomber vos raisonnements ! C’est vrai qu’humainement parlant, vous avez raison. Mais je ne pouvais pas me résoudre à faire une croix sur elle. Acceptez un instant de laisser vos bonnes raisons, et trinquez avec moi à la santé de ma brebis, perdue et retrouvée ! Peu d’entre eux, finalement, levèrent leur verre à la santé de l’insoumise, de la marginale, de la misérable. Les uns après les autres, ils se sont éloignés, laissant Jojakim à ses illusions. Tous savent quels sont ceux qui valent le coup qu’on s’occupe d’eux. Ils savent surtout qu’il y a des irrécupérables : marginaux, asociaux, délinquants. A quoi bon essayer de les atteindre, c’est pas rentable ! On perd son temps… C’est pourtant vers eux que Jésus est allé. C’est à ceux qui le critiquaient que Jésus a raconté l’histoire de cet homme. D’après Gérard PEILHON : Un éleveur complètement cinglé, in : Jeunesse libérée, n° 87, juin 1982 (p. 4-5). |
Dans ce dossier
|
Cultes contemporains