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Luc 13 v 1-9



Texte : Luc 13/1-9
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 29-31).



3° dimanche de Carême

Luc 13/1-9

Les lecteurs vont me prendre pour un perpétuel râleur, mais une seule des deux parties de la péricope du jour suffit amplement pour faire une prédication lourde de sens, d'avertissement et... d'espérance. Je vous déconseille vivement (si vous me le permettez !) de mélanger ces deux récits (13/1-5 et 6-9), même s'il est vrai que, dans les deux cas, il y a (tout à fait dans la ligne de Luc) rappel de l'urgence de « se convertir » (nous reviendrons plus bas sur ce verbe pronominal).

1° récit (que souvent nos Bibles intitulent trop partiellement : la tour de Siloé) : c'est l'histoire de Galiléens que Pilate a fait massacrer « pendant qu'ils offraient leurs sacrifices » (traduction du lectionnaire catholique qui, malgré sa belle et bonne préface, s'éloigne ici vraiment trop de la TOB). Peu importe d'ailleurs le lieu de ce massacre : en Galilée, où ils auraient été surpris à célébrer un culte dissident et dénoncés par les Juifs bon teint.

Cependant le cruel Pilate ne tenait pas trop à se mêler des affaires strictement juives (cf. les récits de la Passion). Mais les Galiléens, dont il faut rappeler l'origine de sangs-mêlés (2 Rois 17/24ss, car ce qui eut lieu surtout en Samarie, déborda certainement en Galilée, située encore plus au Nord), étaient de surcroît fort turbulents ; ils auraient essayé plusieurs fois de secouer le joug romain ou celui du gouverneur trop gourmand qui essayait d'empiéter sur leur territoire.

Est-ce à l'occasion de l'un de ces soulèvements que Pilate, profitant d'une fête religieuse locale, en avait fait le massacre ?

En tout cas, malgré l'autorité de certains exégètes, je ne pense pas que cette tuerie eut lieu à Jérusalem, car si les Judéens méprisaient quelque peu les Galiléens, dans ce cas leur fidélité au même culte et au même Temple eût entraîné un réflexe de solidarité ! D'ailleurs, depuis le chapitre 10, Jésus se trouve à Jérusalem, et si l'événement s'était passé dans cette ville, il n'aurait pas besoin d'être averti (...13/1), il le savait déjà. Peu importe, d'ailleurs, car curieusement toute cette discussion peut n'être que le moyen d'éviter un texte qui pourtant doit nous arriver en pleine figure et en plein cœur. En effet, il y a eu catastrophe, et catastrophe chez des gens qui, sans être des ennemis, sont cependant méprisés (et turbulents). Et on demande à Jésus ce qu'il en pense : « Pourquoi ceux-là et pas les autres ? », avec la réponse implicite : « C'est qu'ils étaient plus pécheurs ». Quand surgissent les catastrophes, surgissent les « Pourquoi ? ». Car il faut des coupables, et si possible (car tout est simple alors) des victimes. Les « coupables-victimes » de catastrophes, c'est rassurant. Le monde marche alors comme une horloge, ainsi que le voulaient déjà les amis de Job, furieux de la poussière (les pavés) que ce dernier glissait dans leur mécanisme bien huilé. Mais même ici, il y a un grain de sable, c'est que tous les Galiléens n'aient pas tous été massacrés... Seulement (sic !) quelques-uns ! Alors il faut une explication qui, rappelons-le, ne ramènera pas, si elle existe, un seul Galiléen en ce monde ; seulement la paix intellectuelle et théologique des bons Juifs ! Mais que ne donnerait-on pas pour avoir la paix intellectuelle ? Que périssent donc tous les Galiléens pourvu que je comprenne pourquoi ! Et alors on interroge les philosophes, les savants, les historiens et surtout les théologiens, qui tous, sans cette question, seraient condamnés au chômage et à l'A.N.P.E.. « Pourquoi ceux-là, et pas ceux-ci ? ». Question qui ne devient respectable que lorsqu'elle devient ma question : « Pourquoi moi, ma famille, ceux que j'aime ? Pourquoi ? Oui, pourquoi ? ».

Et Jésus qui, en Jean 9/2-3, rabrouera les disciples qui posent « objectivement » cette question devant l'aveugle de naissance, Jésus qui s'appropriera cette question en expirant sur la Croix, nous montrant ainsi qu'il n'y a, même pour lui, d'autre réponse à ce « Pourquoi ? » que son sacrifice, va ici encore prendre à contre-pied ses auditeurs, si rapides dans leur transmission gourmande des mauvaises nouvelles :

1° « Pour vous rassurer, vous pensez que c'est parce que ceux-là étaient plus mauvais que les autres... et que le Bon (!) dieu les a punis. Eh bien, détrompez-vous, ils n'étaient pas plus mauvais. Ils étaient comme les autres, et vous-mêmes vous êtes comme eux. Et vous méritez le même sort qu'eux. En fait, c'est d'ailleurs ce qui vous arrivera, si vous continuez à vous croire meilleurs qu'eux et à vous persuader que seuls les méchants sont punis. Cessez, comme Juifs, de vous croire meilleurs et donc invulnérables à cause de vos vertus. Si vous ne comprenez pas votre erreur, vous périrez comme eux, soit ici-bas (ce qui arriva en 70... Luc s'en souvient), soit ailleurs. Repentez-vous en cessant de vous croire l'élite de l'humanité ». Et Jésus enchaîne.

2° « D'ailleurs, expliquez-moi pourquoi dix-huit Juifs bon teint ont, eux aussi, été les victimes de la catastrophe de la Tour de Siloé ? Oui, pourquoi ? Parce que, comme vous le dites, ils étaient de mauvais Juifs ? Allons donc ! Au lieu, ici encore, de découvrir des coupables, des boucs émissaires, ailleurs qu'en vous-mêmes, découvrez que, s'il en était ainsi, vous auriez dû tous être écrasés par d'autres tours. Vite, cessez de voir dans les autres des coupables potentiels ! S'il y a péché, c'est en vous que vous le découvrirez, ne serait-ce que celui de juger les morts ! ».

Quant à l'autre récit, c'est la forme parabolique lucanienne (comme on dit !) du récit du figuier séché ; extraordinaire dans Marc (cf. Marc 11/13), et déjà moins virulent en Matthieu 21/18-21. Cela ne signifie nullement que cette parabole soit à délaisser, il s'en faut ! Il y a dans nos textes, un « peut-être » (au v. 9 : peut-être à l'avenir portera-t-il du fruit) sur lequel j'ai entendu l'un des plus beaux sermons de Pierre Maury à propos de l'espérance de Jésus-Christ envers chacun de nous.

Le malheur veut que ce ne soit pas exactement « peut-être », mais plutôt : « Et si jamais (d'aventure) »... S'il y a un « Si » diabolique que nous avons déjà étudié à propos de la tentation, il y a aussi un « Si » divin qui est celui de l'espérance de Dieu sur chaque pécheur... « Et s'il se convertissait ? Père, dit Jésus, ne coupe pas l'espérance, fût-elle seulement infime ».

Ainsi, encore un délai (d'un an !) nous est accordé... mais pas plus ! « Que celui qui a des oreilles pour entendre... ».




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