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Luc 13 v 1-9 (Louis Honnay)



Texte : Luc 13/1-9
Genre : Prédication
Auteur : Louis HONNAY
Source : Prédication pour le 26.02.1989 (3° dimanche de Carême).



Un dictateur qui massacre des habitants pendant qu’ils célèbrent leur culte, un bâtiment qui s’écroule et tue dix-huit personnes : voilà deux faits divers parmi beaucoup d’autres. Nos moyens d’information nous en rapportent des quantités dans le même genre. Populations massacrées, affamées volontairement, accidents de chemin de fer ou d’avion, c’est notre ration quotidienne d’horreur. Comment réagissons-nous à ces nouvelles tragiques ? Quand le malheur arrive aux autres, peut-être par un peu de pitié, par une petite participation financière pour aider les victimes… ou par l’indifférence de ceux qui sont gavés d’information. Quand c’est nous qui subissons le malheur, peut-être sommes-nous tentés de soupirer, comme le font certains : « Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ? »…

Les réactions que laisse deviner le récit de Luc sont toutes différentes, tout au moins la réaction de Jésus est différente. Des gens qui viennent le voir lui racontent comment le roi Hérode, bien connu pour son tempérament sanguinaire, a fait tuer par ses soldats plusieurs habitants de Galilée. Luc ne précise pas dans quel but ni avec quels sentiments ils lui rapportent l’événement. Peut-être pensent-ils que ces gens devaient être bien coupables pour mériter un tel châtiment. L’idée que le péché attire le malheur comme une punition de Dieu est ancienne. On la trouve dans le Premier Testament, elle a encore cours du temps de Jésus. Il se peut que ces gens qui parlent à Jésus, qui lui racontent les dernières nouvelles aient cette pensée dans la tête. Peut-être attendent-ils que Jésus abonde dans ce sens-là. On ne sait pas…

Mais Jésus ne confirme rien du tout. Il est même possible que sa réponse vise à combattre cette idée de la relation entre la faute et le châtiment. Ces pauvres gens tués sur l’ordre d’Hérode n’étaient pas plus coupables que les autres. Et Jésus raconte un autre fait divers : une des tours de Jérusalem est tombée et dix-huit personnes sont mortes sous les décombres. Ces dix-huit-là non plus ne sont pas punies pour leurs crimes. Jésus renverse l’opinion courante. Non, les victimes ne sont pas plus coupables que ceux que la fatalité — ou tout ce qu’on voudra — a préservés jusqu’à maintenant. Tout le monde est également coupable, tous sont également pécheurs. Il n’existe pas d’exception. Nous aussi, nous sommes des pécheurs, nous risquons de subir les mêmes avanies et les mêmes malheurs. Personne — même pas nous — ne peut être assez orgueilleux pour se croire à l’abri.

Comme il arrive souvent, cette vérité proférée par Jésus est dure à entendre, dure à encaisser. Et pourtant… Et pourtant, si nous réfléchissons un peu, sans chercher de faux-fuyant, sans essayer de nous excuser, nous comprendrons vite que nous sommes effectivement responsables, donc réellement coupables et réellement pécheurs, lorsque surviennent des catastrophes dans le genre de celle que l’évangéliste Luc rapporte. Pour nous en rendre compte, il suffit de rappeler deux ou trois événements qui ont frappé les esprits.

En 1986, la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait. Quelques dizaines de morts dans l’immédiat, toute une région contaminée par les radiations. Une population entière obligée de quitter les lieux, une ville et des villages déserts, une terre impossible à cultiver parce qu’empoisonnée : c’était le bilan immédiat. On a retrouvé, longtemps après, des traces d’éléments atomiques dans la végétation française. Les causes sont faciles à déterminer. La rage actuelle des programmes nucléaires civils et militaires, le désir de puissance, l’orgueil démesuré des réalisations techniques, conduisent à ce type de désastres. Le coupable n’est pas la fatalité, mais la folie humaine.

Plus récemment, le tremblement de terre en Arménie causait en décembre dernier plusieurs dizaines de milliers de morts, cinquante mille ou davantage. Sans compter les familles brisées, les orphelins, les gens frappés dans leur corps, blessés ou amputés. On n’a pas mis longtemps à remémorer la cause de la catastrophe : les immeubles mal construits, avec du sable et sans armature métallique. Ils se sont écroulés à la première secousse, ils n’étaient pas faits pour résister à un séisme, même moins important que celui-là. Inutile d’accuser la nature de cruauté. Les coupables sont les constructeurs. « Bâtir des immeubles sans béton est un crime », déclarait dans un hebdomadaire un spécialiste parisien de la physique du globe. Les architectes sont en prison, mais les victimes, elles, sont mortes.

Plus près de nous — et, cette fois, nous voici directement concernés —, le sida, le fléau actuel qui gagne sans cesse du terrain. Le nombre de malades et de morts s’accroît continuellement. On parle beaucoup de la recherche d’un remède et d’un vaccin. On ne dit pas assez — et pourtant cela crève les yeux — qu’à l’origine de la maladie, il y a la liberté de mœurs, la dépravation, l’absence de retenue dans les relations entre hommes et entre femmes. Rarement le lien entre la cause et l’effet, entre la faute et ses conséquences, n’est aussi évident.

Quand des hommes sont frappés par des malheurs où ils ne sont pour rien, Dieu est prêt à leur venir en aide. Quand les Hébreux, esclaves en Egypte, criaient sous les coups de leurs bourreaux, Dieu entendait leurs plaintes. Il a choisi et employé Moïse pour les délivrer. Mais si nous sommes responsables de notre propre malheur, notre folie et notre bêtise nous condamnent. Il est trop facile d’accuser Dieu ou de le prier, alors que nous sommes les coupables. « Si vous ne vous repentez pas, dit Jésus, vous périrez tous de la même manière ». L’avertissement prend une dimension tragique. C’est maintenant toute l’humanité que nous sommes capables de tuer, c’est toute la planète que nous pouvons détruire.

« Si vous ne vous repentez pas… ». L’invitation à changer, à renverser notre comportement, devient d’autant plus pressante que nous disposons de moyens modernes de destruction plus puissants. Il existe des remèdes. Mais il faut avoir la sagesse de les accepter et l’intelligence de les appliquer. On ne peut renoncer à la folie nucléaire, aux armes atomiques, aux centrales qui sont des dangers permanents. Dans les zones à risques, on peut construire des immeubles conçus pour résister aux tremblements de terre. Les Japonais appliquent depuis longtemps cette technique. La terre du Japon tremble tous les jours, mais les maisons ne tombent pas. Voilà un modèle à suivre. Il n’est pas plus difficile de bien construire que de construire mal.

Alors, vous direz peut-être : ces problèmes-là nous dépassent. Ils sont du ressort des hommes politiques, des dirigeants de l’économie, des entrepreneurs, des décideurs. Sans doute, et ils ont leur part de responsabilité. Mais nous avons aussi la nôtre. Sommes-nous tellement certains de ne pas avoir favorisé le libertinage et le relâchement des mœurs par notre tolérance ou par notre silence ? Le sida n’est pas une épidémie, mais l’absence de références morales et spirituelles pourrait bien en être une. On peut éviter de nombreux accidents de voiture en refusant les excès de vitesse et en renonçant à l’alcool. Comme le dit le slogan de la Prévention Routière en France : « Il est plus facile de ne pas boire avant de conduire que de ne pas conduire après avoir bu ! » A bon entendeur, salut !

Nous pouvons intervenir dans le domaine public. Si les dirigeants de notre politique et de notre économie continuent leurs folies et leurs bêtises, c’est en grande partie parce que notre démission et notre passivité les encouragent à les commettre. Le jour où le peuple protestera, le jour où nous voterons en masse contre la préparation à la guerre, ils seront bien obligés de tenir compte de notre avis. Le bien ou le mal ne se trouvent pas seulement dans notre vie privée, ils se trouvent aussi bien dans l’opinion publique et dans le bulletin de vote.

C’est vrai qu’il est plus facile de rester passif que de réagir. Il est plus facile de céder aux fascinations du monde moderne que de leur résister. Avec la multiplication et la diversification des techniques, le nombre des tentations s’accroît. Les moyens de production deviennent de véritables idoles auxquelles il est aisé de rendre un culte. Mais, comme l’écrit l’apôtre Paul, « Dieu ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces ».

Encore faut-il que nous voulions sortir de la tentation. Après avoir commenté l’actualité à sa manière, Jésus raconte la parabole du figuier stérile. Il est normal qu’un propriétaire s’apprête à faire sauter un arbre qui ne porte pas de fruit. Mais le jardinier proteste : « Je vais lui mettre du fumier. S’il ne porte rien l’année prochaine, tu le couperas ».

Du temps nous est laissé. Dieu nous donne du temps pour nous repentir, pour changer de comportement et de mentalité. Nous sommes toujours vivants. Mais pour combien de temps ?

Amen !



Autres lectures : Exode 3/1-15
1 Corinthiens 10/1-12




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