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Luc 12 v 32-48 Alphonse Maillot



Texte : Luc 12/32-48
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui est mon prochain ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [juillet-août]. Mission intérieure de l’Eglise évangélique luthérienne à Paris, 1992 (p. 77-85).



9° dimanche après la Pentecôte
ou 19° dimanche ordinaire

Luc 12/32-48

Tout d'abord, on remarquera bien que, au v. 32, Jésus n'a pas dit : "…petit troupeau, tu as mérité, gagné le Royaume", mais : "Il a semblé bon à votre Père de vous donner le Royaume". Cela éclaire d'ailleurs très bien la demande du Notre Père : "Que ton royaume vienne !".

Ensuite, le "petit troupeau" ne contredit pas les visions universalistes aperçues dans l'Apocalypse et ailleurs ; simplement cela signifie que peu nombreux sont ceux qui savent que l'amour de Dieu s'étend à l'univers. Le petit troupeau (le "reste", sera-t-il dit ailleurs) n'est pas le ghetto réduit des seuls sauvés, mais la minorité privilégiée, car informée du plan universel de Dieu en vue de la Rédemption du monde. Mais, objectera-t-on, est aussi donné à cette minorité, le règne (ou la royauté, ou le royaume, toutes ces traductions sont possibles). D'accord mille fois, mais lisez la suite (v. 33) : et que font ceux à qui le règne a été donné ? Ils se font pauvres, ils cassent le pouvoir que l'argent avait sur eux ; pour être rois, ils se dépossèdent de celui qui les possédait : l'Argent.

Ils se font des "portefeuilles qui ne vieilliront pas" (l'image rappelle Qohéleth et la parabole de l'homme riche où c'est ce dernier qui n'a pas vieilli une nuit de plus), des portefeuilles troués par la générosité et non plus par les nuits ou les gangsters.

Donner est le seul moyen de garder…, en premier lieu sa liberté et un cœur. Car seul celui qui donne, a un cœur = une liberté, une vraie volonté, une vraie pensée. Sinon, c'est l'argent qui, en ayant remplacé le cœur, a toute la place (v. 34). Ici, ne pas avoir peur de parler clair : 1° à soi-même en premier lieu, 2° à ceux qui devront nous entendre. Mais attention à ne pas parler de manière légaliste et menaçante. Rappelez aux frères, et avec un sourire, que s'ils veulent un cœur qui aille bien... c'est tout simple. Sinon, attention aux infarctus (cf. l'homme riche) spirituels. L'argent est le cholestérol chrétien.

La suite est un appel à la vigilance (cf. les dix vierges de Matthieu) pour nous avertir que, quoiqu'il ait paru dire parfois, le Seigneur pourrait bien être en retard sur son horaire normal (nous en sommes la meilleure preuve). Ce retard correspond au temps de l'Eglise. Il faut donc vivre chaque jour dans l'imminence du dernier, et dans la paix du "petit troupeau".

On doit faire ici une remarque qui semble aller à l'encontre de Luc 17/8-10, où le maître commande et commande encore à des serviteurs qui doivent se savoir incapables (impropres). En effet, cette fois, c'est le maître qui se fait le serviteur (v. 37) de tous ses serviteurs ; cf. Jean 13/1ss.

On notera bien que Luc vise, dans tout le passage qui suit (v. 45-47), les "serviteurs" de l'Eglise qui ne ménageaient pas le "petit troupeau".

Déjà dans l'Ancien Testament, il y eut bien des bergers qui, au lieu de servir, se firent servir, quittes même à violenter les troupeaux. Bien entendu, sauf exceptions, il s'agit ici surtout des violences verbales, menaçantes, maniant facilement l'exclusion et l'excommunication. Luc a déjà eu le temps de s'apercevoir que, dans l'Eglise, vont surgir des Savonarole, toujours prêts à déchaîner les foudres du ciel (et de l'enfer). Matthieu prendra de son côté (Matthieu 23) le temps de dénoncer ceux qui rejetaient et culpabilisaient les petits croyants dans une Eglise trop installée ; les bergers peuvent aussi s'installer et dégénérer alors en garde-chiourmes.

Jésus évoque au v. 45 la possibilité (inconcevable pour les chrétiens de la première Eglise) d'un retard (on retrouve encore ici Matthieu 24/48 et 25/5) dans l'accomplissement dernier de son oeuvre. Lui qui avait sur la Croix tout accompli (Jean 19/30 // Jean 13/1), tout porté à son terme, ne devait-il pas le montrer vite ?

C'est oublier, non pas tant l'Eglise que la Mission, selon laquelle l'Evangile devait être porté par des serviteurs jusqu'aux extrémités du monde, même si Luc envisage la possibilité que, lorsque le Maître viendra, certains n'auront pas eu la chance de la connaître (v. 48). Il ne semble pas possible d'y voir des responsables d'Eglise, même mal informés ou mal catéchisés (Luc parle vraiment ici de gens qui n'ont pas connu la volonté du Maître). Je pense alors qu'il s'agit de responsables politiques, dont le châtiment (la rétribution) sera faible à côté de celui qui attend les responsables d'Eglises, à qui il a été donné de vraiment connaître la volonté du Maître, et qui n'ont su ni se préparer ni préparer ceux qui leur étaient confiés, à la venue de ce Maître.

Nous voici gentiment avertis.




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