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Luc 11 v 1 - 13 Georges Mary



Prédication du 16 janvier 2005

A l'occasion de la Semaine Universelle de Prière de l’Alliance Évangélique, Georges Mary, Pasteur de l'Eglise Baptiste de Nanterre est venu prêcher au temple de Rueil sur le thème proposé cette année par l'Alliance Evangélique : prier avec le Notre Père.

Lectures :
Psaume 103
Luc 11.1-14

Nous sommes réunis dans le cadre de ces deux semaines d’unité proposées par le monde chrétien en ce mois de janvier :
- La Semaine Universelle de Prière de l’Alliance Évangélique
- La Semaine de Prière pour l’Unité des chrétiens.
Si vous le voulez bien, c’est le thème général proposé par la première que j’aimerais retenir pour nous ce matin. Il nous conduit à nous approcher du Notre Père.

Une confidence

Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est une prière que j’ai laissée de côté pendant de nombreuses années.
Pourquoi ? C’est très certainement le fruit d’une éducation évangélique qui s’insurgeait contre le fait que cette prière était devenue une redite pour une multitude de personnes qui se contentaient de la réciter en croyant avoir ainsi prié. Et parfois, et qui plus est, elle était située entre une dizaine d’Ave Maria !
Il ne m’en fallait pas plus pour la rejeter car on m’a toujours appris que pour prier, c’est à moi de trouver mes mots, ceux qui me correspondent, pour être authentique quand je m’approche de Dieu.
Plus que jamais je continue à penser aujourd’hui que Dieu attend de ses enfants autre chose que des récitations. Cependant, je me rends compte, vous l’avez compris que je suis passé à côté de grandes richesses en négligeant cet enseignement de Jésus. Quel dommage !
Nous l’avons lue dans Luc. Sa forme plus traditionnelle se trouve en Matthieu 6. Peut-être est-ce à cause de mon souci d’éviter des formulations toutes faites que je l’ai choisie en Luc car comme Luc n’a pas répété exactement les mêmes choses que Matthieu, cela me montre qu’effectivement, cette prière n’a rien de magique mais qu’elle est un chemin pour aller vers Dieu, un chemin où je peux chercher mes mots, en oublier, en ajouter, au gré des circonstances, de mes besoins …. Mais c’est un chemin où je suis guidé par Notre Seigneur.
Ce que j’aime en Luc aussi, c’est qu’elle répond à une demande des disciples.
Comme j’aimerais que nous ayons tous ce même désir au cœur : « Jésus, je ne sais pas prier, j’ai besoin que tu m’aides »
Jésus ne se le fait pas demander plusieurs fois. Il répond toujours à une telle demande.

Père

Mesurons-nous bien ce que nous disons quand nous osons appeler Dieu « Père » ?
Pour que les choses soient bien claires pour chacun, Matthieu nous rapporte que Jésus a précisé : « qui es aux cieux ».
Certains diraient ou auraient dit il y a quelque temps, « qui es tout autre », ou « qui n’appartiens pas à cette création mais qui lui es infiniment supérieur ». Ils n’ont pas tout à fait tort car il nous sera toujours difficile, en tant qu’être humains de dire Dieu sans le galvauder, sans passer à côté de lui.

Petite parenthèse : je suis émerveillé par les prouesses technologiques incroyables que les hommes ont faite en envoyant la sonde spatiale Huygens sur la « lune » de Saturne : Titan. Incroyable. Téléguider ou recevoir des informations, photos, sons, description de l’atmosphère … à 1 milliard 200 millions de Km. Il a fallu 7 années à cette sonde pour les franchir …..
Que de choses fabuleuses les hommes peuvent faire et aussi apprendre sur l’univers créé par Dieu !
Hélas, les batteries de Huygens sont à plat et nous ne pourrons plus jamais rien voir ni entendre par elle.
Quelque part, oui, nous pouvons être fiers d’appartenir à cette humanité capable de telles prouesses et pourtant, un peu de raison devrait nous amener à regarder les choses avec modestie : en faisant ce milliard de kilomètres, la sonde n’a fait qu’un saut de puce dans l’univers. Ce que les hommes ont fait avec cette sonde, si on doit comparer ce voyage aux dimensions quasi infinies de l’univers, c’est comme si vous deviez aller à Moscou et que vous auriez fait 1 ou 2 millimètres en direction de l’est. C’est tout. Moins qu’un saut de puce.

C’est ce Dieu créateur de cet univers dont nous ne connaîtrons jamais les limites que Jésus nous autorise, nous invite même, à appeler Père, papa.

L’Ancien Testament avait permis d’approcher cette réalité. Le Psaume 103 nous l’apprend. Il nous apprend que Dieu a un cœur de Père.


Et en quels termes il le fait : comme un père a compassion de ses enfants …
Mais jusque là, le pas n’avait pas été franchement franchi de l’appeler directement « père ».
Il n’y a que Jésus qui pouvait se permettre de nous dire une telle chose. Oui, parce qu’il est le fils Unique de Dieu.
Tout humain qui aurait eu cette prétention avant lui ou en dehors de lui témoignerait de la pure folie, de la vanité. De quel droit appeler ce Créateur Père ? Comme si un grain de poussière s’adressait à vous en vous disant papa !
Une chose est claire dans la Bible : nous ne pouvons considérer Dieu comme Père qu’à travers Jésus.
Certes, il est créateur de tous les êtres humains, certes il a un cœur de Père, rempli d’amour pour toutes ses créatures. Mais pour pouvoir l’appeler père, il nous faut d’abord devenir ses enfants.
Et c’est là qu’il y a un sérieux problème. Les hommes, dans leur orgueil ou vanité, ne se rendent pas toujours compte de l’impossibilité. Mais non seulement, il y a un sérieux abîme entre Dieu et nous du fait qu’il est Créateur de l’infini alors que nous sommes moins que des grains de poussière sur une table, mais plus encore, nous sommes des êtres souillés par le mal qui nous habite immanquablement, inexorablement alors que Dieu est inaccessible au mal, qu’il y a une incompatibilité totale entre, pour le dire avec d’autres mots, notre état de pécheurs et sa sainteté absolue.
Accepteriez-vous qu’un microbe vous appelle Père ?
C’est pourtant bien, si nous pouvons utiliser une telle comparaison, ce que nous faisons quand nous le disons à Dieu.
« Microbes », nous le sommes à cause de notre petitesse : il faut un microscope pour nous apercevoir.
« Microbes », nous le sommes aussi à cause du mal que nous faisons à Dieu par nos mensonges, nos hypocrisies, nos vanités, nos envies de meurtre, d’adultère …. J’en passe et des meilleures.
Jamais, nous n’aurions pu ou dû imaginer, étant donné notre état, qu’un jour, nous puissions appeler notre Créateur Père.
Oui, il n’y a que Jésus qui pouvait avoir ce droit et ce souci pour nous : lui le fils Unique de Dieu qui a voulu partager notre condition humaine pour nous montrer le caractère de Dieu et nous révéler une toute petite partie de Sa gloire.
Mais vous le savez, ce n’est pas seulement en entrant dans notre humanité que Jésus nous permet de devenir enfants de Dieu. Il a fallu qu’il règle pour nous le problème du péché, cette barrière que jamais nous n’aurions pu franchir de nous-mêmes, pas même les prix Nobel de la paix ou les meilleurs d’entre nous.
Pour régler ce problème, Jésus n’a pas eu d’autre choix que de prendre sur lui la condamnation qui était la nôtre. La croix sur laquelle il est mort était la condition, le passage obligé, pour que Dieu puisse faire de nous des enfants.
Jamais, nous ne pourrons bien comprendre ce mystère. Nous ne pouvons que nous incliner dans l’adoration pour reconnaître l’amour de notre Dieu qui l’a conduit à un tel sacrifice.
Oui, quand nous appelons Dieu, notre Père, rappelons-nous le prix qu’il a payé pour que cela soit vrai, pour que cela devienne possible.
Rappelons-nous aussi qu’il nous faut donner une réponse à Dieu pour que ce que Jésus rend désormais possible devienne réalité.
Toutes les créatures de Dieu ne sont pas devenues des enfants de Dieu depuis la venue de Jésus et sa mort à la croix.
Que dit la Bible ? (voir Jean 1) « A tous ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en lui, il leur a été donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ils sont devenus enfants de Dieu en naissant non par la volonté d’un homme et d’une femme, mais de Dieu. »
Et quelques pages plus loin, Jésus dira à Nicodème : si un homme ne naît pas de nouveau, il ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu.
C’est clair. Ce n’est pas parce que Dieu a un cœur de Père qu’il est automatiquement notre Père.
Jésus n’hésitera pas à dire à ceux qui s’opposent à lui : « vous avez pour père le diable ».
Il nous faut donc devenir ses enfants et pour cela Jésus nous en donne le chemin. Il est ce chemin. C’est par lui et seulement par lui qu’il nous faut passer. C’est en mettant tout notre espoir en lui et en lui seul. Il est celui qui nous sauve, celui dont nous avons absolument besoin.
Croire en Jésus, ce n’est pas adopter une religion, ce n’est pas vivre selon une certaine moralité ; c’est tout miser sur lui, ne pas avoir d’autre planche de salut que lui.
Quand Philippe lui a dit : « Montre-nous le père et cela nous suffit » Jésus lui a dit : « Je suis avec vous depuis si longtemps et vous ne me connaissez pas ? Celui qui m’a vu a vu le Père ». Or, quelques instants auparavant, il venait de dire : « je suis le chemin, la vérité et la Vie, Personne ne va au Père sans passer par moi. »
Cf l’émerveillement de Paul : « L’Esprit saint que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves mais il fait de vous des enfants de Dieu. Et par cet Esprit, nous crions vers Dieu en lui disant : « Abba ! Père ». L’Esprit Saint lui-même nous donne ce témoignage que nous sommes enfants de Dieu. »

Mesurons-nous bien le privilège auquel Jésus nous invite quand il nous permet de dire « Père » à Dieu ? Je crois que nous n’aurons pas assez de notre vie ni même de l’éternité avec lui pour mesurer le sens de ces mots.
Je ne sais pas si c’est parce qu’ils n’ont pas compris ce privilège mais certains, lorsqu’ils doivent choisir leurs mots pour s’adresser à Dieu lui disent « Seigneur ». Il arrive même que certains ponctuent toutes leurs phrases de « Seigneur » répétés sans fin.
Oui, Dieu est Seigneur, Oui, Jésus-Christ est Seigneur. Et nous ne nous trompons pas à le disant. Mais Jésus nous ouvre une porte pour aller plus loin. Entrons par elle, et mesurons le privilège qui en découle.
Peut-être que pour mieux mesurer les sens des mots, nous ferions bien un jour de nous essayer de remplacer « père » par « papa ». Vous allez me dire que c’est trop familier et que cela ne convient pas à Dieu. Cela se discute car les exégètes ne sont pas certains que ce n’est justement pas le sens de « Abba » en araméen expression que Paul utilise pour parler à Dieu.
Appeler Dieu « Papa » ? Oui, pour dépasser la résonance des mots qu’il nous arrive de redire sans toujours trop y penser. Pour mieux mesurer le chemin que Jésus, notre Seigneur mais aussi notre grand frère, nous invite à parcourir avec lui.

Quelques mots sur ce « notre » Père que nous trouvons en Matthieu et qui est de toute façon sous entendu par Luc « notre » pain quotidien, « nos offenses »….
Oui, il nous faut maintenir avec vigueur que la prière est avant tout une réalité personnelle.
Si je ne prie qu’avec la communauté, je passe à côté de quelque chose d’important, et je frustre Dieu mon Père de ce qu’il attend de ses enfants.
Vous pourriez imaginer une famille où les enfants ne s’adressent à leurs parents que tous ensemble et pour leur dire toujours la même chose ? Ce pourrait être les plus belles paroles du monde, ils ne pourraient pourtant pas le supporter !
Ne faisons pas de même avec Dieu.
Sachons prier seul, parler à Dieu notre père dans le lieu secret. Dans notre chambre, notre intimité, avec nos mots.
Mais, ici aussi, que rien ne nous empêche d’y ajouter le privilège de la communauté et de dire « nous » autant que « je ».
Ce « nous », vous l’avez compris, ce sont les frères et sœurs dans la foi que je connais, ceux avec qui je vis ma vie de chrétien.
Mais ce sont aussi ceux que je connais moins, ceux qui ne me ressemblent pas tout à fait mais qui sont néanmoins les enfants du même Père.
Ce « nous », il nous faut l’apprendre ; il est difficile, il est exigeant. Il ne nous est pas naturel si nous voulons aller au bout des implications auxquelles il invite. Pourtant, c’est ainsi que nous pouvons être forts et résister au malin, c’est ainsi aussi et surtout que nous pourrons réjouir le cœur de Dieu notre Père.

Par Jésus, Dieu est le Père d’une famille nombreuse et je ne pense pas que Dieu ait des préférés parmi ses enfants.
Alors, réjouissons son cœur de Père et aimons comme lui chacun de ses enfants, nos frères et nos sœurs en Jésus-Christ.
Cet amour s’exprime par la prière en commun, mais aussi par une attitude générale qui se vérifiera par des gestes particuliers et concrets.
Que le Seigneur nous vienne en aide puisque notre désir est de lui être agréable !

Georges Mary



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