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Luc 11 v 1 - 13 David Mitrani
Texte : Luc 11/1-13
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 29.07.2001 à Jarnac (16). Revoici, chers amis, ce texte fameux de Luc, où Jésus donne le "Notre Père" à ses disciples qui lui demandent une prière-type, propre à leur groupe, comme d'autres groupes ont les leurs… Certes, les versions que nous suivons aujourd'hui de cet évangile donnent un texte plus court que celui que nous récitons, mais d'autres manuscrits ont, comme Matthieu, la version longue, et il n'est guère possible d'en débattre ici et maintenant. Je voudrais plutôt attirer votre attention sur la vraie question que pose ce récit : qu'est-ce que c'est, prier ? Qu'est-ce que c'est, la prière, pour nous chrétiens ?… Il y a une première réponse, implicite dans le début de notre récit. Cette réponse correspond à la demande du disciple, demande d'un "formulaire" de prière. Pour ces premiers versets du chapitre, la prière est donc une récitation, un rite par lequel nous nous adressons à Dieu, et à travers lequel nous nous reconnaissons mutuellement comme nous adressant au même Dieu, comme ayant la même religion. Dans ce sens, il ne fut pas anodin que le premier travail des catholiques et des protestants de ce pays, dès le second concile du Vatican clôturé, ait été de bâtir une traduction commune du "Notre Père". Et c'est ainsi que cette prière pourtant typiquement juive passe pour dénoter les chrétiens, au point que, lorsque nous nous apercevons que les évangéliques ne la prient pas, nous sommes tout étonnés ! Nous la considérons comme la prière du Seigneur, "l'oraison dominicale" pour le dire en termes plus pompeux, alors qu'il n'est dit nulle part qu'il la pria lui-même. Mais, certes, il l'a donnée en réponse à la demande de ce disciple. C'est donc que la prière, d'abord, c'est ce rite. Jésus ne répond pas que ce n'est pas comme ça qu'on prie, il ne répond pas en disant que ce n'est pas bien de prier par cœur. Prier, c'est s'adresser à Dieu, le confesser comme Dieu, lui demander ce qu'on demande à un dieu. Oui, mais ce n'est pas tout. Ce Dieu n'est pas n'importe quel dieu. Et notamment, il n'est pas une idole. C'est-à-dire, pour reprendre les célèbres dénonciations prophétiques, qu'il n'est pas un bout de bois ni une idée, mais une personne réelle. Il devient donc plus difficile de faire du "par cœur" quand on parle à quelqu'un qui existe, qui entend, qui reçoit ce que je suis en train de lui dire. Mais surtout, dans ce cas-là, la prière comme rite n'est pas suffisante. Pas mauvaise, mais pas suffisante. Nous autres, réformés plus ou moins libéraux, nous croyons toujours que le minimum est suffisant…! Eh bien, non. Jésus ne s'arrête pas à donner le formulaire à réciter, mais il nous emmène un peu plus loin. Qu'est-ce que c'est, prier ? Vous, vous connaissez votre catéchisme, vous allez me faire une longue liste de verbes ou de substantifs déclinant les différentes prières. C'est bien. Mais c'est faux ! Posez la question à n'importe qui, il vous le dira : prier, c'est demander. D'ailleurs, le "Notre Père" n'est-il pas construit uniquement sous forme de demandes, même lorsqu'il s'agit de louange et de confession de foi ? Prier, c'est demander. Demander, ça suppose d'avoir besoin et de vouloir obtenir, dès lors qu'on ne prie pas, justement, un bout de bois ou un concept, mais quelqu'un. Prier, c'est demander à quelqu'un quelque chose qu'il a et dont on a besoin. De quoi ai-je besoin ? Là, selon que vous êtes plutôt puritains ou plutôt des victimes de la pub, votre réponse sera plus ou moins longue ! Disons, en gros et en général, que cela va tourner autour de la santé et de l'argent, en doses variables. Bref, la réussite de ce que je suis et de ce que je fais. J'ai besoin d'une plénitude de vie, c'est-à-dire que mon corps, mon esprit, ma famille, ma situation sociale, mes affections, tout ceci soit en bon état. Le demanderai-je à Dieu ? Oui, car j'en ai besoin… Non, car il n'est pas à mon service… Oui, mais il peut me le donner… Non, car il a autre chose à faire… Le dialogue des théologiens, jusque dans mon cœur, peut ainsi continuer sans fin, prenant la place du temps de la prière : tous les moyens sont bons pour y échapper, non ? Non. La réponse de Jésus, là encore, va à contre-sens des théologiens modernes. Tu as besoin ? Demande à Dieu ! C'est une personne : tu peux l'asticoter jusqu'à ce qu'il craque, comme toi tu ferais à sa place ! A sa place ? Nous voilà sur ce chemin où Jésus, après tout, veut quand même nous faire avancer. Changer de place. Mets-toi à la place de Dieu…! "Lequel d'entre vous aura un ami qui se rendra chez lui au milieu de la nuit…?", etc… etc… Demander, c'est demander à quelqu'un. Dieu est quelqu'un. Je suis quelqu'un. Qu'est-ce que je fais quand on me demande ? Qu'est-ce que je fais quand on me demande de donner ? Quand mon ami me demande de lui donner, même pour quelqu'un d'autre. Donner pour qu'il donne. Donner pas parce que j'y ai intérêt, mais simplement parce qu'il y a le besoin. Donner pour donner, sans demander des comptes ni un retour et encore moins des intérêts. Est-ce que je donne ? Et si je ne le fais pas, comment pourrais-je à mon tour demander ? Comment pourrais-je avoir ce culot, de ne pas ressembler à l'ami qui vient me réveiller pour qu'il puisse donner !… "Demandez, et l'on vous donnera". Jésus n'a pas d'états d'âme. Prier, c'est demander. Alors demande ! Mais, en même temps, réalise que, si tu demandes, c'est pour pouvoir donner. Tu avais besoin, pour te remplir ? Non. Ça, ce sont les animaux et les païens, bref : la nature. Toi, si tu as besoin, c'est pour donner à ton tour, c'est pour te vider, c'est pour rester faible. Sois réaliste sur toi-même, ne te berce pas d'illusions, et fais le tri : ce que tu demandes pour toi, même sous prétexte des autres, tu n'en as pas besoin. C'est ce que tu demandes pour les autres qui est un besoin assez impérieux pour que tu réveilles le Maître ! Le Maître ? Non, ton ami. Dieu, parce que tu peux le réveiller en pleine nuit à cause de ceux que tu aimes, c'est ton ami. Prie-le donc, il t'attend. Mais demande ce dont tu as vraiment besoin, c'est-à-dire ce qui n'est pas pour toi, mais pour l'autre. Toi, tu n'as pas de besoin pour toi, tu es l'ami de Dieu…! Sinon, tu montres seulement que, dans ton cœur, tu es ton propre dieu et que c'est ta propre puissance, ta propre suffisance, que tu veux combler… Demande à ton père… "Quel père parmi vous…?", etc… Encore à la place de Dieu et non point de l'orant : Jésus ne change pas de stratégie pour nous faire avancer, décidément ! Prier, c'est demander. C'est demander quoi ? Quelle est donc la prière qui sera exaucée si elle est adressée à Dieu ? Quel est le besoin que Dieu veut satisfaire chez ses amis, chez ses enfants ? Nous venons de réaliser que ce n'était sans doute ni la richesse ni la santé, et la découverte est déjà assez dure comme ça, surtout qu'elle correspond à l'expérience que nous avons, nous comme tout le monde. C'est que, donc, Dieu ne nous évite pas les échecs, les chutes, la maladie, la pauvreté, la mort. Souhaitez-vous toujours le bonheur ou la santé, en début d'année ou aux grandes occasions ? "Ça ne mange pas de pain", certes, mais ça ne sert à rien. S'il plaît à Dieu d'exaucer de telles prières, la raison n'en est pas dans le texte de ce matin, ni dans les autres sur le sujet, mais dans un dessein qui nous restera obscur, quand bien même nous en serons reconnaissants… Ne perdons pas le temps de Dieu à lui demander ce qu'il ne nous donnera pas, parce que ça n'a pas de rapport avec ce qu'un tel père peut donner. Pouvez-vous le donner à ceux que vous aimez, ou la pluie aux paysans et le soleil aux touristes ? Non, et lui non plus. Pauvres ou malades, vous êtes tout autant près de Dieu et aptes à le prier pour les autres que si vous étiez riches et bien-portants. Ces choses, réalisons-le enfin même dans les situations qui nous font souffrir, ces choses ne nous enlèvent et ne nous rajoutent rien devant Dieu, elles sont donc vaines pour nous, même si elles comptent pour les autres ! Alors, prier, c'est demander quoi ? "Vous savez donner de bonnes choses à vos enfants". Dieu aussi, c'est pour cela que vous le priez, c'est pour cela que vous ne le prierez jamais assez ! Ce Dieu n'est pas de bois, il exauce la prière et, comme tout père ou mère, sans doute fait-il tout ce qu'il faut pour la susciter ! Comment l'enfant saurait-il qu'il vaut mieux manger un œuf qu'un scorpion, s'il ne l'a pas appris de son père ? Alors seulement, il peut demander un œuf !… Comment sauriez-vous que ce qui vous convient, ce n'est ni la richesse, ni la santé, ni le bonheur, mais que c'est le Saint-Esprit ? Dieu vous l'apprend, Jésus vous le dit. Demandez-le ! Demandez Dieu à Dieu. Voilà la prière, voilà l'exacte exégèse de chacune des demandes du "Notre Père", vous le verrez bien en le relisant, en le récitant. Ce dont nous, nous avons besoin et besoin de demander, parce que c'est hors de notre portée, c'est Dieu lui-même, qui nous révèle ainsi et nous fait vivre notre filialité. Ne demandons pas comme des esclaves, il y en a assez d'autres qui le font sans cesse. Prenons ce que nous sommes capables de prendre, comme des hommes et des femmes libres. Et ce dont nous ne sommes pas capables : vivre devant Dieu comme ses enfants pour aimer et servir le monde, demandons-le lui, demandons-lui sans relâche son Saint-Esprit. Il nous le donnera. Amen. Autres lectures : Colossiens 2/6-15 Psaume 139/1-12 Cantiques : * NCTC 266 = ARC 610 O Jésus, mon frère * NCTC 257 = ARC 242 Dieu des louanges |
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