|
|
Accueil |
Envoyer à un ami |
Version imprimable |
Augmenter la taille du texte |
Diminuer la taille du texte
Luc 10 v 38-42 Alphonse Maillot
Texte : Luc 10/38-42
Genre : Notes homilétiques Auteur : Alphonse MAILLOT Source : Qui est mon prochain ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [juillet-août]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1992 (p. 52-54). 6° dimanche après la Pentecôte ou 16° dimanche ordinaire Luc 10/38-42 Quoiqu'on en dise souvent, l'opposition n'est pas ici entre "l'active" (Marthe) et "la contemplative" (Marie) avec, bien entendu, une préférence pour la contemplative, mais entre la femme juive (je n'ai pas écrit "selon l'Ancien Testament") et la femme chrétienne (ou plutôt la place que la femme peut et doit désormais avoir dans l'Eglise). La scène est très vivante et montre au passage : a) que le Christ et sa troupe avaient quelques maisons amies qui les accueillaient (il est clair que Jésus est connu) ; b) l'hospitalité de l'époque, même s'il est vrai que ce ne sont pas des banquets que l'on offrait (voir d'ailleurs le premier texte de Genèse 18) ; c) la liberté souveraine de Jésus qui ne se fait vraiment pas "prier" pour entrer avec ses disciples (le v. 18 précise bien leur présence) et être nourri par deux femmes. Bien entendu, on ne reçoit pas une bande d'environ quinze personnes sans devoir se mettre dans l'embarras pour les nourrir (actualisez la scène..., mais il n'est pas sûr du tout que nous saurions accepter aujourd'hui l'intrusion à notre table de quinze personnes). En tout cas, Marthe fait ce qu'elle pense devoir faire... et qu'elle a parfaitement raison de faire. Elle se démène ; même pour un repas frugal, on ne reçoit pas une telle troupe sans dérangement ni agitation (v. 40). Ne tombez donc pas dans une trop facile critique de Marthe ! Sans elle, personne n'aurait pu se restaurer. Mais où elle va commettre une erreur, c'est lorsqu'elle estime que sa sœur n'est pas à sa place en n'étant pas à côté d'elle, dans la cuisine, et surtout, en ayant l'audace d'écouter le rabbi. En bonne juive, elle pense que l'enseignement des rabbis n'est pas pour les femmes. ("Plutôt brûler la Torah que de la laisser tomber aux mains des femmes", dira l'un des plus célèbres d'entre eux). La place de sa sœur lui semble sacrilège. D'ailleurs, Luc emploie un verbe, hapax biblique (un hapax est un terme employé une seule fois), pour désigner l'attitude nouvelle de Marie qui paraît scandaleuse à Marthe : "Etre assise ou allongée auprès" (des pieds de Jésus). Il montre ainsi la nouveauté radicale de l'attitude de Marie par rapport à l'attitude habituelle (et convenable) des femmes juives, dont la place est... à la cuisine. Et Marie, elle, montre que la femme (chrétienne) aura le droit et d'écouter le Seigneur et de se mettre au plus près. Nous avons de la peine à imaginer le caractère choquant de cette scène qui explique peut-être pourquoi seul Luc nous a relaté ce petit bijou révolutionnaire. On comprend mieux alors l'attitude critique de Marthe, demandant à Jésus de faire respecter les usages anciens, et donc celui de la place des femmes. Bien entendu, s'y ajoute aussi la rancœur de devoir accomplir seule le lourd travail, et donc une accusation indirecte de paresse envers Marie. C'est alors l'admonestation très fraternelle de Jésus envers Marthe (dont on n'oubliera pas que, d'après Jean 11, elle est la première d'entre tous à confesser la pleine foi chrétienne au Christ – Jean 11/27 : "Oui, je croyais déjà que tu es le Christ, le Fils de Dieu qui vient dans le monde") : "Marthe, Marthe, tu te fais trop de soucis et tu te démènes (encore un verbe rare) pour trop (de choses), (alors qu') une seule est utile (nécessaire est un sens second). Marie a choisi la bonne part. On ne va pas lui enlever". Chacun aura compris (surtout s'il se souvient qu'en rentrant du culte, il espère bien mettre tranquillement ses pieds sous la table) que Jésus ne condamne pas la brave Marthe ; il ne condamne que sa condamnation de sa sœur ; et de ne pas avoir saisi qu'avec lui, le Christ, les temps sont en train de changer. Il n'y a plus ni homme ni femme même ; seulement des enfants de Dieu, qui ont droit tous au même enseignement (Galates 3/26-28) et à la même place auprès du Christ. |
Inscription à la newsletter
|
Cultes contemporains
Luc 10 v 38-42 Pierre Muller