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Luc 10 v 25-37 (Marie Noëlle Thabut)
Dimanche 11 Juillet 2004
Quinzième dimanche du temps ordinaire Par Marie Noëlle Thabut EVANGILE - Luc 10, 25-37 Tel est pris qui croyait prendre ! S'il espérait mettre Jésus dans l'embarras, le docteur de la Loi en a été pour ses frais et c'est lui, en définitive, qui a dû se trouver bien embarrassé. En posant à celui qui est l'Amour même la question : "Jusqu'où faut-il aimer ?", il s'est attiré une réponse bien exigeante ! Si l'on veut rester tranquille, en effet, il y a des questions à ne pas poser ! Surtout si ce sont des questions aussi importantes que la première posée par le docteur de la Loi : "Maître, que dois-je faire, pour avoir part à la vie éternelle ?" ou, plus compromettante encore, la question suivante : "Et qui donc est mon prochain ?" Devant de telles interrogations, Jésus ne peut que désirer conduire son interlocuteur jusqu'au plus intime du coeur de Dieu lui-même. Ce cheminement, Jéus va le situer très exactement sur une route bien connue de ses auditeurs, les trente kilomètres qui séparent Jérusalem de Jéricho, une route en plein désert, dont certains passages sont de véritables coupe-gorge. Ce récit d'attentat et cette histoire de secours au blessé étaient d'une vraisemblance criante. L'homme est donc tombé aux mains de brigands qui l'ont dépouillé et laissé pour mort. A son malheur physique et moral, s'ajoute pour lui une exclusion d'ordre religieux : touché par des "impurs", il a contracté lui aussi une impureté. C'est probablement l'une des raisons de l'indifférence apparente, voire de la répulsion qu'éprouvent à sa vision le prêtre et le lévite soucieux de préserver leur intégrité rituelle. Le Samaritain, bien sûr, ne va pas avoir de scrupules de ce genre. La scène au bord de la route dit en images ce que Jésus manifeste souvent : en guérissant le jour du sabbat, par exemple, en se penchant sur des lépreux, en accueillant les pécheurs, et en citant plusieurs fois la parole du prophète Osée : "C'est la miséricorde que je veux et non les sacrifices ; et la connaissance de Dieu, je la préfère aux holocaustes." (Os 6, 6). La connaissance de Dieu : quand Jésus avait posé la question : " Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Que lis-tu ?", le docteur de la Loi avait récité avec enthousiasme : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même." Jésus lui avait dit : "Tu as bien répondu." Car la seule chose qui compte, c'est la fidélité à ce double amour. Saint Jean écrira plus tard : "Si quelqu'un dit J'aime Dieu et qu'il n'aime pas son frère, c'est un menteur. En effet, celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, ne peut pas aimer Dieu qu'il ne voit pas." (1 Jn 4, 20). Et encore : "Aimons-nous les uns les autres, car l'amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu." (1 Jn 4, 7). Le fin mot de cette connaissance que nous révèle la Bible, Ancien et Nouveau Testaments, c'est que Dieu est "miséricordieux" (littéralement en hébreu "dont les entrailles vibrent") ; or, nous dit le récit, quand le Samaritain vit l'homme blessé, "il fut saisi de pitié" (en grec "ému aux entrailles"). Ce n'est pas par hasard si Luc emploie la même expression pour dire l'émotion de Jésus, à la porte du village de Naïm, à la vue de la veuve conduisant son fils unique au cimetière (Lc 7). Luc emploiera encore les mêmes mots pour décrire l'émotion du Père au retour du fils prodigue (Lc 15). Je reviens à la parabole : ce voyageur miséricordieux n'est pourtant aux yeux des Juifs qu'un Samaritain, c'est-à-dire ce qu'il y a de moins recommandable. Car Samaritains et Juifs étaient normalement ennemis : les Juifs méprisaient les Samaritains qu'ils considéraient comme hérétiques et les Samaritains, de leur côté, ne pardonnaient pas aux Juifs d'avoir détruit leur sanctuaire sur le mont Garizim (en 129 av.J.C.). Le mépris, à vrai dire, était ancestral : au livre de Ben Sirac, on cite parmi les peuples considérés comme détestables les Samaritains, "le peuple stupide qui demeure à Sichem" (Si 50, 26). Et c'est cet homme méprisé qui est déclaré par Jésus plus proche de Dieu que les dignitaires et servants du Temple. En fait, à travers le portrait du Samaritain, Jésus nous propose sa propre image, lui qui dispense sans compter compassion et guérison. Alors, si on demande à Jésus "Qui donc est mon prochain ?", il nous répond : A toi de décider jusqu'où tu acceptes de te faire proche. Et si l'on se pose la question : Pourquoi le Samaritain nous est-il donné en exemple ? la réponse est toute simple : parce qu'il est capable d'être saisi de pitié. A nous aussi, Jésus dit : "Va, et toi aussi, fais de même." Sous-entendu, ce n'est pas facultatif : "Fais ainsi et tu auras la vie" avait-il dit à son interlocuteur un peu avant ; Luc répète souvent cette exigence de cohérence entre parole et actes : c'est bien beau de parler comme un livre (c'est le cas du docteur de la Loi, ici), mais cela ne suffit pas : "Ma mère et mes frères, disait Jésus, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique." (Lc 8, 21). Et là, notre capacité d'inventer est sollicitée : si les dimensions du cercle de notre prochain dépendent de notre bon vouloir, si les considérations de catégories sociales et de convenances doivent céder le pas à la pitié (ce qui semble bien être la leçon de cette parabole), alors, il ne nous reste plus qu'à inventer l'amour sans frontières ! ------------------------------------------------------------------------------------------------------------ Complément Si la question "Quel est le plus grand commandement ?" se retrouve dans les évangiles de Matthieu et de Marc, la parabole du Bon Samaritain, en revanche, est propre à Luc. On notera également que chez Luc, c'est le docteur de la Loi qui donne lui-même la réponse "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu... et ton prochain comme toi-même." Alors Jésus reprend : "Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie." Autres textes de la même catégorie
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