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Luc 10 v 25-37 (James WOODY)
Texte : Luc 10/25-37
Genre : Prédication Auteur : James WOODY Source : Prédication pour le 14.04.2002 en Avignon (84) trouvée sur le site de l’Eglise Réformée d'Avignon. La communauté positive Chers frères et sœurs, comment en sommes-nous arrivés là ? Qu'avons-nous fait ou que n'avons-nous pas fait pour qu'aujourd'hui encore certaines personnes puissent s'attaquer à des synagogues, aux lieux de culte juifs ? Où avons-nous failli pour que des Israélites qui sont en train de jouer au football se fassent agresser sauvagement au refrain de "sale juif" ? Comment cela est-il encore possible ? Et, dans le même temps, comment l'Islam a-t-il pu devenir, en France, l'objet de tant d'hostilité et de si peu de considération des pouvoirs publics et de nous-mêmes au point qu'on sache difficilement, de nos jours, qui est responsable des communautés musulmanes ? A chacun, dans son domaine de responsabilité respectif, de trouver des explications, des causes et d'arranger la situation. Pour ce qui nous concerne, notre faute ne consisterait-elle pas dans ce que nous avons été trop peu protestant ? Notre faute ne consisterait-elle pas dans ce que nous avons trop peu été une caisse de résonance de ce passage de l'évangile selon Luc qui met en scène un homme qui descend de Jérusalem vers Jéricho ? Notre faute ne serait-elle pas de ne pas avoir suffisamment fait entendre notre voix, nos convictions, notre anthropologie, c'est-à-dire notre compréhension de l'Homme ? Notre faute ne serait-elle pas d'avoir communiqué avec le monde pour dire qui nous sommes, ce que nous faisons, nous les réformés, alors que nous avons tant à dire sur ce qu’est l'humanité désirée par Dieu ? Notre faute n'est-elle pas d'avoir agi dans le seul esprit d'être dans le monde en oubliant d'être pour le monde ? Notre faute ne serait-elle pas de ne pas être suffisamment protestant, tout simplement ? Pas assez protestant, à tous les sens du terme. Premier sens, le sens le plus connu, le plus utilisé, le sens qui vient immédiatement à l'esprit : protester, c'est contester, c'est reprocher, c'est exprimer son mécontentement, son désaccord, des critiques. Protester, c'est dire qu'il y des choses qui ne vont pas, qu'il y a des choses inadmissibles. C'est aussi s'indigner, en explicitant les motifs de l'indignation. Protester, c'est dire que le sacrificateur et le lévite qui descendaient, eux aussi, à Jéricho et qui ont croisé cet homme à demi-mort sur le bord de la route, ont été infidèles à leur divine vocation. Protester, c'est reprocher cette indifférence qui va à l'encontre du cœur de la loi que Dieu nous recommande et qui vient d'être rappelée par un spécialiste qui interrogeait Jésus : l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Protester, c'est refuser que la façon de faire de ces deux personnes, leur façon de vivre, soit tolérée. C'est refuser de laisser faire sans rien dire contre. C'est refuser de laisser des actes anti-juifs se répandre ; c'est refuser de laisser des personnes qui ne connaissent pas l'Islam en diffamer la théologie ; mais c'est aussi refuser de laisser s'installer le climat de dénigrement général contre le catholicisme. Par ailleurs, protester n'est pas qu'une attitude qui s'exerce dans le champ religieux. Hors du champ religieux, protester, c'est une attitude qui n'accepte pas qu'on puisse passer à côté de quelqu'un qui est en train de mourir sans lui porter assistance. Cela signifie que protester, c'est ne pas laisser le jeune qui est en train de mourir psychiquement en roulant son haschisch dans une petite ruelle du centre ville sans lui dire le danger qu'il encourt ; c'est ne pas laisser cette personne qui est en train de mourir à sa citoyenneté en n'allant pas voter sans lui dire les risques qu'elle fait encourir à la république ; c'est ne pas laisser quelqu'un qui est en train de mourir à l'amour du prochain en prenant sa voiture avec trop d'alcool dans le sang sans lui dire la menace qu'il est pour les autres. Et nous pourrions continuer ainsi, avec tous ces actes que nous rangeons maintenant dans le fourre-tout des actes "d'incivilité" en évoquant ceux qui délabrent les biens publics et privés à coup de peinture ou de chien qui font n'importe où ; ceux qui détruisent le cadre de vie à coup de bruits excessifs, de paroles non circonstanciées et sans oublier ceux qui souffrent du syndrome "je m'appelle Raymonde et je suis seule au monde" ! Etre protestant, c'est faire acte de cette protestation-là. Mais protester, c'est aussi "pro-testare", "témoigner pour". Protester, c'est aussi plaider pour, soutenir, dire une parole qui affirme, qui atteste, poser des actes qui soignent, qui bandent des plaies, qui accompagnent, qui protègent, qui nourrissent. Bref, protester, c'est aussi produire des paroles et des actes non pas contre, mais pour ; pour dire ce qu'est l'homme, pour dire ce qu'est la communauté humaine. Et nous voici peut-être, d'ailleurs, au point culminant de notre quête de la communauté. Qu'est-ce que la communauté, qu'est-ce qui fonde la communauté ? Je crois que le samaritain qui marche sur le chemin qui le conduit de Jérusalem à Jéricho, d'Israël à la Cisjordanie de nos jours, a quelque chose à nous apprendre sur la communauté. A vrai dire, la communauté, c'est le lieu du tragique. Faire communauté, c'est être pris de compassion, littéralement saisi aux entrailles, par celui qui est en train de mourir. Font communauté celles et ceux qui vivent ensemble les derniers instants d'une vie. Autrement dit, font partie de la communauté humaine celles et ceux qui sont saisis aux entrailles par la mort d'un autre homme, d'une autre femme. Font partie de la communauté humaine celles et ceux qui sont saisis aux entrailles par la vision morbide des Israéliens assassinés dans des attentats, celles et ceux qui sont saisis aux entrailles par la vision macabre des Palestiniens massacrés dans des actions de police menées par une armée. Font partie de la communauté humaine celles et ceux qui sont saisis aux entrailles par les laissés à demi-mort ici ou plus loin ; qui le sont aujourd'hui ou qui le seront demain. Car le paradoxe auquel nous rend attentif Jésus, c'est que, pour créer la communauté humaine, pour que nous fassions communauté, la question que nous devons nous poser n'est pas : "Qui est mon prochain ?", car l'humanité entière constitue notre prochain, mais : "De qui suis-je le prochain ?". Autrement dit, créer une communauté, ce n'est pas rechercher les membres de la communauté, mais c'est devenir soi-même membre de cette communauté. L'un des textes les plus fameux et les plus connus qui ont mis en évidence la responsabilité que nous avons lorsqu'il s'agit de faire communauté pour sauver l'humanité a été écrit par un pasteur allemand, Niemöller. Il écrit : "Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit : je n'étais pas communiste. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai rien dit : je n'était pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n'ai rien dit : je n'étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n'ai rien dit : Je n'étais pas catholique. Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour protester". Pour tout vous dire, je trouve que ce texte, qui est pour beaucoup une référence, est un texte dangereux parce que nourrissant une logique perverse. Il suppose que, si je me rends proche de quelqu'un, si je témoigne en sa faveur, si je plaide pour lui, si je proteste pour lui, ce peut être sur la base d'un calcul, d'une stratégie qui peut se formuler ainsi : j'ai tout intérêt à aider untel et untel dans l'espoir qu'à leur tour ils me viennent en aide le jour où j'en aurai besoin. Ceci est un système mafieux basé sur le service rendu. Rien de gratuit dans tout cela. La logique évangélique, elle, dit que la communauté se fonde sur la compassion, c'est-à-dire sur l'absence de calcul. Devenir le prochain de quelqu'un n'est pas une stratégie, ce n’est pas un calcul. Toutefois, à la lumière du récit des hommes qui se rendent à Jéricho, ce texte de Martin Niemöller peut mettre en lumière un aspect de la figure du prochain. Bien souvent, "prochain", du fait de notre langue, renvoie à quelqu'un qui va se présenter à nous. En quelque sorte, le prochain sur la liste, la prochaine personne que nous croiserons. Et, du coup, le prochain est souvent relégué au futur et, par voie de conséquence, à quelque chose d'hypothétique. Le prochain ? Quelqu'un à venir. En fait, nous révèle Jésus, notre prochain, c’est quelqu'un qui nous a précédé. C'est quelqu'un qui a déjà parcouru le chemin que nous empruntons. Non, notre prochain n'est pas celui à venir, un peu incertain, car nous sommes celui à venir. Le prochain suivant, c'est nous, qui venons après le communiste, le syndicaliste, le juif, le catholique, pour reprendre Niemöller. En fait, le prochain, c'est à nous de le devenir : l'autre l'est déjà. Voilà, frères et sœurs, une perspective pour nous aujourd’hui : contester ce qui fait chuter l’humanité, attester que l’humanité entière est la communauté au sein de laquelle nous sommes appelés à devenir membres ; une communauté où "l’amour — pour citer Maurice Blanchot —, s’il ne supprime pas la mort, passe la limite que celle-ci représente et, ainsi, la rend sans pouvoir au regard de l’assistance à autrui (ce mouvement infini qui porte vers lui et, dans cette tension, ne laisse pas le temps de revenir au souci de "moi")". Amen. Autres textes de la même catégorie
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Cultes contemporains
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