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Luc 10 v 1-22 (Joël DAHAN)
Texte : Luc 10/1-22
Genre : Prédication Auteur : Joël DAHAN Source : Culte pour le 22.02.2004 à Grenoble (38) ; texte trouvé sur le site de l’Eglise réformée de Grenoble. Prédication donnée à partir de la réflexion des jeunes lors du camp "Dieu au cinéma" et de la lecture de Luc 10/1-22 Allez les jeunes, engagez-vous ! Est-ce que nous mesurons bien ce que nous disons lorsque nous prononçons cette phrase pour nos enfants ? Lorsque je lis dans Luc l’envoi des disciples : "Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. N’emportez pas de bourse, pas de sac, pas de sandales, et n’échangez de salutations avec personne en chemin…". Lorsque je lis ce texte d’envoi, je me demande immédiatement : est-ce que cela a quelque chose à voir avec la vie que je souhaite pour mes enfants ? Aimez-vos ennemis, tendez l’autre joue… Soyez des brebis au milieu des loups. Quelquefois, nous avons l’impression qu’une éducation non-violente, de partage, de justice ne prépare pas nos enfants à la vraie vie. Un jour, quelqu’un m’a dit : mais monsieur, ce que vous vivez, vos relations, vos valeurs, votre manière de vivre la famille, ce n’est pas ça la vraie vie. Vous êtes sur une autre planète ! C’est aussi ce que me disent certains catéchumènes lorsqu’ils viennent le samedi. Ils ont énormément de mal à faire le lien entre ce qu’ils vivent au catéchisme et leur quotidien. Alors que nous nous efforçons de montrer la dimension sociale de l’Evangile ; alors qu’après l’ouverture systématique de la Bible, ils sont invités à faire un geste pour les détenus de Varces, ils rencontrent un Imam, ils réfléchissent sur les Droits de l’Homme, sur la drogue… tout discours à l’intérieur de l’Eglise est très souvent étiqueté et enfermé dans un carcan, un espace privé et religieux qui ne concerne pas leur vie. Mais que vient faire le texte biblique sur ces sujets ? En quoi concernent-ils mes préoccupations du jour et celle du monde ?, demandent les jeunes. Des parents aussi ont tendance à sacraliser le temps et l’espace de ces rencontres organisées par l’Eglise en pensant que là, leurs enfants sont protégés du monde et de son influence. Pourtant, Luc fait référence à l’histoire des premiers chrétiens qui sont confrontés assez rapidement à une résistance lorsqu’ils annoncent la Bonne Nouvelle. En effet, ils s’aperçoivent vite que cette foi va concerner tous les champs de leur quotidien. L’alimentation, l’argent, le rapport homme-femme… Puis, plus tard, en grandissant, les jeunes comprennent que la Bible parle de leur vie, mais ils ont toujours du mal à vivre ce qu’ils découvrent : le décalage entre cette parole et celle qu’ils entendent au quotidien. Décalage et contradiction qui existent aussi à l’intérieur des familles, de l’Eglise, comme dans beaucoup d’autres lieux. Ils s’aperçoivent alors que l’Eglise n’est pas le lieu sacré d’un engagement pour chrétiens authentiques, mais qu’elle est le lieu d’une confrontation entre une invitation et une réponse à décliner dans tous les champs de sa vie. L’Eglise a donc une mission particulière auprès des jeunes : transmettre cet appel du Christ à le suivre, et accompagner la construction d’une identité et l’élaboration d’une confession personnelle toujours en chantier, jamais figée. Pendant le camp que nous venons de vivre, j’ai relevé quelques questions importantes pour les jeunes et je terminerai en vous redisant la démarche pédagogique qu’entraîne l’écoute de ces questions et qui concerne finalement les adultes autant que les jeunes. Le rapport au monde Une tendance spirituelle forte aujourd’hui consiste à se retirer du monde régulièrement, pour faire le point, se poser, s’arrêter. Les monastères font le plein de jeunes qui trouvent là un espace d’écoute, de silence, de méditation. Comme si le monde était si oppressant qu’il faille s’en détacher un temps pour reprendre son souffle. Il n’y a pas, dans cette démarche, d’aspiration à quitter le monde, mais bien un retour sur soi-même et sur sa situation personnelle. Dans un autre registre, répondant sans doute à un même malaise, le départ frénétique pour les vacances et les loisirs joue un rôle similaire. Car il s’agit de quitter au plus vite le quotidien, sans rien faire pour le changer, mais pour arrêter le cycle infernal d’une vie stressante, au moins un instant. Dans la Bible, le monde est d’abord bon. Il est une création pour l’homme. Mais de nombreux textes le présentent comme le lieu du mal, dirigé par Satan, prince du monde. Un monde qui asservit l’homme, qui en fait son esclave. Un monde prétentieux qui veut se séparer de Dieu et trouver son salut en lui-même. Dieu est atteint par le mal du monde. Dans l’Ancien Testament, il intervient souvent par la voix de ses messagers. Les villes représentent à la fois ce lieu de débauche, mais aussi le lieu de l’annonce de la Parole. Un lieu qui rejette, mais qui peut aussi accueillir. Les premiers chrétiens sont confrontés à ce monde qui hésite entre l’hostilité et l’accueil selon les temps et les lieux. L’évangile de Jean insiste sur le fait que Dieu aime le monde et qu’il donne son Fils. Par lui, il envoie la lumière dans un monde de ténèbres. Une certaine lecture de l’évangile de Jean incite à se méfier du monde et même parfois à le diaboliser. Mais ce monde est surtout le lieu de l’événement, le lieu d’un renversement que le Christ inaugure, d’une espérance vivante. Luc insiste sur un monde ouvert. L’espérance concerne Israël et les nations, et donc même le monde des païens méprisés à cette époque. Le message est universel. Il est pour tous les hommes. Les jeunes ont aujourd’hui tendance à avoir une vision noire du monde et à confondre le monde avec l’actualité présentée par les médias. A l’adolescence, il est donc facile de désirer reconstituer un autre monde, une communauté ou des espaces communautaires dans lesquelles on est bien, entre nous, dans un cocon. C’est le risque que courent les Eglises lorsqu’elles s’occupent de la jeunesse. Prendre en charge la jeunesse pour reconstituer un monde à l’intérieur du monde. Il y aurait donc des espaces de partage, de solidarité, de vie spirituelle et des espaces de compétition, où règne la loi du plus riche et du plus fort. Et nous pouvons sans aucun problème vivre les deux en parallèle en toute bonne conscience, en croyant que la frontière est étanche entre deux réalités. On aurait tendance alors à diaboliser le monde, en essayant de vivre le moins possible sous son influence et en tentant de reconstruire un nouveau monde parallèle. Voilà une question qui anime les jeunes. Comment habiter un seul et même monde ? Sans avoir l’impression de faire une gymnastique de valeur, de sens, de choix… L’exigence des paroles du Christ C’est dans la confrontation avec la Bible que les jeunes recollent les morceaux. Ils découvrent que Dieu s’intéresse au monde dans lequel ils vivent. Dieu aime ce monde, envoie son Fils et envoie des hommes dans ce monde pour être la lumière. Dans la foi, ils découvrent qu’ils sont donc appelés et prennent conscience de la responsabilité qu’ils ont au moment même où ils s’aperçoivent que cette parole s’adresse à eux. Ils vivent donc à la fois une joie et un découragement. Les jeunes sont entiers. Soit ils s’engagent à fond, soit ils renoncent et prennent un autre chemin. Et quand on lit l’exigence du Christ, cet amour impossible que nous sommes invités à vivre, on a tendance à renoncer. Et pourtant, c’est en prenant conscience qu’il est impossible aux hommes de vivre complètement la volonté de Dieu que les jeunes s’engagent. Ils se rendent compte que l’avenir est entre les mains de Dieu et qu’ils sont appelés à participer à cette construction : plus, à être une pierre de cet édifice. En acceptant d’être limités et petits (et c’est sans doute très vrai à la fin de l’adolescence), en acceptant d’être des brebis au milieu des loups, ils peuvent assumer leur foi et devenir libres et confiants. Alors, parents, ne craignez pas pour vos enfants, car si demain ils sont des brebis, c’est qu’ils auront fait un choix libre de prendre ce chemin. C’est qu’ils auront pris conscience que, quelle que soit leur situation, ils sont aimés de Dieu et dignes dans une situation qu’ils auront choisie, même instable, même à contre courant, même hors norme. N’ayons pas peur de ceux qui font des choix radicaux, qui ne suivent pas les chemins pré-établis par un milieu, une culture. Car si l’Evangile n’appelle pas à une marginalité de principe, il invite les hommes à prendre leur distance avec ceux qui construisent un monde contre l’homme. Le témoignage : exprimer ses convictions Ainsi, la catéchèse que nous défendons veut accompagner les jeunes à prendre conscience que Dieu vient dans le monde, là où ils sont, et que sa parole concerne leur vie aujourd’hui. Il s’agit de leur donner les outils de lire le monde dans une interprétation libre. Il s’agit d’écouter ce qu’ils ont à dire sur ce monde et de les aider à décrypter les discours, les images, les symboles qui s’adressent à eux. Dans le camp, nous avons regardé des films qui a priori ne concernent pas le KT ou leur foi, mais dans lesquels des thèmes fondamentaux sont abordés. Notre foi change-t-elle notre regard sur notre culture contemporaine ? Oui, disent les jeunes. "Lorsque je suis en camp, je vois plein de choses intéressantes sur le film, alors que, chez moi, avec des copains, on aurait juste passé un bon moment ensemble sans se poser de questions". Dans un deuxième temps, il s’agit de repérer les grands thèmes du film, puis d’aller chercher la Bible pour nourrir une réflexion sur ce thème trouvé. Enfin, il s’agit de proposer aux jeunes de dire à leur tour leur conviction sur ce thème. Après avoir décrypté le monde qui les entoure, après s’être confronté au texte biblique, ils sont invités à dire leur conviction, ce qu’ils croient sur tel ou tel sujet abordé. La Bible ayant nourri leurs convictions, il peuvent à leur tour parler en "Je". Cette démarche est celle d’un camp, mais aussi celle de nos vies au quotidien, devant une situation, une orientation, un choix familial, professionnel. Gardons un esprit critique, une interprétation personnelle des événements (même si les médias ont des réponses toutes faites). Lisons la Bible comme un texte qui vient interroger une réalité et exprimons à notre tour nos convictions, dans des paroles et des actes. C’est ainsi que le Christ nous envoie dans le monde et c’est par la foi (et la joie) qu’il nous donne les moyens d’être libres et engagés, témoins et acteurs de la construction d’un monde plus juste… Quel monde ? Notre monde ! Amen. Autres textes de la même catégorie
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Cultes contemporains
Luc 10 v 1-24 (David Mitrani)