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Luc 10 v 1-12 + 17-20 (Robert PICOT)



Textes : Luc 10/1-12 & 17-20
Genre : Prédication
Auteur : Robert PICOT
Source : Prédication pour le dimanche 05.07.1998. Bible et Liturgie, ERF Cévennes-Languedoc-Roussillon.



A première lecture, on peut se demander si Jésus aurait fait un bon cultivateur ! Il parle de "moisson", alors qu'il envoie ses disciples pour annoncer une bonne nouvelle, un message de vie, c'est-à-dire pour "semer". Chacun sait que la récolte vient après le temps des semailles et celui de la maturation plus ou moins rapide. Il envoie et c'est lui qui moissonnera. Certes, semer, c'est moissonner en espérance ; œuvrer en vue de la récolte future comme si elle était déjà rentrée. Les disciples se rendent là où le Seigneur ira lui-même ensuite : "Il les envoya dans les endroits où lui-même devait se rendre". C'est toujours en terrain inconnu que nous sommes invités à nous rendre et à dire le message de l'Évangile. Tant mieux si certains, ouverts et réceptifs, sont confortés dans ce qui est le fond de leur pensée, de leur recherche ou de leur conviction ; le terrain est favorable. Tant mieux encore si d'autres, apparemment indifférents ou hostiles, sont atteints profondément dans leur refus, leur indifférence ou leur mauvaise volonté.

Les disciples vont préparer, labourer, défricher, participer au travail de Jésus. Nous sommes envoyés, nous aussi, dans le monde, partout où vivent des hommes, des femmes, des enfants, dans ces villes et ces villages de notre monde, dans ces lieux calmes ou ces "banlieues à risques", dans ces lieux de misère matérielle, physique, morale, spirituelle ou de richesse éhontée et de suffisance. Quel que soit l'endroit, le message reste le même : "Le Royaume de Dieu s'est approché de vous", c'est-à-dire : le Seigneur vous offre une richesse de vie à vivre et à partager qui dépassent infiniment ce que les soucis humanitaires les plus forts peuvent apporter, et ce que les meilleures volontés peuvent offrir ; c'est le renouvellement de toute votre personne.

Certes, Jésus souligne que seul un cœur bien disposé peut recevoir le message de l'Évangile. La parole dite sera reçue si elle correspond à un besoin profond, qu'il soit clair ou non ; on sait ce qu'on aimerait entendre pour qu'on puisse aller de l'avant et c'est comme un déclic pour poursuivre son chemin plus paisiblement ; ou bien c'est un besoin qu'on se cache et qu'on ne s'avoue pas forcément, ou encore une situation momentanée qui fait problème. Seul celui qui sait qu'il a besoin d'un message de paix verra un "frère" dans celui qui le lui apporte. Celui qui aura parlé aura dit pour lui une parole essentielle.

Ils sont sans doute nombreux ceux qui attendent que nous soyons pour eux des frères, que nous leur apportions un message de paix, que nous annoncions des paroles constructives qui élèvent le débat ; nombreux sont ceux qui attendent un monde "autre" que celui que nous fabriquons nous-mêmes par nos décisions et nos choix ; nombreux sans doute aussi ceux qui espèrent un temps nouveau dans leur vie quotidienne peut-être ruinée par des problèmes sans fin ; nombreux encore probablement ceux qui se sentent mal-aimés ou qui ont besoin d'aimer et qui n'ont pour vis-à-vis que la pauvreté du comportement, la négligence, l'indifférence, le manque de paroles vraies ou tout simplement le manque de communication. Qui n'attend, qui n'espère, qui ne désire que la paix règne dans le monde et dans les cœurs partout et pour tous ? La paix, dans l'Évangile, n'est pas autre chose que la présence de Dieu donnant un autre visage aux problèmes et une autre orientation aux situations même les plus bloquées. Dieu peut donner à notre vie une orientation différente de celle que nous avons imaginée ou que les circonstances ont forgée. Le "frère" sera pour moi celui dont la parole m'aura aidé à faire cette découverte.

Et Jésus poursuit en invitant ses disciples à n'exclure personne de leurs visites. Allez partout, vers tous, même ceux dont on sait que..., ceux dont on peut dire que..., ceux dont on croit que... Qui sait si l'Esprit du Seigneur n'est pas passé avant nous pour préparer le terrain ? Bien sûr, il peut y avoir des échecs et des rebuffades, mais les refus prouvent toujours que le problème préoccupe. Dire que Dieu est absent de notre monde devant ce qu'on y voit et ce qui s'y passe, devant l'accumulation des misères, des souffrances et des injustices, montre simplement que l'on n’est pas indifférent, mais que le cœur reste endurci, l'esprit fermé, la foi imperméable à l'aventure de la vie ou la vie imperméable à l'aventure de la foi. Et Jésus invite même à l'audace devant les portes claquées ou les refus polis : annoncez quand même votre message de paix et de vie nouvelle, en ajoutant presque : Dommage que vous passiez à côté de la vie et de la vérité ! Le silence qui se veut respectueux de l'opinion des autres n'est pas forcément toujours la meilleure solution. Que le Seigneur nous donne de savoir nous taire quand il le faut et de savoir parler quand il le faut !

Mais à côté des refus, même si l'on reste bons amis, il y a des accueils chaleureux et généreux qui font qu'on a du plaisir à se trouver ensemble et à partager dans l'amitié des repas fraternels. Un repas en commun avec des frères est toujours une façon de rendre grâce au Seigneur pour la joie d'être ensemble et pour tout ce dont nous profitons. Voilà une occasion de vivre ensemble la paix que le Seigneur nous donne à partager et de dire ensemble : "Le Royaume de Dieu s'est approché" en nous enrichissant par le dialogue.

Remarquons qu'il s'agit aussi de prendre son temps et de s'attarder chez celui qui nous accueille. Ce que nous estimons être l'urgence fait que, parfois, nous ne savons pas rester, mais que nous voulons parer au plus pressé en allant rapidement de maison en maison, de l'un à l'autre, de visite en visite, de porte en porte. Savoir rester parce que le temps ne compte pas pour Dieu, est l'un des secrets de la disponibilité et quand, en plus, cela se passe autour d'une table à prendre un repas ou boire une tasse de café, il devient alors possible d'accompagner un peu plus ceux que nous rencontrons, voire de nous laisser accompagner. Un accueil est toujours une occasion de faire un bout de chemin avec quelqu'un dans son bien ou son mal être. Dans une conversation, rien ne se joue forcément du premier coup ; dans une relation, les liens s'étoffent peu à peu et enrichissent ainsi la vie future par les découvertes mutuelles. Alors, merci au Seigneur de placer sur notre route ceux et celles qui, avec nous, formeront ces ouvriers dont le Seigneur a besoin pour les semailles et la moisson !

Et lorsque les disciples reviennent heureux de tout ce qu'ils ont accompli, ils sont étonnés et peut-être surpris de ce que l'annonce de l'Évangile donne d'aussi bons résultats. Ne doutons pas que notre témoignage ait parfois porté de tels fruits ; car là où l'Évangile est reçu, c'est une victoire sur le mal et le triomphe de la vie, ce que Jésus traduit par cette expression : "Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair". Là où l'Évangile est reçu, Satan est "descendu en vrille !". Un malade guéri grâce à la médecine mais aussi par l'intermédiaire de la prière, n'est-ce pas le triomphe même passager de la vie ? Retrouver son équilibre quand la vie malmène, reprendre pied quand les circonstances bousculent, voir la joie revenir dans un cœur ou l'apaisement dans un esprit tourmenté, n'est-ce pas la manifestation éclatante, pour ceux qui le vivent, que tout ce qui est porteur de mort n'a jamais le dernier mot ? Le mal est déjà tué, les condamnations sont terminées, les jugements et les étiquettes abolis. Une nouvelle vie s'offre à tous ces malmenés de l'existence que nous sommes. Le mal meurt même si, dans notre monde, il faut sans cesse recommencer, même si un "autre monde" n'est pas encore là définitivement.

Le Seigneur nous donne de pouvoir vivre un monde "autre" et il nous en fournit les moyens ; nous avons le pouvoir de changer notre monde et de le rendre plus acceptable pour la joie de tous et la joie de Dieu.

Mais, en terminant, Jésus nous met en garde contre deux écueils : celui de la prétention et celui du triomphalisme. Prétention d'avoir fait ceci..., réalisé cela... et de nous en accorder la gloire ; et triomphalisme devant ce qui est accompli. Seul le Seigneur sait si nous sommes de bons et fidèles serviteurs. L'important est de savoir que seul le Seigneur peut donner de la valeur à la pauvreté de notre témoignage et de nos initiatives. Quand nous pensons qu'ils sont valables et efficaces, peut-être sont-ils inadaptés aux situations ? Mais peut-être sont-ils riches en efficacité quand ils nous paraissent insuffisants ?

Réjouissons-nous simplement de ce que le Seigneur nous utilise pour son service et nous a déjà précédé sur ce chemin de la vie et de la rencontre des autres ; car il sait bien que nous ne sommes pas toujours de bons ouvriers ou de bons prédicateurs ! Et pour nous donner plus de force et de courage, il nous donne de nous soutenir mutuellement : à défaut de pouvoir être deux pour vivre un témoignage, la prière des uns peut soutenir l'action et la parole des autres. Ainsi se vivent les richesses que Dieu donne à son Église.

Amen.



Autres lectures : Esaïe 66/10-14
Galates 6/14-18

Cantiques :
* Psaume 33/1, 2, 4, 5 Réjouis-toi, peuple fidèle
* ARC 227/1 à 4 Écoute-nous, Dieu de la terre
* ARC 523/1 à 3 Que la moisson du monde est grande




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