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Luc 09 v 28-36 Jean-Frédéric Patrzynski
Texte : Luc 9/28-36
Genre : Prédication Auteur : Jean-Frédéric PATRZYNSKI Source : Prédication pour le 09.02.1986. C'est la fête de la transfiguration, la belle fête chrétienne qui fait plaisir à tous. Le Dieu auquel nous croyons, Jésus le Christ, nous apparaît comme un vrai Dieu et non plus comme un homme. Voyez-le tel que les figures d'Epinal l'ont toujours représenté : environné de lumière, un peu au-dessus du sol, entouré de Moïse et d'Elie, bien sûr à un niveau inférieur à Jésus-Christ,… mais soyons sérieux ! Regardons vraiment le texte, écoutons la Parole de Dieu. Jésus a décidé de se retirer. Il nous l'a déjà dit : quand on veut prier, entrons dans notre chambre et fermons la porte. Sa chambre, déjà la chambre haute où il offrira son corps et son sang, c'est la montagne. Tout comme Moïse, il grimpe jusqu'au sommet du mont pour rencontrer son Père, pour obtenir de lui l'enseignement, le plan qui lui est nécessaire pour accomplir sa volonté. Oui, la montagne est le lieu par excellence de la rencontre avec Dieu, c'est à son sommet que Dieu descend et que l'homme monte. C'est toujours et encore l'échelle de Jacob, mais ? cette fois, elle est bien réelle et non pas rêvée. Elle appartient au monde de la réalité, elle existe dans le monde et non pas dans ce qui serait éphémère. En montant, le Christ sait qu'il va recevoir une mission. On monte sur la montagne pour mieux en descendre, mais tout alpiniste sait que la descente est plus difficile que la montée. La descente de Jésus vers la ville de son Père, vers Jérusalem, commence ici ; cette descente qui le mènera jusqu'à la mort, mais nous n'en sommes pas encore là. Là, au sommet, Jésus apparaît dans sa gloire, resplendissant non pas par un effet magique, extraordinaire, mais tout simplement parce qu'il prie. C'est dans cette prière que l'homme devient autre, que l'homme chrétien montre son appartenance à un autre monde, au monde du divin. Il est déjà partie intégrante du royaume de Dieu ; il n’est déjà plus dans le monde. Par la prière, le chrétien vit pleinement la situation décrite dans l'évangile de Jean (Jean 17), dans la prière sacerdotale du Christ-Jésus : "Ils ne sont plus du monde, mais ils vivent dans le monde". Par la prière, l'homme est en communion avec tous ceux qui ont vécu avant lui, dans une relation étroite avec Dieu. Il vit la communion des saints que nous confessons chaque dimanche matin. C'est dans cette communion que Moïse et Elie apparaissent, entourant Jésus, et remarquons qu'eux aussi, sont en gloire. Jésus n'est pas le seul à être glorifié à cet instant. La transfiguration est aussi la transfiguration de Moïse et d'Elie, recevant ainsi l'hommage qui leur revient dans l'histoire du salut. Voici que ces deux hommes accompagnent Jésus, ces deux hommes qui ont disparu depuis si longtemps ; et leur présence n'étonne pas Pierre. Le voici encore incapable de comprendre ce qui se passe. Pierre, Pierre le bon Juif, le Juif pieux, ne s'agenouille pourtant pas devant Jésus glorifié, ni même devant Moise et Elie. Alors que nous savons bien qu'on ne peut regarder Dieu en face. Alors que nous savons bien que la mort attend celui qui tourne son regard vers le visage resplendissant du vivant. Pierre ne se prosterne pas, Pierre ne voit pas Dieu. L'image qu'il perçoit du Christ n'est pas celle de ce Dieu tout-puissant que Moïse avait pu contempler. La peur de mourir ne vient pas à lui, la crainte devant 1'immensément grand n'apparaît pas en cet homme intelligent et simple qui connaît sa religion et la respecte. Non, mes amis, il faut bien se rendre à l'évidence : Jésus, lors de la transfiguration, n'a pas l'apparence de Dieu. Certes, il est resplendissant, mais sa splendeur n'est pas celle du Dieu que l'on ne regarde pas ; cela ? Pierre le comprend très bien. C'est seulement après que Pierre se prosternera devant Dieu, quand la nuée viendra sur la montagne et que la voix se fera entendre. Alors Pierre, oui alors Pierre, aura peur. Mais avant cela, Pierre s'adresse à ces trois hommes comme il l'aurait fait auprès de ses collègues de la pêche. Non, cela n'impressionne pas Pierre. Cette présence, au contraire, fait qu'il se sent mieux, il est de plus en plus à l'aise. Eh oui, on est tellement bien quand Dieu nous accueille de cette manière, quand des amis nous reçoivent. Et on n’a plus aucune envie de partir et, d'ailleurs, nous ne voulons pas partir, nous voulons rester là bien au chaud. Ce n'est pas une fuite du monde, mais franchement pourquoi vouloir redescendre au milieu de ce monde si hargneux, si violent, si rude ? Pourquoi retourner là-bas quand on se sent bien ? Quand on se sent en sécurité et que rien ne vient troubler la paix dans laquelle nous nous sommes installés. Oui, pourquoi retourner dans la folie du monde, dans ses guerres, dans ses meurtres, dans sa course effrénée au profit ? Pourquoi aller retrouver les autres ? On est assis là avec des gens que l'on connaît bien et que l'on aime bien. Dieu est là avec nous et on a fermé la porte afin qu'il ne puisse pas sortir. On a gagné notre petit dieu et on se le garde précieusement comme on garde sa voiture, sa télé, son fauteuil ou bien même sa femme ou son mari. Alors Dieu vient, c'est cet instant que Dieu a choisi pour intervenir, et il s'approche, tout comme il l'a toujours fait dans la nuée, et sa voix retentit et Pierre a peur et Pierre se prosterne, se cache le visage, de peur de mourir. Voilà Dieu qui intervient pour nous bousculer, pour nous bouleverser. Il nous est impossible alors de rester dans le lieu où l'on était au chaud, dans notre petit intérieur bien douillet. Voici le vent de Dieu qui souffle et qui transforme, voici le souffle de Dieu qui est le vent du changement, de la révolution que nous n'aimons pas, que nous rejetons ; c'est à chaque fois le même geste, le même mouvement de Dieu qui nous bouscule quand nous nous croyons bien installés confortablement. C'est maintenant qu'il apparaît et vient bouleverser nos traditions qui se veulent immuables, et voilà Dieu qui s'incarne en un petit enfant, et voilà Dieu qui vient à nous et offre son corps, son sang et voilà Dieu qui ressuscite. Mais nous n’en sommes pas encore là. Oui, il ne nous est plus possible de rester enfermés dans nos intégrismes, dans nos traditionalismes, nos conservatismes, nos révolutionismes qui ne sont pas le changement mais l'habitude. Avec le Seigneur Jésus, Pierre et les autres, sachons être assez ouverts à la Parole de Dieu afin d'être bousculés, bouleversés par cette Parole qui est la Parole de vie. En vérité, je vous le dis, mes amis, vous vivrez. Amen. 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