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Luc 09 v 28-36 Jean-François Breyne
Texte : Luc 9/28-36
Genre : Prédication Auteur : Jean-François BREYNE Source : Prédication. Bible et Liturgie (ERF Cévennes-Languedoc-Roussillon), 08.03.1998. Le piège de l'arrêt sur image. Voilà comment on pourrait résumer ce passage si connu de la transfiguration de Jésus. Le piège de l'arrêt sur image. Car que s'est-il passé ? Jésus s'écarte. Jésus va à l'écart, et monte sur la montagne, le lieu de la rencontre symbolique par excellence, pour prier. Il a emmené avec lui Pierre, Jacques et Jean. Comme d'habitude, les disciples, ce jour-là encore, ne sont pas à la hauteur. Ils sont « écrasés de sommeil ». Comme plus tard, sur une autre colline, le soir où le Maître sera livré, les disciples, encore, ne sauront pas veiller, mais seulement dormir. Pourtant, cette nuit-là, voilà qu'ils se réveillent. Nous ne saurons jamais ce qui les a réveillés. Mais Jésus est là, devant eux. Et il est comme... transformé. Oh ! Pas seulement en apparence. Peut-être même est-il toujours le même en apparence. Mais il est, fondamentalement, différent devant eux. C'est le sens du mot grec, métamorphose. Ce n'est pas de l'aspect dont il s'agit ici, pas de l'extérieur. Cette nuit-là, Jésus devient, devant eux, différent, Autre. Et voilà Moïse et Elie, qui représentent la Loi et les prophètes, aux côtés de Jésus, qui semble ainsi tout récapituler, enfin tout accomplir. Il n'y a plus rien à attendre. Enfin ! Tout est là ! Tout est bien ! Alors Pierre se réveille, c'est le cas de le dire : — Je vais planter les tentes. Nous allons rester. Nous installer ici, au sommet de cette montagne. Pierre veut capturer cet instant magique. Pierre veut arrêter le temps. Ne plus bouger. Seulement rester là, devant l'accomplissement total du Fils de l'homme. Et qui d'entre nous n'a jamais, ne serait-ce qu'une seule fois, souhaité que l'aiguille ne s'arrête au cadran de la montre ? « O temps, suspends ton vol ». C'est la parole émerveillée des amants : — Je voudrais que le temps s'arrête, on est si bien maintenant. Arrêt sur image. Arrêter le film de sa vie. Mais si, précisément là, résidait le piège ? Car il faut redescendre. Car la vie est mouvement, et l'arrêt sur image, c'est la mort elle-même. Et cette envie d'arrêter l'aiguille au cadran de la montre, c'est aussi ce que l'on ressent au plus profond de la dépression, lorsque plus rien ne vaut plus la peine, et que l'on voudrait tellement que tout s'arrête. Tout arrêter. Rester là. Arrêter le temps. C'est le piège même de la vie, de la foi. C'est, bibliquement, le piège de l'idolâtrie : l'immédiateté avec Dieu ; ça y est, je l'ai vu, je le sais ; je peux planter ma tente. Je n'ai plus rien à attendre. Oui, mais voilà la voix de l'Eternel qui vient remettre de l'ordre : — « Celui-ci est mon Fils, en qui je me plais : écoutez-le ». Non pas : regardez-le. Non pas : restez-là à le contempler, mais : « écoutez-le ». Comme pour nous mettre en garde : attention, au cœur même de l'expérience de prière et de foi la plus forte, se cache encore le piège le plus grand, celui de l'arbre qui cache la forêt ! Car ce qui compte, c'est la Parole du Christ, c'est ce qu'il dit au monde, c'est ce qu'il me dit, c'est ce qu'il te dit. Un christ muet, fût-il transfiguré, n'est pas le Christ. Et que te dit-il ? Cette nuit-là, rien. Silence. Il est étonnant que, chez Luc, Jésus ne dise rien lors de cet épisode de la transfiguration. Il ne dit rien. Mais il redescend. Et voilà peut-être ce qui est le cœur du cœur du message : la vie est mouvement. La foi est mouvement, quête, chemin. « Je suis le chemin, dira le Maître. Pas tant le but que le chemin, moins le terme que la brèche, moins l'horizon que la marche ». L'immobilisme est le piège de la foi comme de la vie. Le piège de l'arrêt sur image. Le piège du magnétoscope. Le poète Aragon l'avait bien compris, lui qui justement écrivait à l'aimée : « Que serais-je sans toi, qui vins à ma rencontre. (...) Que serais-je sans toi, que cette heure arrêtée au cadran de la montre... ». Pierre, cette nuit-là, fait comme nous si souvent : il appartient à la race des « pense-petits », il veut capturer l'instant, et en rester là. Alors que l'Evangile nous invite à l'aventure de la foi, à un « penser-grand », un « penser-autrement », pour un « vivre-autrement ». Cela ne veut pas dire que l'arrêt, la halte, soient mauvais en eux-mêmes ; la halte est bonne et nécessaire, si et seulement si elle est respiration entre deux mouvements. Attention aussi aux apparences : on peut s'agiter beaucoup et être pourtant immobile, ou sembler peu actif et pourtant bouger beaucoup. L'arrêt, la halte, pour la prière notamment, sont encore mouvement, par le fait même qu'ils invitent l'homme à faire un écart, à se mettre à l'écart, pour prendre le temps de la transfiguration. Car la transfiguration n'est pas réservée au Christ. Tu es, je suis, nous sommes transfigurés avec lui. Ce n'est pas moi qui le dis, mais Paul lui-même : « Nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons comme un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en un même visage, de gloire en gloire, comme par le Seigneur », et encore : « Ne vous conformez plus au monde présent, mais soyez transfigurés par le renouvellement de l'intelligence ». Ainsi, contrairement à ce que Pierre pensait, il y a encore quelque chose à attendre. Encore quelque chose à chercher. Encore quelque chose à vivre. Il y a encore, quelque part, pour toi, pour moi, un désir qui mûrit, un sourire qui t'attend, une larme à habiter, un élan qui sommeille, un aujourd'hui ouvert sur demain qui t'attend. Si tu oses transfigurer ton regard, métamorphoser ton pas. Et si ta peine est trop lourde, laisse transfigurer ta vie par celui qui vient faire sauter les verrous des maisons de la peur, éclater tous nos arrêts sur images, ouvrir tous nos « pense-petits », pour inviter chacun au pas de la danse et de la vie. Et tout cela pour rien. Comme ça ! Juste pour faire toute chose nouvelle, car telle est sa Parole. Autres lectures : Genèse 15/5-12 & 17-18 Philippiens 3/17 à 4/1 Cantiques proposés : * ARC 98 Entonnons un nouveau cantique * NCTC 303 J'ai soif de ta présence ou ARC 626 J'ai soif de ta présence (sur un air différent) * ARC 627 O mon Père Autres textes de la même catégorie
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