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Luc 06 v 17-26 Daniel Chaillou



Prédication du dimanche 15 février 2004 au CAP St Jacques par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps. 1 Jér. 17, 5-8 - 1 Cor. 15, 12-20 - Luc 6, 17-26

En ce temps là, Jésus, selon l'évangéliste Luc, vient de choisir ses douze apôtres après une nuit de prière dans la montagne. Il les a choisis parmi de nombreux disciples et les prépare à l'envoi car c'est de cela dont il s'agit. Les apôtres seront des "envoyés", des messagers, des prophètes en quelque sorte.
Comme très souvent dans les évangiles un épisode sur une montagne indique un moment particulièrement intense dans la suite des évènements. Jésus vient de franchir une étape dans son ministère. L'immensité de la tâche vient de s'imposer à lui. Son entretien dans la prière avec son Père, lui révèle la nécessité d'une équipe de messagers tout particulièrement formés à la mission évangélique. Comme en d'autres circonstances cette nuit passée dans la montagne a sans doute été à la fois exaltante et révélatrice, comme lors de la transfiguration. Désormais, il faut en redescendre et retrouver la réalité quotidienne d'une foule en attente de délivrance immédiate. C'est la première partie du texte que nous avons lu. Ce sont les premiers signes de son ministère auprès des multitudes : "Ils étaient venus de toute la Palestine et au-delà pour l'entendre et se faire guérir de leurs maladies". (Luc 6, 17-18)
Ces premiers éléments nous sont indispensables avant d'entrer dans la suite de la lecture consacrée aux béatitudes et à leur contraire. Avec la finesse que nous lui connaissons, Luc nous met en présence d'un Evangile révélé dans le concret de la vie quotidienne. Avait-il pressenti que les béatitudes telles que Matthieu les rapporte, deviendraient vite béatifiantes et privées de la vigueur évangélique ? C'est peut-être la raison qui le porte à nous montrer Jésus en train de prévenir ses disciples des mauvais choix toujours possibles.

S'imprégner de l'esprit des béatitudes, c'est la proposition de Jésus à ses disciples !
Rabbi Yeshoua n'est pas venu se prêcher lui-même mais annoncer et révéler l'amour de Dieu envers les hommes. Il n'est pas au milieu de ses compatriotes pour inculquer quelque révolution religieuse, civile ou sociale. Il vient pour disposer le cœur des hommes à accueillir simplement la présence de Dieu. Jésus connaît bien les montagnes avoisinantes. Il sait bien qu'elles sont le refuge de maquis résistants. Certains des disciples en sont probablement issus. Mais voilà, il n'est pas venu en catimini troquer un pouvoir contre un autre. Il est venu montrer à tous, sur un lieu à tous vents, que l'œuvre de Dieu se fait au grand jour.
"Levant les yeux sur ses disciples, Jésus leur dit : Heureux êtes-vous, vous qui avez délibérément choisi la voie qui mène à Dieu et à son Royaume." En somme, poussés dans leur recherche de justice, ils avancent déjà, en tâtonnant peut-être, sur le chemin où Dieu et son Fils les précèdent. En revanche, ils ne sont que trop nombreux et trop puissants ceux qui ont préféré engranger leur récompense dès maintenant. Cette attitude là n'engendre que fermeture du cœur et de l'esprit, selon les paroles mêmes de Jésus. Ces derniers ont oublié, rejeté, refusé peut-être l'espérance. Ils se sont figés sur place. Ils n'ont pas vu ni discerné la lumière d'un Royaume pour tous.
Le Maître en tirera quelques sentences plutôt cinglantes comme cette parole prise exactement à contre-pied de la béatitude : "malheureux êtes-vous, vous les riches qui tenez déjà votre récompense", ou encore, dans ce même évangile de Luc : "Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu". Aujourd'hui comme en ce temps-là, ces paroles sont plutôt désagréables, mais nous pressentons cependant qu'elles sont en échos à nombre de malheurs de nos sociétés.
Malgré cela, Jésus aura, toujours dans ce même évangile de Luc, l'heureuse surprise de rencontrer un personnage hors norme : le chef des collecteurs d'impôts de Jéricho en personne. Zachée descendu de son sycomore s'empressera immédiatement d'accueillir le Messie chez lui, et de se risquer à sa suite. Semble-t-il, malgré sa richesse et sa crainte de la foule, Zachée avait déjà intégré une démarche de renouvellement en sortant de chez lui, car nous dit-on, il cherchait à voir Jésus. (Luc 19, 1-10) Il est aussi vrai que Jésus avait averti ses disciples et nous également ":Ce qui est impossible aux hommes demeure possible à Dieu."

Ainsi croire en Jésus-Christ, c'est probablement s'avancer à découvert !
Ce qui serait à craindre en somme, c'est de demeurer satisfait de notre sort et de ne pas avoir de motivation à nous mettre en marche ni à nous hisser dehors pour voir Jésus et entendre son appel à descendre de nos sycomores.
Ainsi ce matin, heureux êtes vous, vous tous qui êtes sortis à la rencontre de cette parole d'espérance. Fort heureusement, convaincus que les richesses de ce monde ne pourront jamais vous combler, qu'il vaut mieux savoir garder appétit que d'être repus, qu'il vous revient de partager les pleurs de vos semblables plutôt que de vous étourdir dans l'insouciance et que vous aurez parfois à vous heurter à l'opinion de ceux qui pensent que tout va pour le mieux, oui je vous le déclare, l'espérance vous a gagnés. Vous êtes en marche vers le Royaume de Dieu dont Jésus vous en indique le chemin. Après tout, peu importe les raisons qui vous ont fait sortir de vos retranchements, mais touchés par l'Esprit de Dieu, vous vous êtes mis à espérer.
C'est bien ce que Jésus a discerné chez ses disciples. Comme en lui-même, il les sait habités par un infatigable désir de service auprès des plus éprouvés et de vie nouvelle partagée avec eux.
Aujourd'hui comme en ce temps-là, elles ne manquent pas les occasions de nous sentir dépourvus de pouvoir offrir, affamés de ce qui nourrit vraiment, pleurant avec ceux qui pleurent ou en butte avec des opinions inquiétantes voire menaçantes. Et Jésus dit "réjouissez-vous" car vous êtes sur le chemin qui mène à Dieu.
N'oubliez jamais que pour vous, comme pour les premiers disciples, vous êtes précédés par Jésus Fils de l'homme, Fils de Dieu. Son appel a retenti jusqu'à votre cœur, vous vous êtes émus et vous êtes sortis à sa rencontre.
Quelque part, sur une montagne, petite ou grande, peu importe c'est la vôtre, il vous a choisis pour vous former et vous envoyer sur le chemin de la vie, mais avec un cœur et un esprit renouvelés. La tâche est immense, le chemin est long, parfois difficile, mais le Christ est là ressuscité pour vous guider.
Heureux êtes-vous car, bien-aimés de Dieu le Père, vous êtes ses envoyés, ses messagers, ses prophètes, ses apôtres donc.
Heureux êtes-vous car, après vous avoir choisis par amour, Dieu vous confie une part dans l'immense tâche de l'avancement de son Règne au milieu des hommes, la grande espérance des croyants.
Heureux êtes-vous car, très vite, à cause de l'Esprit de Dieu qui a soufflé sur vous et en vous, vous vous êtes mis à l'œuvre.
Heureux êtes-vous car, après vous avoir appelés par votre nom, le Seigneur vous donne des frères et sœurs en la foi. Vous n'êtes pas seuls à la tâche mais vous êtes membres de la famille de Dieu et appelés à la communion fraternelle. Amen




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