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Luc 04 v 21 - 30 JM Ventre
EGLISE REFORMEE D’ANNECY – JM Ventre – Culte du 1er février 2004
Luc 4, 21-30 – Jérémie 1, 4-19 - I Corinthiens de 12, 31 à 13, 13 ***** - Voilà l’histoire de Jésus qui vient à domicile rencontrer les habitants de Nazareth et ils ne le reçoivent pas ! Ce n’est pas nous qui ferions une chose pareille ! Voire… Après la lune, nous envoyons des robots sur Mars pour connaître et comprendre notre univers. Mais connaissons-nous ceux qui nous entourent, comprenons-nous nos proches et moins proches ? C’est bien à nous que s’adressent cette réflexion sur la proximité et l’éloignement, ce propos sur les certitudes aveuglantes et l’incapacité à retenir Jésus. - Jésus vient de lire dans le rouleau d’Isaïe, il s’assied et tous ont les yeux fixés sur lui. Maintenant il leur parle : « Ce passage de l’Ecriture s’est réalisé aujourd’hui, au moment même où vous l’avez entendu lire. » Tout se gâte, ils admiraient Jésus, ils s’étonnent maintenant de ces paroles. Ils sont choqués et disent « N’est-ce pas le fils de Joseph ? » Ils ont raison et ils ont tort ! Parce qu’ils ont l’impression de le connaître, ils ne le reconnaissent pas ! Les chinois disent que le sage montre la lune et le simple regarde le doigt ! Pour ceux qui réclament des miracles, Jésus va au devant des objections : « Médecin guéris-toi toi-même. » « Accomplis ici, à Nazareth, les miracles que tu as faits à Capernaüm. » Il cite l’exemple des prophètes Elie et Elisée qui se sont manifestés à des étrangers ; La veuve de Sarepta, à Sidon au Liban et Naaman, le général en chef du roi de Syrie. La veuve accepte de mauvais gré une bouche de plus à nourrir alors qu’elle n’a plus rien et qu’elle a tout organisé pour tenir le plus longtemps possible avec son fils. Si la farine ne manqua pas dans le bol, ni l’huile dans le pot on ne nous dit pas qu’elle lui en sût gré. C’est seulement quand Elie rend la vie à l’enfant, qu’elle reconnaît l’envoyé de Dieu. Naaman, le lépreux syrien, a entendu parler des guérisons d’Elisée. Il vient en Israël, couvre le roi de cadeaux, mais Elisée lui envoie son serviteur. Il lui prescrit seulement ( !) de se plonger sept fois dans le Jourdain. Naaman est très déçu car, comme nous l’explique le texte, il s’était fait une idée de la manière dont le prophète allait le guérir ; il devait se présenter à lui, prier, lui imposer les mains. Il faudra qu’il soit guéri pour que sa vision change. Dans les deux cas il s’agit de personnes éloignées, et pour les deux il y a ce travers humain de vouloir imaginer à l’avance, prévoir, maîtriser. Jésus avait choqué en allant prêcher en Galilée, considérée à Jérusalem comme étrangère. Il vient maintenant nous montrer le corollaire, il n’est pas entendu, ni reconnu à Nazareth, sa ville natale. 2 La proximité géographique ou religieuse n’est pas toujours une facilité à la bonne relation, même à Dieu. Nous retrouvons cela avec la foi du centurion qui fait l’admiration de Jésus « Je n’ai jamais trouvé une telle foi, non, pas même en Israël. » (Luc 7, 1-10) De même avec le récit de la femme de Tyr dont Jésus guérira la fille à cause de sa foi (Marc 7, 24-30) Nous ne pouvons, malgré le désir de prendre en main notre vie, nous guérir nous-même ! Nous devons reconnaître que, sauvé par grâce, nous avons besoin de l’autre. Pour certains le secours vient du proche, pour d’autres du lointain. Et tant pis pour notre orgueil ! Les habitants de Nazareth n’ont pas reconnu le Christ dans l’homme Jésus qu’ils croient connaître ? Nous avons, autour de nous des jeunes et des moins jeunes qui croient reconnaître un dieu dans un ‘’Jonnie’’ ou un ‘’Mickael Jackson’’. Ils se fabriquent les idoles qu’ils attendent. En occident nous sommes facilement installés dans un confort intellectuel et souvent matériel qui fausse notre vision. La crise de société qui fait le fond de commerce des hommes politiques et des journalistes, n’est-elle pas surtout une crise de l’humain ? En janvier les images de femmes luttant à trois heures du matin pour une robe en solde, d’hommes roulant sous des rideaux métalliques à l’ouverture du magasin, se ruant à l’intérieur et serrant dans leurs bras l’électroménager convoité furent impressionnantes. On croit tout savoir, on fait des plans et on finit par considérer comme des ennemis ceux qui nous semblent en travers du chemin. C’est la philosophie d’émissions comme la Star Académie avec ces jeunes qui doivent vaincre des adversaires qui sont leurs compagnons ! Ils ont tort et ils ont raison ! Raison de rechercher ce qui manque, que nous ne voyons pas, ni près ni loin, mais tort de piétiner le projet divin pour nous ! Dans le rouleau d’Isaïe que lisait Jésus il est question d’annoncer, aujourd’hui, la Bonne Nouvelle aux pauvres, la délivrance aux prisonniers, le don de la vue aux aveugles. Ne sommes nous pas, comme les Nazaréens, les pauvres, les prisonniers et les aveugles dont il est question ? On ne voit pas ce qui est près. On va chercher très loin quelquefois ce que nous avons à portée de la main, de l’oreille et de la vue chez nous. C’était vrai pour les Nazaréens, les habitants d’Israël et leurs voisins. Cela le reste pour les chrétiens et tous les humains. Jésus le sait, mais il annonce que, loin ou proche, personne n’est écarté de la mansuétude divine. Aveugles et boiteux, Christ vient tous nous retrouver dans notre étrangeté même. Que se passe-t-il dans notre texte ? Après l’attention, l’admiration, l’étonnement, c’est la violence qui apparaît : « Tous, dans la synagogue, 3 furent remplis de colère. » C’est bien toujours de nous qu’il s’agit. Les protestants minoritaires dans notre pays jouissent d’une opinion favorable pour leurs convictions, leur comportement et leurs engagements. Mais certains de nos cousins américains, contrariés par l’évolution de la société, ont créé un lobby puissant, la ‘’majorité morale’’. Celle ci a fait élire trois présidents, a été complice de meurtres de médecins pratiquants des IVG et intervient dans les programmes d’enseignement. Cette majorité a œuvré pour les guerres et surtout a très sérieusement lancé cette croisade du bien contre le mal ! Près de nous, tous nos responsables nous promettent ce qu’on attend, nous présentent une vision de la situation économique ou sociale qui nous arrange. Nous croyons savoir de qui et de quoi il s’agit. En fin de compte, ils ne peuvent que gérer un état de fait qui leur échappe. D’où un sentiment de frustration et de la violence chez les citoyens. Aveuglement, déception, colère, aujourd’hui encore nous avons besoin que le Christ vienne parmi nous pour nous libérer. Mais, et c’est la question du jour, saurions nous le voir, le reconnaître ? Car le danger dans le monde, à notre époque encore, vient souvent de ceux qui se réclament du religieux. En Irlande du Nord, avec un pasteur à la tête d’un parti extrémiste, en Algérie, en Israël et Palestine, aux USA et en Irak, au Pakistan et en Inde, la liste est interminable de ceux qui prêchent la violence contre l’autre, l’étranger, au nom de Dieu. Ce Dieu même dont la paix, le shalom, le salam, est un des noms ! Chacun s’est fait un dieu qui lui va et qui convient à ses intérêts. C’est pourquoi, ce même Dieu que nous croyons servir, chez les autres nous ne le reconnaissons pas. Du coup nous ne nous reconnaissons pas même entre nous. Les débats sur la référence chrétienne dans le projet de Constitution européenne en sont encore une illustration proche. Cette indication, essentiellement historique à l’heure où églises et temples se dépeuplent, rend étrangers de nombreux européens. Au chapitre proximité-étrangeté on notera, pour le foulard islamique, que c’est la génération née en France qui soulève maintenant ce problème d’appartenance religieuse. Les religions qui devraient relier les humains, trop souvent contribuent à les séparer. Certains les utilisent comme provocation, comme moyen de pouvoir surtout, toujours des certitudes, et non pour la gloire de Dieu. - Ils voulaient le précipiter dans le vide « Mais il passa au milieu d’eux et s’en alla. » Luc est le seul à nous rapporter cette péripétie, elle est importante et éclaire ce qui précède. Si déjà nous ne pouvons dominer le monde qui nous entoure, nous ne pouvons, heureusement encore moins maîtriser Jésus-Christ et le Dieu 4 qui nous l’envoie. Humains, nous sommes si bien aveuglés, enchaînés, handicapés par nos intérêts, nos cultures, nos connaissances que nous pouvons laisser passer le sauveur qui vient à nous, pour nous. Pire nous pourrions tenter de le jeter dans le vide et risquer que le message se perde. En somme, nous nous croyons proche de Dieu que nous imaginons seulement, et nous sommes loin de nos frères que nous côtoyons. C’est ainsi que l’on pourrait comprendre « Mais il passa au milieu d’eux. » Le vide n’est pas à l’extérieur où ils pensaient le précipiter, il est entre eux, et on peut y passer aisément. Rappelons l‘évangile de Mathieu: « Car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. » (Mat 18, 20) Une nouvelle fois Jésus, et le Dieu qu’il nous présente ne sont pas ceux que l’on voudrait croire, que l’on pense connaître : Pas de prêt-à-penser, pas d’idées toutes faites. Ils ne viennent pas où on les attend, ils ne se laissent ni emprisonner, ni enrôler. Ni par nous, ni par personne d’autre ! C’est la pensée de la Réforme de nous renvoyer aux Ecritures, de ne pas accepter pour argent comptant les interprétations, même des plus grands savants, de responsables religieux, de nos proches ou de gourous exotiques ! Nous devons nous méfier de nos préjugés, de nos analyses intéressées. Pas de certitudes définitives ! Nous sommes appelés à nous réformer sans cesse. Il y a un chemin à faire pour rencontrer le Christ en Jésus de Nazareth. Ce n’est pas le « fils de Joseph », ce n’est même pas seulement, si je puis dire le « fils de Dieu » C’est Jésus et Christ, avec son éloignement divin et sa proximité humaine. Esaïe et l’Evangile, nous incitent à ouvrir les yeux, à nous libérer de nos liens, à abandonner de petites certitudes et de fausses maîtrises. Nous sommes invités à être éclairés, à ne pas perdre de vue l’humain dans notre recherche de Dieu et le souci de l’homme que Dieu manifeste ! Sortons de nous même, soyons suffisamment étrangers pour rejoindre nos frères et nos sœurs et pouvoir rencontrer Dieu. Le pasteur Cruvelier écrit : « Dieu ne nous est compréhensible qu’en Jésus-Christ, de Nazareth : C’est la force et la beauté du message de ce que nous appelons l’incarnation : Dieu est tellement présent dans cet homme qu’il devient alors compréhensible ! » Alors que nos yeux nous permettent de voir et reconnaître un prochain dans l’étranger. Que nos oreilles nous fassent entendre et accepter la différence d’un frère. Ensemble, le Seigneur est parmi nous. C’est dans le visage de l’autre que je peux confesser Jésus-Christ homme et fils de Dieu. AMEN Autres textes de la même catégorie
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