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Luc 04 v 1-13 Jean-Daniel Wohlfahrt
Luc 4/1-13 01/03/98
Comment ne pas évoquer les peintures et fresques magnifiques de Hyéronimus Bosch, de Martin Schöngauer ou Matthias Grünewald qui parmi d'autres ont représenté le bon Saint Antoine entouré d'effrayantes créatures démoniaques lui arrachant les cheveux, la barbe, tirant ses vêtement et le menaçant de mille maux. Notre récit qu'il est convenu d'appeler la Tentation de Jésus, est lui d'une rare sobriété, rien n'y ressemble aux peintures évoquées. Ni monstres fantasmagoriques ni dragons ailés. - deux personnages: Jésus et le Diable, un Jésus, remarquons le d'entrée, que ni la re-connaissance de Dieu, ni la présence de l'Esprit, ne soustrait aux attaques du Malin. -un lieu riche de symbolisme: le désert. - Un moment clé de la vie du Christ: cela se passe tout de suite après le baptême. C'est comme si le baptême, la reconnaissance de Jésus comme Fils bien aimé de Dieu et la soumission du Christ à Dieu en faisait la cible désignée de l'ennemi, du Satan. On ne peut manquer de relever aussi que le diable vient par trois fois auprès de Jésus. Trois c'est le chiffre de Dieu, dont le diable usurperait ici la puissance et le pouvoir. Ce-la est d'autant plus vrai, qu'après Jésus, le diable ira jusqu'à, lui aussi, utiliser des ver-sets bibliques pour argumenter contre Dieu. Nous y reviendrons. Le désert, nous avons déjà eu l'occasion de le dire, est le lieu des rencontres qui chan-gent le cours de la vie. Moïse déjà se retirait loin de l'agitation et de la foule pour être plus proches de Dieu, pour rencontrer Dieu. Le désert c'est aussi le lieu où, après l'avoir chargé des péchés du peuple, le sacrificateur chasse le bouc pour renvoyer à l'expéditeur (au diable donc....sans jeu de mots) les péchés dont il était responsables. Le désert c'est enfin le lieu qu'il faut traverser pour goûter enfin et pleinement une liber-té offerte par Dieu et retrouvée. Ce fut l'école de la liberté pour un peuple qui avait vécu l'esclavage et la peur et qui devait maintenant re-vivre en adulte et responsable devant son Dieu. On ne peut pas ne pas faire le parallèle entre les deux récits: en 40 ans le peuple apprend à vivre avec Dieu, à se soumettre à Dieu. Après 40 jours de prière et de méditation, le Christ apprend à renoncer à agir par et pour lui-même, il accepte sa mission. Il accepte surtout d'être pleinement, totalement un avec le Père. C'est mainte-nant qu'il pourra aller jusqu'au bout et porter la croix qui nous libère de notre péché. On ne sait que peu de choses de toutes les épreuves qui ont immanquablement mar-qué les quarante années du périple du peuple à travers le désert. On en connaît les trois types les plus fréquents, ce fut la récrimination contre Dieu du peuple affamé et assoiffé; ce fut le remplacement de Dieu par l'idole (le veau d'or) et enfin la mise à l'épreuve de Dieu, le doute quant à son aide à sa bénédiction. Précisément les trois tentations auxquelles le diable soumet Jésus. Le pain, la soumis-sion, la mise à l'épreuve de Dieu. Expression de trois pouvoirs qui sont autant d'aspects de la toute-puissance: le pouvoir sur la vie matérielle, sur les hommes et sur Dieu. Le diable suggère d'abord à Jésus de changer une pierre en pain. Lui qui multipliera le pain pour la faim des hommes, lui qui, en donnant le pain à ses disciples, leur dit: ceci est mon corps donné pour vous, refuse d'utiliser ses pouvoirs pour son confort person-nel, refuse d'exercer à son profit un pouvoir que Dieu lui donne pour le salut des hom-mes. Le diable lui offre ensuite pouvoir et puissance sur tous les royaumes de ce monde. Ce qui, soit dit en passant est inquiétant puisque le diable affirme clairement que cette puissance est entre ses mains. Quand il s'agirait des seuls tyrans que je ne citerai pas de peur d'en oublier, cette affirmation ne peut que rencontrer notre approbation, mais quid des démocraties avancées, éclairées ou de quelqu'autre type qu'elles soient? Rassurant tout de même, je disais tout à l'heure que le diable usurpe ici un pouvoir qu'il n'a pas. Cela est particulièrement clair ici. Il ne faut donc pas rejeter tout pouvoir comme diabolique mais les regarder avec la prudence de nos réformateurs qui recom-mandaient de ne se soumettre que dans la mesure où les puissants eux-mêmes sont soumis à la loi de Dieu. Incitation à la prudence et non au rejet de tout pouvoir terrestre En troisième tentation le diable essaie enfin d'insinuer le doute quant à la promesse de Dieu Saute puisque Dieu a promis d'envoyer ses anges. Contrairement au peuple dans le désert, Jésus a su résister. Parce qu'il n'a pas été soumis à la tentation, l'épisode de Jésus au désert marque l'accomplissement du long périple du peuple. Le diable de notre récit n'a rien de commun avec le monstre que nous ont transmis la mythologie et l'iconographie. D'abord, dût cette affirmation nous gêner, bien qu'ennemi de Dieu, il en est en quelque sorte aussi l'instrument. Dieu garde le dernier mot qui en limite le pouvoir. Les histoires de Jonas, de Judas, de Pierre ou de Thomas ne nous di-sent pas autre chose. La présence du diable est ici pernicieuse: il sait user de l'habile persuasion plutôt que du face à face agressif. Il est à côté de Jésus, il emmène Jésus, il montre les pierres à Jésus, le rend attentif à sa faim etc. Le diable ne se met jamais en avant car il sait que s'il s'affichait dans l'affrontement du face à face, nous prendrions conscience de ce que signifie sa présence et saurions nous retourner vers Dieu pour trouver en lui les armes pour nous défendre. Le diable c'est étymologiquement celui qui bouleverse, qui sème le trouble, le désordre, qui sépare c'est donc l'ennemi de Dieu qui dès la création se révèle Dieu d'ordre; ainsi dans la séparation de l'eau et de la terre, des ténèbres et de la lumière, dans l'organi-sation du chaos originel etc. Le Diable qui sème le désordre ne peut que s'opposer à Jésus qui, lui, veut, doit, remettre l'ordre dans la création, dans l'humanité condamnée au désordre par le péché. Et comment le diable s'opposerait-il de manière plus efficace qu'en séparant le Fils du Père. C'est le but de la première tentation. Si Jésus a le pou-voir de transformer les pierres en pain qu'a-t-il encore besoin de Dieu. Il peut vivre sur sa propre puissance. Vaincre en effaçant les alliances, en privant l'autre de ses raci-nes, de ses secours, de ce qui fait son assurance. Vieux principe de toutes les guerres. Et qui fonctionne toujours, il suffit d'ouvrir les yeux sur les champs de bataille de notre monde. Et pour séparer quoi de mieux que de trouver d'utiliser le point faible de l'autre, ses faims du moment, quoi de plus aisé que de l'amener à douter de la fidélité du par-tenaire? de l'alliance originelle? quoi de mieux que de proposer le pouvoir. Et quel pou-voir: Je te donnerai toutes ces choses si tu m'adores, tous les royaumes de la terre. Jadis il avait bien réussi à séparer de Dieu Eve et Adam. Pourquoi cela ne marcherait-il pas à nouveau? Je rencontrais un jour, sur un quai de gare une jeune fille que j'avais confirmée quel-ques années plus tôt, raus-konfirmiert comme on dit en allemand puisque de ce jour je ne l'avais plus vue au culte. Et elle de me raconter qu'elle était entrée dans une secte très active sur Strasbourg. Elle qui n'avait jamais eu le temps de venir au culte le di-manche matin, la voilà assidue à des célébrations plus nombreuses, plus matinales et plus longues en durée encore que nos cultes. Ils étaient entrés en contact avec elle au "bon" moment, alors que, se sentant abandonnée de tous et de ses parents en ins-tance de séparation, elle était proche de la déprime. Jésus a faim, le diable lui propose d'utiliser ses pouvoirs pour transformer en pain quelques cailloux qui se trouvaient là. Emmanuelle avait faim d'amour de joie et de stabilité, on lui propose un groupe accueil-lant et chantant sa joie de vivre. Comment aurait-elle résisté. Jésus et le diable. La Bible connaît bien des duels mais c'est, je pense, le seul qui ne soit pas lutte à main nue ou à l'aide d'armes quelconques. C'est une lutte à coup de versets bibliques comme celles que l'on peut mener avec les Témoins de Jéhovah et autres qui ont toujours un verset à la bouche, le verset qui sert leur cause bien enten-du. Et c'est bien parce qu'ils servent sa cause que le diable lui-même utilisera des ver-sets bibliques pour essayer de convaincre le Christ. Comme quoi citer des versets bi-bliques n'est pas preuve de bonne foi! Le discernement est un art difficile! Ce n'est pas pour rien que Paul le cite parmi les dons de Dieu. Pour résister au diable et à ses belles paroles il faut être Jésus ou vivre une vie de fidé-lité à Dieu à l'exemple du Christ, il faut être un avec Dieu et c'est précisément ce qu'est Jésus depuis que Dieu a affirmé lors de son baptême: voilà mon fils bien aimé en qui j'ai mis toute mon affection. Il faut se savoir aimé de Dieu et garder pleine et parfaite confiance. Si Dieu m'aime, il ne m'abandonnera pas maintenant au plus fort de la tenta-tion; il ne m'abandonnera pas dans ma faim, dans ma solitude, dans ma maladie, dans ma mort. Dans toutes ces agressions contre nous, il se trouve des diables pour nous inciter à re-noncer, à nous détourner, à chercher ailleurs, à baisser les bras ou à ne plus chercher du tout. Saurons-nous comme Job faire face? Saurons-nous, comme il l'a fait, renvoyer les faux amis, ceux qui, en demandant toujours et encore: que fait donc ton Dieu? nous distillent le doute et nous incitent à la révolte. Je disais que 40 jours et 40 nuits du séjour de Jésus dans le désert correspondent aux 40 ans d'Israël dans le désert. Pouvons nous aujourd'hui ne pas nous souvenir que c'est aussi le temps de réflexion qu'avec le temps de la passion, l'église se donne et donne aux fidèles pour que nous puissions, dimanche après dimanche, repenser notre union avec Dieu pour nous armer contre toute tentation Autres textes de la même catégorie
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