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Luc 03 v 7-22 David Mitrani
Texte : Luc 3/7-22
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 14.12.1997 à Jarnac (16). C'est un prophète, je vous l'ai dit, dimanche dernier ! C'est un prophète, Jean, qui baptise au Jourdain. Un prophète annonce bien sûr des temps meilleurs, mais ce sont des temps de jugement, ou en tout cas des temps qui n'auront pas fait l'économie du jugement… Un prophète est violent parce que la parole qu'il a à dire est violente, parce qu'elle le violente, mais aussi parce que les temps sont violents. C'est bien pourquoi il leur est envoyé ! Les temps sont violents… Ça n'est pas d'aujourd'hui, n'est-ce pas ? Les temps sont violents et les gens ont peur. Pourtant la prophétie était une prophétie de bonheur… Mais ils ne l'écoutent plus, ils ne peuvent plus, ils ne savent plus. Les gens ont cessé d'écouter la parole des Ecritures. A cause de cela aussi ils ont peur. Ils ont peur de tout. De Dieu, s'il existe. Des autres, sûrement. D'eux-mêmes, surtout. Ils ont peur du présent, qui n'apporte aucun réconfort, aucune certitude, aucune espérance. Ils ont peur de l'avenir, qui peut-être n'existera pas, et où peut-être ils n'existeront plus. Les temps sont incertains. Les gens sont violents. Ils déversent leur angoisse sur les autres, afin de n'être pas les seuls à se noyer. Ils ne sont pas méchants, les gens. D'ailleurs, j'en fais partie, et vous aussi… Les gens sont comme ils sont. Ils ne sont pas comme Dieu voudrait. Ils le savent. Ou bien ils s'en moquent. Ils ont besoin d'être redressés, les gens. Pas parce qu'ils sont méchants, non ! Parce qu'ils sont courbés, épuisés, rabaissés. Et c'est la vie qui leur a fait ça. Et il y en a même qui se moquent, qui leur disent, qui se disent à eux-mêmes : "Ton Dieu, il est où ?"… Oh, il n'est pas dans ma vie ! Il n'est pas dans le monde non plus. Il a bien une petite place dans mon cœur, mais il ne l'occupe pas souvent ; sinon, j'irais bien ; sinon, j'irais mieux… Justement, tiens, ne serait-il pas à la campagne, au désert, dans ce coin qui ne ressemble en rien à celui où je vis ? Si Dieu n'est pas là où je suis, peut-être est-il ailleurs ? Au Jourdain ? Dans la parole de ce Jean qui trempe les gens dans l'eau ? Oui, c'est vrai que j'ai besoin d'être lavé, débarrassé de tout ce qui salit ma vie, débarrassé de la peur, du remords, de la honte, de ma méchanceté, de ma violence, de mon égoïsme. Alors je vais écouter Jean, je vais un peu me faire traiter de "race de vipères", mais c'est si vrai, au fond, au fond de moi. Car, oui, mes amis, la prédication de Jean le Baptiste est une prédication agressive, et il y a des fois où cela fait du bien à entendre. Mais c'est aussi une prédication morale. Jean nous redit la volonté de Dieu, il nous redit la Loi que nous connaissons si bien, celle que nous transgressons si souvent. Il nous redit le bien que nous ne faisons pas, même lorsque nous le voudrions… Jean nous dit ce que nous pouvons faire désormais pour plaire à Dieu, car il vient, il vient pour le jugement du monde entier, de tous les gens, de vous et de moi et de ceux de dehors. Jean n'est pas comme votre serviteur, qui reste toujours dans la théorie et la généralité ! Lui, il dit les choses clairement, avec des exemples, et devant tout le monde. Il dit à celui qui a deux tuniques : "Donnes-en une à celui qui n'en a pas" ; il dit au fermier des impôts : "Ne vole pas" ; il dit au soldat : "Sois juste" ; oui, voilà ce qu'il dit, ce qu'il décline à chacun selon ce qu'il est, ce qu'il fait, où il vit : "Sois juste, sois intègre, sois honnête". Mais je vous avais dit que Jean prêchait la venue du Seigneur… Oui, c'est parce qu'il vient, parce que c'est la fin, parce que plus rien ne tient dans ce monde, qu'on en est arrivé à la seule chose essentielle : la relation avec Dieu. On ne se pose pas ces questions quand le monde tourne ; c'est quand il a des ratés, c'est quand il ne tourne plus comme il devrait, qu'on est remis face à l'essentiel, face à l'ultime : Dieu et moi. Devant Dieu, qu'est-ce que je vaux ? Pas devant moi, pas devant le jugement des autres, pas devant le cosmos non plus, qui n'est rien d'autre que ma maison. Devant Dieu, moi et ma vie… Ce Dieu, quand il viendra, quand je le rencontrerai, ça ne peut être que terrible ! Jean nous le dit bien, il nous le décrit de manière imagée, mais bien claire, là encore. Le prophète, le précurseur dit la Loi, mais quand viendra le juge, il en sanctionnera la pratique ou le défaut de pratique. C'est en maître et juge absolu qu'il viendra. Ainsi, à ce monde de violence et de peur, pour le mal, succédera le jugement, un jugement de violence et de peur, pour le bien des justes, pour l'honneur de Dieu. Il est temps, vous connaissez la Loi… Vous connaissez la Loi, alors, pourquoi ne la pratiquez-vous pas ?… Moi, je n'y arrive pas, c'est trop dur, il y a toujours une occasion, un détour, un caillou, qui me fait tomber quand même… Moi non, je trouve que c'est trop facile : être honnête, c'est tout ? Je le suis, mais je sens bien qu'il manque quelque chose… Moi, je suis prisonnier d'un cercle vicieux : plus je veux m'en sortir et servir Dieu, moins j'y arrive, et plus ma faute s'agrandit, c'est terrible… Toi, toi et toi, tremblez, tous les trois, trois fois moi : car le juge vient, et vous ne vous en relèverez pas ! Mais, avant le jugement, voici celui qui n'a pas parlé encore, celui qui ne vient pas se faire baptiser, celui qui est à l'aise dans son péché et qui y persévère très volontiers, parce qu'il ne craint pas Dieu, parce qu'il ne croit pas au jugement, à moins que ce ne soit parce qu'il a mis toute son espérance dans la satisfaction de ses désirs dans cette vie-ci. Bref, le méchant ou le cynique, totalement désespérant et totalement désespéré, Hérode le païen : il fait taire Jean. Fin de la prophétie. Fin logique d'ailleurs : le monde ne supporte pas la parole de la Loi, le rappel de ce que Dieu veut, de ce que Dieu commande, le rappel que l'homme est pécheur par désobéissance. Arrive quelqu'un d'autre. Il n'a pas de van à la main. Il n'a pas d'aire à vanner. Il n'a pas de grenier. Il n'allume pas de feu pour ceux qui ne sont pas dans l'eau. Simplement, comme tout le monde, il y va, dans l'eau. Il se mouille dans la même eau que vous et moi. Celle où Hérode n'est pas, bien sûr. Mais celle où ils se trouvent tous, tous ceux qui voudraient bien, et qui restent insatisfaits de leur obéissance ou bien insatisfaits de leur désobéissance. Tous ceux qui ne sont pas pleins d'eux-mêmes, tous ceux qui sont en manque… Il vient, et c'est lui qui est baptisé d'Esprit Saint. Il vient, et lui aussi, il manifeste qu'il est en manque, en manque de Dieu. C'est étrange, paradoxal, incompréhensible. La prophétie s'accomplit sous nos yeux, à nous qui sommes dans l'eau… car nous y sommes, n'est-ce pas, pécheurs repentants et pourtant incapables par nous-mêmes d'aucun bien ?… La prophétie s'accomplit non pas dans le ciel, mais dans l'eau. Et Hérode ne le sait pas. Et Jean lui-même ne le sait pas. Il attendait un juge. Et l'autre refusait tout autre jugement que le sien. Mais maintenant, la prophétie s'accomplit, et c'est un qui est comme nous qui est l'accomplissement ! Un qui a besoin d'être rempli de ce que Dieu seul peut donner. Un qui n'est rien sans Dieu. Et c'est de lui que Dieu dit : "C'est mon fils, je l'aime"… Quel drôle de juge… Quel drôle de jugement… Face à la violence, rien d'autre à opposer qu'une colombe. Face à la peur, rien d'autre que l'amour d'un père. Face au péché, rien d'autre que de l'eau… Avec une seule arme, mais quelle pauvre arme : il priait ! Mais quelle espérance ! Si ce n'est pas la condamnation qui menace les pécheurs que nous sommes, alors c'est que la confrontation avec Dieu ne sera pas ce à quoi on s'attendait ! Si Dieu vient comme un père plein d'amour, si Dieu vient comme un fils plein de l'Esprit, c'est qu'il ne tient pas une balance à la main, c'est qu'il a seulement ses bras ouverts pour me recevoir !… Si Dieu dit à celui qui est dans l'eau : "Tu es mon fils que j'aime", moi qui suis dans la même eau, peut-être que c'est aussi cela que j'entendrai ? Peut-être, peut-être… Peut-être qu'il est là, le jugement, dans l'eau de ma vie ordinaire ou misérable, dans l'eau de mes péchés et de mes repentirs… Mes amis, je crois bien que la bonne nouvelle n'était pas dans la prophétie, mais dans son accomplissement, dans cette étrangeté sans pareille : le juge est venu patauger dans l'eau de ma vie quotidienne, et c'est là que je l'ai rencontré, et c'est là qu'il m'a dit une parole ineffable, indicible, qui m'a redressé pour toujours. Pas une parole de morale, pas la Loi. Une parole d'amour, une vraie bonne nouvelle. Elle a fait de moi un fils, devant Dieu. Amen. Autres textes de la même catégorie
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