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Luc 03 v 7-18 Louis Honnay
Texte : Luc 3/7-18
Genre : Prédication Auteur : Pasteur Louis HONNAY Source : Prédication pour le 11.12.1988 (3° dimanche de l'Avent). Que faut-il faire ? Que devons-nous faire ? La question que posent à Jean les personnes qui viennent l'écouter risque de nous sembler bizarre, hors de propos. Cette question porte sur le comportement, la conduite pratique reliée à des orientations spirituelles. Que faut-il faire ? C'est le genre de question que nous posons à notre médecin, en espérant améliorer notre santé. Nous la posons à notre banquier, pour savoir comment mieux faire fructifier notre capital. Ou bien à notre patron, tout simplement, pour qu’il nous indique notre programme de travail. Nous n'aurions pas l'idée de la poser à un directeur de conscience, pour savoir quelle est la meilleure ligne de conduite à suivre. Nous n'aurions même pas l'idée de nous arrêter un instant pour nous la poser à nous-mêmes, en cherchant quoi faire de notre vie. Le domaine de l’éthique — ou, si on préfère, de la morale — ne nous intéresse pas, ne nous intéresse plus. Nous ne savons plus guère ce qui est à faire ou à ne pas faire, ce qui est bien ou mal. Nous n’avons plus de points de repère, nos jeunes n’en ont plus. Et la porte est ouverte à tous les désordres et à toutes les violences. Comment s’en étonner, quand l’éducation a tant de lacunes ? -o- Que devons-nous faire ? C'est pourtant la question qui préoccupe les gens vers le tiers de ce premier siècle, alors que la prédication de Jean le Baptiseur les trouble et les oblige à réviser leur vie. Ils perdent leur assurance, ils ne savent plus où ils en sont. Ils sentent le besoin d'une directive qui leur montre comment vivre. En réponse, Jean pose devant eux trois sortes d'exigences. La première exigence est celle du partage : "Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n'en a pas et que celui qui a de quoi manger fasse de même". Jean n'ordonne pas de donner les deux tuniques, mais une seule. Il veut réagir contre l'égoïsme, contre l'esprit de possession et d'accaparement. Il veut inciter les gens à se soucier des autres au lieu de penser uniquement à eux-mêmes. Les moins favorisés doivent aussi vivre, les plus riches peuvent les aider à vivre. La deuxième exigence s'adresse à ceux qui sont chargés de collecter les impôts pour le compte des Romains. Ces hommes, qu'on appelle les publicains, avancent l'argent et le récupèrent ensuite sur les contribuables. La tentation est grande de tirer du peuple davantage que prévu, pour arrondir les fins de mois. A ceux-là, Jean commande de cesser leurs manœuvres frauduleuses. Ce sera une manière de ne pas pressurer la population et de ne pas prendre pour eux ce qui appartient à autrui. La troisième exigence concerne les policiers auxiliaires, que les Romains recrutent parmi les Juifs. Ce ne sont pas des soldats, puisque les Juifs sont alors dispensés du service militaire. Comme n'importe quelle police, ces hommes sont tentés d'abuser de leur pouvoir, de maltraiter et de brutaliser les suspects. Jean leur dit de ne plus recourir à la violence inutilement. Un homme a droit au respect, y compris de la part de ceux qui sont chargés de maintenir l'ordre, même si cet ordre est tout relatif. On voit dans quel sens vont les impératifs de Jean. Jean ne s'évade pas dans un monde idéal. Il ne nous invite pas à fuir dans un royaume extra-terrestre, où tout serait beau et bon. Jean tient compte des conditions réelles de notre monde ; richesse et pauvreté, pouvoir et incapacité, force et faiblesse. Il dit aux riches de s'intéresser aux pauvres, il dit aux hommes de pouvoir de ne pas pressurer la population, il dit aux gendarmes de ne pas tabasser les gens qu'ils arrêtent. Pour employer un vocabulaire moderne, nous dirions que Jean exige qu'on respecte les droits de l'homme, qu'on respecte les hommes dans leur personne physique et dans leurs biens. C'est là que nous pouvons vivre notre foi et montrer la qualité de nos relations avec Dieu. -o- Les paroles de Jean nous ramènent à l'actualité. Hier, la communauté internationale fêtait le quarantième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Le texte en a été voté par les Nations Unies le 10 décembre 1948. On peut y voir un effort en vue d'améliorer les relations entre les individus, et surtout entre les pouvoirs publics et les individus. En 1948, on sortait d'une guerre pendant laquelle les droits humains avaient été bafoués. On avait connu des massacres, des tortures, des déportations. Il semblait urgent de produire un texte qui assure à chacun la liberté et la protection qui lui permettent une existence normale. Les horreurs de la guerre et les atrocités commises par les dictatures poussaient les délégués des Etats dits civilisés à l'adoption de mesures qui satisfassent l'exigence d'humanité qu'on ressentait à la suite de tant d'horreurs accumulées. C'est avec raison qu'on fête l'anniversaire d'un texte qui, dans la pensée de ses promoteurs, devait marquer une étape importante dans le progrès moral du monde. Cette Déclaration Universelle ne se réfère à aucune foi ni à aucune religion. Elle se fonde sur des principes moraux, que tout le monde doit pouvoir accepter. Cela ne nous empêche pas, nous les chrétiens, de nous y intéresser et de nous réjouir de ce que ce texte existe. Car, pour nous, le respect des hommes et le respect de Dieu vont ensemble. Nous pensons que les hommes sont des créatures de Dieu et pas le produit du hasard. L'espèce humaine n'est pas simplement l'aboutissement de l'évolution, mais correspond à un projet de Dieu. Si on méprise les créatures, on méprise en même temps Dieu. Si on fait du mal à des hommes, c'est comme si on portait la main sur Dieu. Aimer Dieu et aimer le prochain, c'est pour nous la même chose, puisque Dieu lui-même nous dit d'aimer notre prochain. Nous pouvons nous associer aux intentions de ceux qui ont rédigé la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Sous ces termes purement laïcs, nous pouvons mettre les exigences de Dieu qui touchent nos relations avec notre prochain. La célébration du quarantième anniversaire ne peut pas nous laisser indifférents. -o- Nous y sommes d'autant moins indifférents que nous voyons bien que les droits de l'homme — qui sont également les droits de Dieu — sont encore bien loin d'être reconnus partout et par tout le monde. Il subsiste de très larges zones où le mépris des personnes sert de ligne de conduite à des individus et à des Etats. L'un des premiers articles de la Déclaration affirme le droit à la vie. Mais les guerres continuent un peu partout, guerres nationales ou guerres tribales. Les marchands d'armes continuent à vendre de la mort. On refuse aux hommes le droit de vivre, on les tue, on les massacre. Chaque homme a droit à la dignité. Mais l’exploitation de l'homme par l'homme subsiste dans plusieurs pays. Les conditions matérielles et morales qu'on impose à certaines tranches de la population sont une offense à 1'humanité. Dans quelques coins d'Afrique, l'esclavage est encore pratiqué. Dans les pays dits évolués, nous connaissons le racisme, alors que l'article 2 de la Déclaration interdit les distinctions fondées sur la race, la couleur, le sexe et la langue et que l'article 4 stipule que "nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude". Nous sommes encore très loin d'une application intégrale de la Déclaration Universelle. Nous sommes loin du respect de Dieu et de ses créatures, tel que la Bible nous l'apprend, tel que Jean-Baptiste le demande à ses interlocuteurs. Même, certains pays qui ont signé la Déclaration et dont le Parlement l’a approuvée ne l'observent pas. Il reste toujours beaucoup à faire pour que la vie des hommes, leurs biens et leur dignité soient unanimement reconnus et respectés. La lutte doit continuer. Les chrétiens ne peuvent pas rester étrangers à ce combat. Ils doivent s'y engager, parce qu'ils savent que Dieu a créé l'homme à son image. Il est nécessaire d'intervenir dans la société, pour éviter que 1'indifférence laisse commettre des actes coupables, que la Bible qualifie de péchés. Il faut parfois interpeller les gouvernements, pour les rappeler à l'ordre et pour les amener à mieux se soucier des individus qu'ils tiennent sous leur pouvoir. La lutte doit se poursuivre aussi en nous-mêmes. Il faut combattre nos tendances néfastes au mépris, à l'égoïsme, à la domination des autres. La racine du mal est en nous. Il ne suffit pas de nous déclarer chrétiens, comme les contemporains de Jean se disaient descendants d'Abraham. Encore faut-il que nous portions les fruits d'amour qui vont avec notre état de chrétiens. Il n'existe pas de foi chrétienne sans amour du prochain, quelles que soient sa race ou ses opinions politiques. -o- Jean baptise en vue de la repentance, c’est-à-dire en vue du changement. Jean annonce la venue d’un plus fort que lui, qui baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. Le feu de l’Esprit de Dieu brûle nos impuretés, il brûle le mal qui se trouve en nous, il détruit nos égoïsmes et nos orgueils. En même temps, l’Esprit nous anime pour une vie différente. Il faut à la fois cette destruction et ce renouvellement, pour que nous puissions vivre dans un monde où l’homme n’a plus peur de l’homme. Amen. Autres lectures : Sophonie 3/14-19 Philippiens 4/4-9 Cantiques : * Psaume 25/1 à 4 A toi, mon Dieu * NCTC 242/1 à 4 = ARC 204 Nous t’invoquons, ô Seigneur LP 94/1 à 3 Dieu se montre propice NCTC 286/1 à 4 Nourris d’attente et d’espoir * NCTC 162/1 à 3 = ARC 310 Oh, viens, Seigneur LP 246/1, 5, 6 = ARC 415 Je veux répondre, ô Dieu ! ARC 607/1 à 3 Seigneur, accorde-moi d’aimer Autres textes de la même catégorie
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