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Luc 03 v 7-18 Jean-Daniel Wohlfahrt



Luc 3/7-18
"Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d'échapper à la colère qui vient? Produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion et n'allez pas dire en vous-mêmes: nous avons pour père Abraham. Car je vous le dis, des pierres que voici Dieu peut susciter des enfants à Abraham. …. "Les foules demandaient à Jean: "Que nous faut-il donc faire?" Il leur répondait: "Si quelqu'un a deux tuniques, qu'il partage avec celui qui n'en a pas; si quelqu'un a de quoi manger, qu'il fasse de même". …. Le peuple était dans l'attente et tous se posaient en eux-mêmes des questions au sujet de Jean: ne serait-il pas le Messie? Jean répondit à tous: "Moi, c'est d'eau que je vous baptise; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu;
Je dois avouer que j'ai une certaine admiration pour un prédicateur qui peut, ainsi que le fait Jean Baptiste, sans faire fuir ses auditeurs et surtout sans qu'ils n'aillent se plaindre à la Kirchenverwaltung de leur temps, traiter d'engeance de vipère les foules venant à lui..
Je n'en veux pour preuve que ce jeune couple ami qui s'est senti bien mal accueilli par la pasteure de sa paroisse à qui ils venaient demander le baptême de leur nouveau-né. Ils ne se sont, certes, pas fait injurier, mais certaines remarques de la collègue leur ont fait bien sentir qu'ils n'étaient les bienvenus ni le jour de la préparation du baptême ni même le jour de sa célébration. Je ne sais pas à quel rythme ils fréquentent l'église de leur paroisse mais quoi qu'il en soit, les voilà démobilisés et définitivement perdus pour cette paroisse de la ville où ils venaient de s'installer.
Jean Baptiste a plus de chance avec ses auditeurs; Ils insistent et vont même demander ce qu'ils doivent faire. Dans son évangile, Matthieu rapporte la même scène mais précise que le jugement injurieux et définitif de Jean ne s'adresse qu'aux Pharisiens et autres Sadducéens. Luc, lui a compris que le jugement est adressé à la foule. Juifs ou Grecs mais aussi, Romains et Samaritains, militaires, collaborateurs, financiers, malades, révoltés, hommes, femmes, enfants, bref il s'adresse à tout un chacun et sans distinction. Ce qui laisse entendre aussi que le salut est offert à tous, à tous ceux qui se repentent et qui croient selon la formule de notre absolution liturgique.
Théologiquement je situai dimanche dernier Jean Baptiste parmi les Esséniens. Il prêche la proximité du IOM YAHWE, du "jour de Dieu", jour du retour du Christ, jour du jugement. "Déjà même, la hache est prête à attaquer la racine des arbres; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu". Qui parlait donc du jour H?
Que reproche Jean Baptiste à ses auditeurs? rien de plus que de se laisser bercer par l'illusion du salut grâce à une foi-tradition: "Nous avons pour père Abraham". Que voulons-nous de plus, disent ces bons protestants, nos ancêtres ont vécu les guerres de religion, d'autres font sans cesse référence au grand nombre de pasteurs et de diaconesses dans leur ascendance. Il y a aussi ceux qui disent qu'ils furent de la paroisse de tel grand prédicateur. Ou encore, que tel grand du monde pastoral les a baptisé, confirmé ou marié. Mais voilà que ça ne joue pas, la foi n'est pas héréditaires, Dieu ne regarde pas à l'arbre généalogique. Réveillons-nous avant que de le regretter. C'st ce réveil justement que Jean Baptiste veut provoquer en invectivant les foules. Dieu jugera aux fruits de l'arbre et non au rendement de la forêt, aux fruits de l'arbre qu'est chacun, chacune de nous.
Parlons-en des fruits! 3 exigences:
La première exigence est celle du partage: "Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n'en a pas et que celui qui a de quoi manger fasse de même!" Jean n'ordonne pas de donner les deux tuniques, mais une seule. Il veut réagir contre l'égoïsme, contre l'esprit de possession et d'accaparement. Il veut inciter les gens à se soucier des autres au lieu de penser uniquement à eux-mêmes. Les moins favorisés doivent aussi vivre, les plus riches peuvent les aider à vivre. Une tunique et non deux, il ne faudrait pas que le don devienne pour moi une raison de me glorifier
La deuxième exigence s'adresse à ceux qui sont chargés de collecter les impôts pour le compte des Romains. Ces hommes, ce sont les publicains qui avancent l'argent et le récupèrent ensuite sur le dos des contribuables. La tentation pour eux est grande de tirer du peuple plus que prévu, pour arrondir les fins de mois. Jean leur commande de cesser leurs manœuvres frauduleuses. Ce sera une manière de ne pas pressurer la population et de ne pas prendre pour leur usage personnel ce qui appartient à autrui.
La troisième exigence concerne les policiers auxiliaires que les Romains recrutent parmi les Juifs. Ce ne sont pas véritablement des soldats, puisque les Juifs sont dispensés du service militaire. Ces hommes sont tentés d'abuser de leur pouvoir, de maltraiter et de brutaliser les suspects. Jean leur dit de ne plus recourir à la violence inutilement. Un homme a droit au respect, y compris de la part de ceux qui sont chargés de maintenir l'ordre, même si cet ordre est tout relatif.
On voit dans quel sens vont les impératifs de Jean qui ne s'évade pas dans un monde idéal. Il ne nous invite pas à fuir dans un royaume extra-terrestre, où tout serait beau et bon. Il tient compte des conditions réelles de notre monde; richesse et pauvreté, pouvoir et incapacité, force et faiblesse. Il dit aux riches de s'intéresser aux pauvres, il dit aux hommes de pouvoir de ne pas pressurer la population, il dit aux gendarmes de ne pas tabasser les gens qu'ils arrêtent.
Pour employer un vocabulaire moderne, nous dirions que Jean exige qu'on respecte les droits de l'homme, qu'on respecte les hommes, et les femmes cela va sans dire, dans leur personne physique et dans leurs biens, dans leur tout, comme je le soulignai ici-même dimanche dernier. C'est ainsi que nous pouvons, que nous devons vivre notre foi et laisser apparaître la qualité de nos relations avec Dieu. On ne met pas la lumière sous le boisseau, disait Jésus, la foi se vit aux yeux de tous, elle se manifeste par des actes le plus souvent très simples, manifestations de l'amour du prochain Du prochain, oui, mais quel que soit ce prochain. Les règles de vie s'adressent à chacune et chacun et concernent toutes et tous.
Mais il faut être clair et précis. Ce qu'exige, car il s'agit bien d'une exigence, ce qu'exige donc Jean Baptiste n'est qu'un aspect, qu'une étape de la foi. L'engagement même au service des pauvres et des humbles n'est pas la foi. La foi est faite d'abord de référence à Jésus-Christ et ensuite de mise en pratique ou plutôt encore, elle est référence à Jésus-Christ vécue dans le quotidien et dans la relation à autrui. Faire état d'un premièrement et d'un ensuite fausse déjà la donne car amour du Christ et amour du prochain sont en égalité pour la foi. Il n'y a pas prédominance de l'un sur l'autre. L'un ne saurait exister sans l'autre.
La mise en pratique de cet amour du prochain se heurte à bien des oppositions à bien des et des incompréhensions. il nous faut donc cette relation privilégiée au Seigneur qui nous donne la force de redresser toujours à nouveau le chemin que nous suivons, chemin que nous nous fixons à nous-mêmes et qui donc selon notre humeur ou selon le moment, nous permettra de nous rapprocher ou nous éloignera de notre prochain qui peut se révéler plus "empêcheur de tourner en rond", plus gêneur, que frère, disons que "frère aimable". C'est là que Jean Baptiste nous incitait la semaine dernière: redressez les chemins tortueux, ceux que vous tracez pour échapper à tel ou tel autre, pour n'avoir pas à le saluer, à lui parler. Revenez, même si pour cela il vous faut vous faut nous faire violence, revenez vers celui ou celle que vous avez préféré laisser au bord de la route.
C'est là le pourquoi de la référence de Jean Baptiste à celui qui vient. Le tout, je dois une fois encore répéter ce que je disais dimanche dernier, le tout n'est pas de se faire baptiser ou de demander le baptême le tout n'est pas d'accorder sa confiance ou son admiration voire sa vénération à l'homme Jean Baptiste, pour nous à tel ancêtre, à tel pasteur car celui-ci n'est qu'un pion dans le plan de salut de Dieu. Paul le dira plus tard aux chrétiens de Corinthe qu'il se réjouit que personne ne pourra se vanter d'avoir été baptisé par lui. Il rappellera que le baptême est de même valeur et de même portée qu'il ait été administré par Pierre ou Paul ou Jacques. Seule compte la relation ouverte vers Dieu et de Dieu vers nous.
C'est de salut qu'il est question dans notre texte et pas seulement de règles de vie en communauté que tout un chacun peut acquérir avec un peu de bonne volonté et de surveillance de ses faits et gestes. Le salut, lui, ne peut être que don de Dieu, donc œuvre de l'Esprit. "Moi, c'est d'eau que je vous baptise; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu";
Baptême d'eau, baptême de feu, d'Esprit! Même si pour Jean Baptiste ce sont là deux réalités distinctes, je ne pense pas qu'il faille continuer à séparer deux baptêmes dans leur qualité et dans le temps, par exemple un baptême d'eau reçu enfant et un baptême d'Esprit plus tard que certains groupes chrétiens marquent d'ailleurs d'une nouvelle immersion complète. C'est ma décision que de recevoir le baptême ou d'accepter le baptême reçu jadis à mon corps défendant. Cette décision m'ouvre les yeux et le cœur sur cette autre réalité: celle du royaume de Dieu réalisé là où est présent le Christ Jésus. Le Christ Jésus est présent qui dit: Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. Et pour éviter que cette présence soit comprise comme vague et éthérée, il ajoutera: "voici, je suis à la porte et je frappe, si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte j'entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi".
jdwohlfahrt, st léonard, 14 décembre 2003



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