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Luc 03 v 7-18 Christian Badet
Texte : Luc 3/7-18
Genre : Prédication Auteur : Christian BADET Source : Prédication trouvée sur le site de l’Eglise réformée de la montagne du Tarn, http://montagnetarn.chez.tiscali.fr/. Changer de vie ou changer quelque chose à sa vie ? (Luc 3/7-18) Pour le peuple qui est dans l'attente du Messie, Jean le Baptiste déblaie le chemin du Seigneur. Il invite à une sérieuse lessive, aussi vigoureuse que dramatique. "Engeance de vipères, produisez des fruits qui témoignent de votre conversion". N'est pas prophète qui veut, et ce genre de discours est à manier avec beaucoup de prudence ! Même si les croyants aiment bien parfois se faire remonter les bretelles, je crois qu'il faut user avec parcimonie de ces exhortations vigoureuses. Mais nous ne pouvons pas non plus sans dommage affadir l'Evangile. La joie, la lumière, les chants de Noël qui célèbrent le petit enfant Jésus ne doivent pas nous faire oublier la rigueur des exigences qui accompagnent cette venue. Accueillir le Seigneur, ce n'est pas attendre passivement dans l'espoir vague d'une consolation, mais c'est se préparer, se mettre en état de le recevoir. Une des manifestations du Seigneur dans ce monde et dans notre vie consiste bien à accomplir notre part de ce qui est nécessaire à sa venue. Il nous faut bien reconnaître que le travail ne manque pas pour déblayer le chemin du Seigneur. Il suffit de regarder le monde comme il va, ou de regarder à notre vie, pour constater que nous avons accumulé beaucoup d'obstacles qui font écran à sa manifestation. Alors, nous avons certainement besoin d'entendre, nous aussi, malgré tout, la prédication de Jean le Baptiste. L'évangile de Luc nous en donne trois échantillons qui évoquent trois aspects différents de la manifestation du Seigneur : un aspect eschatologique, comme disent les théologiens, c'est-à-dire ce jour du jugement dernier où toutes choses seront révélées, mises en lumière : "Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu". Un aspect éthique qui décrit concrètement ce qu'il faut faire ; et un aspect messianique qui annonce la venue de celui qui baptisera dans l'Esprit Saint et le feu. Prenons chacun de ces aspects. Le premier aspect est celui qui traite du futur, d'un futur qu'on ne peut fixer sur le calendrier. Les événements caractéristiques de la fin, du jour du jugement sont déjà sur le point de se produire, nous dit Jean. Pour lui, ce futur est tout proche, il est pour demain : "La hache est prête à attaquer la racine des arbres". Cette proximité de l'heure H (hache !) conduit Jean à tenir un langage comparable à celui des prophètes de l'Ancien Testament face à ce qu'ils appellent le jour du Seigneur. Il y a alors urgence à porter du fruit à cause de la proximité du jugement divin. L'image de l'arbre improductif coupé et livré au feu, indique que la justice de Dieu, aux yeux de Jean, est ici la principale caractéristique divine. Reconnaissons que, dans sa prédication, il n'y a guère de place pour un autre attribut divin : la miséricorde. Et comment pourrions-nous, d'ailleurs, articuler la miséricorde de Dieu avec sa justice ? Jean nous présente un Dieu souverain et juge. Un Dieu qui exerce sa justice sans faiblesse et, justement, sans miséricorde. C'est qu'il est déjà trop tard, l'heure du jugement est là, le futur devient un présent, et rien ne pourra préserver ou mettre à l'abri celui qui voudrait y échapper. Ni les liens ethniques ni les rituels ne mettront à l'abri du jugement ultime : "N'allez pas dire en vous-mêmes : nous avons pour père Abraham". Dieu ne tient pas compte de ces prétendus mérites. Il n'y aura ni privilège, ni passe-droit, ni traitement de faveur lors du jugement. Parce que Dieu est un juge incorruptible. Mais, au fond, c'est bien ce que nous attendons de lui, et ce que nous attendons de nos propres juges d'aujourd'hui : qu'ils traitent pareillement les puissants et les misérables. Comme les foules qui entourent Jean le Baptiste, nous pouvons nous demander si nous sommes prêts à affronter ce jugement, si nous avons accompli tout ce que nous devions faire. C'est ici le deuxième aspect de sa prédication qui touche à ce que nous pouvons faire tout de suite pour être prêts demain. A quels changements de vie concrets sommes-nous appelés ? Quelle éthique ou quelle morale doit guider notre vie ? Les réponses du prédicateur sont ici doublement remarquables. D'une part, elles portent toutes sur le comportement social de l'homme, sur le rapport au prochain, au frère. Jean ne parle pas de pratique religieuse ou de rapport à Dieu. Il nous est demandé d'assister le nécessiteux, d'être honnête et équitable dans l'exercice de notre métier. Ce sont là des exigences qui s'imposent à tous. Et comme être fils d'Abraham ne procure pas de privilège ou de passe-droit, il semble nous dire qu'une pratique religieuse ne dispense pas de respecter un minimum de règles morales. C'est comme quand on dit de certains paroissiens : ils vont à l'église tous les dimanches, mais alors, dans la semaine, il faut voir comment ils se comportent ! D'autre part, ces exigences n'annoncent en rien un bouleversement des structures sociales. Jean ne demande pas aux collecteurs d'impôt de rompre avec l'occupant romain avec lequel ils collaborent, ni aux soldats juifs enrôlés dans l'armée d'Hérode de déserter. Il n'invite personne à tout quitter pour le suivre, à changer de vie, même s'il invite à changer quelque chose dans sa vie. Ce que Jésus demandera sera souvent plus radical. Le partage de la nourriture et du vêtement correspond à ce que Luc estime être le comportement de tout croyant. De même, aujourd'hui, il n'est pas indispensable de changer de vie et de métier pour être un bon chrétien, mais il est souvent nécessaire de changer quelque chose à sa vie ou à son métier ! C'est dans notre vie concrète, réelle, que la prédication de Jean nous invite à inscrire et à pratiquer ce que la simple justice humaine recommande. Pour paraître devant le jugement de Dieu, il ne faut pas croire que la piété peut être un parapluie. Il faut simplement, à notre niveau, là où nous sommes, avoir nous-mêmes un comportement juste envers les autres. Voilà des conseils simples et presque aveuglants dans leur évidence. Le dernier volet de la prédication du Baptiste est introduit par cette question que tous se posent alors : Jean ne serait-il pas le Messie, cet envoyé de Dieu attendu par le peuple ? Visiblement, le côté religieux du message de Jean attire plus l'attention des auditeurs que son aspect éthique... Les foules préfèrent parler du jugement divin et de la venue du Messie que s'attarder sur les changements concrets qu'exige cette venue. Mais nous sommes ainsi faits : nous préférons parler de Dieu plutôt que de nous ! C'est certainement plus facile et moins exigeant ! Mais Jean ne veut pas prêter le flanc à cette dérobade. Il ne veut pas rentrer dans le jeu de ses auditeurs qui veulent s'éloigner du concret. C'est pourquoi il indique qu'il n'est pas digne de cette corvée qui ne convient pourtant qu'aux esclaves : dénouer les sandales de celui qui sera un réformateur des mœurs autrement vigoureux qu'il ne l'est lui-même. L'envoyé de Dieu va nettoyer son peuple des scories stériles en les faisant disparaître à tout jamais. Il va brûler la paille pour ne retenir que le grain, et si les foules trouvaient les exhortations de Jean trop difficiles à suivre, eh bien, avec celui qui vient, ça ne va pas traîner ! Lui, il fera vraiment le ménage et la lessive ! Si Jean parle du futur et de ce qui va arriver bientôt, c'est donc, en réalité, pour ramener toujours son propos au présent et à l'actualité. Pour lui, ce n'est pas le passé qui conditionne le présent, mais c'est le futur qui conditionne le présent. Ce que nous pouvons vivre aujourd'hui ne dépend pas de notre passé, de ce que nous avons pu être ou faire, de ce que nous avons subi ou enduré. Mais aujourd'hui dépend de demain, de ce que Dieu lui-même va faire. C'est ainsi que Jean le Baptiste annonce au peuple la Bonne Nouvelle ! Et c'en est une, puisque le Messie attendu est celui qui nous délivre de notre passé, quel qu'il soit, en nous donnant toujours de nouvelles chances aujourd'hui. C'est une Bonne Nouvelle, puisque le Messie attendu va venir nous purifier de toutes nos pesanteurs, de nos insuffisances, pour ne garder que la meilleure part de nous-mêmes. Le Dieu Juge est donc aussi, malgré tout, un Dieu miséricordieux et bon, parce qu'il veut nettoyer en nous tout ce qui fait obstacle à sa venue. Mais il reste une question que les foules qui entouraient Jean le Baptiste ne se posaient pas, parce qu'elles étaient dans l'attente ; une question qui se pose pour nous : avons-nous vraiment le désir aujourd'hui de le voir venir, de l'accueillir, lui et ses exigences pour notre vie, certes ; mais aussi : lui et notre salut ? Autres textes de la même catégorie
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