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Luc 02 v 39-52 (David Mitrani)
Texte : Évangile selon Luc 2 / 39-52 (trad.: Parole de Vie)
premières lectures : Ésaïe 52 / 13 – 53 / 3 ; Psaume 84 chants : 84 et 158 (NCTC) Chers amis, notre texte de ce matin, c'est le fantasme de tous les parents chrétiens du monde, celui qu'ils espèrent communiquer à leurs propres enfants, ou en tout cas qu'ils espèrent voir marcher sur leurs propres enfants: qu'ils "grandisse[nt] en stature, en sagesse et en grâce", comme le dit la traduction de Louis Segond du dernier verset… Hélas pour eux, ce qui marche à l'identique, c'est plutôt la désobéissance de l'enfant! Parce que, Jésus enfant sage – on l'aura com-pris – ça n'existe pas…! De l'enfance de Jésus on ne sait rien: une phrase sert à le faire passer de sa première semaine à la puberté, et il n'y en aura même pas une autre avant que nous nous re-trouvions en l'an 29 de notre ère, dès le verset qui suit l'extrait de ce matin. De Jésus enfant, adolescent, jeune adulte, nous ne savons donc rien, parce que ça ne sert à rien. Ce sont les journalistes en mal d'article qui vont rechercher dans le passé des gens ce qui fait qu'aujourd'hui ils nous parlent. Les évangélistes, eux, ils savent quoi écrire! Donc, nous ne sau-rons rien. Tout au plus, Luc met-il ici en scène les à-côtés d'une "bar mitsva" qu'aucun des trois autres ne rapporte… Or, pour Luc, le lieu important de ce début de l'Évangile, c'est Jérusalem. Toute la suite de son livre va montrer Jésus adulte, prédicateur itinérant, en train de s'y rendre pour y mourir. Jérusa-lem, et plus précisément son Temple. Je ne vais pas vous faire ce matin une leçon d'école biblique: vous savez bien que, malgré le mot, ce Temple n'a rien à voir avec les nôtres, qui ne sont que des synagogues, des lieux de rassemblement! Le Temple, "le Lieu" par excellence, c'est "la Maison", la maison de Dieu. Dieu y habite, Dieu s'y tient, et là, on lui offre des sacrifices. C'est le lieu de la pu-reté, et d'ailleurs, dans les versets précédents, c'était pour "la purification" que ses parents y étaient, au Temple, avec Jésus bébé. Mais cette religion-ci consiste beaucoup en attitudes extérieures. C'est bien ce qu'à la fois les Pharisiens et les Chrétiens vont lui reprocher! Certes, ces attitudes de surface peuvent recouvrir un véritable sentiment, une vraie attitude intérieure. Mais la vie n'est pas là. On va au Temple pour les sacrifices, pour la Pâque, pour Kippour,… Mais dans la vie de tous les jours, on se débrouille, on fait comme on peut. La vie de tous les jours se vit sans pureté, sans religion… À cette époque comme aujourd'hui…! Les parents de Jésus sont des Juifs observants. Ils pratiquent cette religion extérieure. Bien sûr, loin de moi de dire qu'ils n'ont que l'extériorité! La question n'est pas là. Ils obéissent à la Loi du Seigneur, ils font ce qu'il faut quand il faut. Et Dieu, lui, il fait sa part, il fait lui aussi ce qu'il faut quand il faut – encore que, de ça, beaucoup de gens doutent, c'est le moins qu'on puisse dire! Dieu, lui, il s'occupe de l'enfant Jésus, au début de notre extrait: "la grâce de Dieu [est] sur lui", écrit l'évangéliste. Tout se passe ainsi, de devoir en coutume, jusqu'au jour où… Oui, c'est Jésus qui casse le mécanisme. Et pas n'importe où: dans son lieu central, dans le rouage principal de cette religion, le Temple de Jérusalem. Parce qu'au temps de la Pâque, Jésus va y rester, à Jérusalem. Il va y rester… Est-ce pour cela que notre liste de lectures quotidiennes nous fait lire, en ce moment, le "chant du Serviteur souffrant" d'Ésaïe, comme je vous l'ai fait enten-dre tout à l'heure? Nous n'en sommes pourtant pas encore à cette autre Pâque dont celle d'aujour-d'hui est l'annonce, et au bout d'une journée de marche, peut-être vers Emmaüs, les parents n'ont pas retrouvé Jésus, et c'est sans lui, sans foi, sans joie, qu'ils retournent à Jérusalem. Ils ont perdu le principal: leur fils. Ils ont perdu avec son absence un autre principal: leur re-ligion. Ça ne marche plus. Leur vie n'est plus rythmée par les cérémonies du Temple, mais par l'ab-sence de Jésus. Et ce n'est donc plus l'extérieur qui est en cause, mais bien l'intérieur. Comme autrefois pour Israël, lorsqu'on avait perdu le Temple, lorsqu'on avait perdu la présence de Dieu. La vie n'avait plus de sens, et plus personne ne savait quelle direction prendre, sauf peut-être d'aller vers un Dieu sans Temple, un Dieu inconnu au nom imprononçable, un Dieu qui concerne la vie de tous les jours. "Fais-nous revenir, Seigneur, vers toi, et nous reviendrons…" (Lam. 5 / 21) Il y faudra trois jours, afin que la Pâque soit accomplie… Jésus est au milieu. Au milieu des maîtres, des sages d'Israël. Il parle avec ceux qui sont attentifs à la religion vécue tous les jours, il ne parle pas avec les prêtres, mais avec les rabbins! Au milieu du Temple pourtant, à la place des prêtres. Il est ici chez lui, c'est bien ce qu'il va dire à ses parents étonnés. Là où Juifs et Chrétiens diront "notre Père", lui, il dit "mon Père". Là où nous ne nous occupons de ce Père que lorsque nous avons le temps, lui Jésus, s'occupe de lui en prenant le temps, car le temps est à Dieu. Jésus est là où Dieu est. Un jour, certains confesseront que Dieu est là où Jésus est… La proximité du Père et du Fils, c'est notre Temple, c'est le lieu central de notre religion, et cela suffit à nous dérou-ter, à nous faire revenir alors que nos affaires nous appellent ailleurs. Cela suffit à ce que les affai-res de Dieu deviennent pour nous plus importantes que les nôtres. Les parents de Jésus ne l'ont pas compris, et ce n'est donc pas eux qui l'ont appris à leur fils: c'est l'inverse qui se passe, c'est lui qui le leur apprend! Mais avant la vraie Pâque, on ne peut pas comprendre… Il faudra la Croix et la Résurrection pour qu'à Jérusalem la mère et les frères de Jésus soient parmi ses disciples. Sinon, sans la Croix et sa victoire, Jésus n'est rien d'autre qu'un rabbin précoce, un contestataire du Temple, un maître qui parle bien… Oui, il est tout ceci, mais c'était il y a 2.000 ans, et s'il n'est que ceci, alors il est mort, le Temple a disparu, et nous vivons sans Dieu. Vivons-nous avec Dieu ou sans Dieu? C'est donc la vraie question que nous pose ce texte! C'est sans doute de cela que Jésus parlait avec les rabbins. Il leur posait des questions, mais c'était ses réponses qui étonnaient les gens qui les entendaient! Dieu est-il dans le Temple et dans la religion extérieure? Alors Dieu est parti, et ce ne sont pas les essais de reconstitution de religion extérieure par les chrétiens qui peuvent le remplacer: nos Réformateurs ne l'ont pas voulu… Dieu est-il alors dans la religion quotidienne? Dans ce cas, en vérité Dieu est bien méconnaissable! Pré-tendrai-je que ma vie est transparente à Dieu? Si je le fais, ne me croyez pas, surtout pas, et ne croyez pas les imposteurs qui y prétendent! Là aussi, nos Réformateurs ont tenté d'y résister… Car le Temple cachait Dieu derrière un voile opaque. De même, ma propre vie est, elle aus-si, un voile opaque à Dieu. Et même lorsque Paul écrit que nos "corps [sont] le Temple du Saint Esprit" (1 Cor. 6 / 19), cela ne change rien, vu de l'extérieur… Même le meilleur d'entre nous – s'il y en a un ou une! – sera toujours opaque à Dieu. Un seul y est totalement transparent, Jésus lui-même. Le seul vrai Temple, c'est lui. Le seul lieu de purification, c'est lui. Le seul enseignant, c'est lui, parce que le seul enseignement, c'est lui! Lui se tient sans cesse dans la maison du Père. Et pourtant, il quitte Jérusalem, et il est soumis à ses parents. De même, son Église quittera Jérusalem, et sera "soumise aux autorités", comme Paul l'y exhortera (Rom. 13 / 1; Tite 3 / 1). Cette soumission est purement extérieure, elle est donc pleinement libre et elle manifeste une bien plus grande liberté à leur égard que de leur résister comme si elles étaient quelque chose! Car Jésus est la seule autorité, et Dieu est son seul Père. Jésus, même hors de Jérusalem, est dans la maison de Dieu. Jésus est la maison de Dieu. "Nul ne vient au Père que par [lui]." (Jean 14 / 6) Que faisons-nous, vous et moi, de ce Temple-ci? "Un jour dans ses parvis vaut mieux que mille ailleurs", chantaient les fils de Coré… Peut-être y passons-nous un peu plus qu'un jour sur 1.000, mais évidemment le sens du verset n'est pas là! Et d'ailleurs, si l'on compte en minutes et non en jours, je ne suis même pas sûr du total… Mais, justement, comptons-nous le temps que nous réservons à Dieu, c'est-à-dire le temps où lui s'occupe de nous et nous couvre de sa grâce, nous protège et nous fait grandir? Le comptons-nous, ou bien laissons-nous ce temps prendre le maximum de place? Dit autrement, sommes-nous des enfants de Dieu, ou bien nous comportons-nous comme des religieux? Le laissons-nous nous remplir de sa présence, ou bien nous contentons-nous d'aller vers lui de temps à autre? Vous me direz: ce ne serait déjà pas si mal… Non. Ça n'a pas d'intérêt, ni pour lui ni pour nous! Si notre religion est extérieure, abandonnons-la, elle ne sert à rien. Que nous la pratiquions ou pas, nous mourrons dans nos péchés… Jésus aujourd'hui nous propose son choix, celui d'être dans la maison du Père, et il se propose lui-même comme étant notre choix, lui qui est la maison où nous pouvons rencontrer le Père et vivre de sa grâce, aujourd'hui et jusqu'aux jours d'éternité. De quoi vivez-vous? De quoi vivons-nous? De notre vie quotidienne? De notre religion? Ou bien de Dieu seul, c'est-à-dire de Jésus-Christ vivant? Les parents de Jésus marchent, cherchent, demandent… et ne trouvent pas! Mais nous, nous savons où il est et ce qu'il fait, nous savons ce à quoi il nous appelle. N'est-ce pas de chacun de nous, là où il est, qu'il est écrit: "il grandit, sa sa-gesse se développe, et il se rend agréable à Dieu et aux hommes"? Amen. Châteauneuf & Jarnac - 28 décembre 2003 Pasteur David Mitrani - erf.jarnac@free.fr |
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