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Josué 5 v 10-12 (James WOODY)



Texte : Josué 5/10-12
Genre : Prédication
Auteur : James WOODY
Source : Prédication pour le 25.03.2001 en Avignon (84) trouvée sur le site de l’Eglise Réformée d'Avignon.



Pour qui la terre promise est-elle permise ?

Chers frères et sœurs, il y a quelques semaines, nous avions laissé les Hébreux sur le constat des explorateurs du pays de Canaan : "C’est un pays qui dévore ses habitants". Quarante années ont passé depuis, et les Hébreux viennent de passer le fleuve Jourdain pour entrer dans la terre que Dieu avait promise à leurs pères. Les voici dans les environs de Jéricho, au nord de la Mer Morte. Ils ont derrière eux cette longue période du désert et, devant eux, s’ouvre une période qui sera celle de l’installation.

Encore sur le seuil de ce nouveau territoire, les Hébreux vont être observés par le rédacteur biblique. Un rédacteur qui va poser un regard interrogateur sur ce que ce peuple est en train de vivre. Et par le biais de petites séquences, de courts-métrages, il va dessiner le contour de l’entrée en terre promise de façon à mettre en évidence ce que signifie, pour un peuple, le fait de s’installer dans un pays.

La petite séquence que nous avons lue ce matin a, évidemment pour nous, une saveur exotique, tant il nous semble que ce qui est écrit est très étranger à nos préoccupations et à notre manière de vivre. Cela est déjà moins vrai si nous réalisons qu’avec les autres séquences avec lesquelles il fait contexte, ce texte est une réponse à la question : "Pour qui la terre promise est-elle permise ?".

Voilà bien une question brûlante d’actualité qui, depuis 50 ans, alimente les colonnes des journaux, les éditoriaux, les reportages ; qui engendre les positions les plus radicales ; qui provoque les dialogues autant que les non-dits ou les mal dits, les accords de paix, les échauffourées. Pour qui la terre promise est-elle permise ? Voilà bien une question qui provoque, au Proche-Orient, une situation qui, à une échelle bien plus modeste, est comparable à ce que nous vivons dans notre Eglise.

Oui, dans une mesure bien moindre, nous avons, nous aussi, nos conflits ; nous avons, nous aussi, nos prises de position radicales, nos prises de parole plus ou moins réussies, nos non-dits, nos accords de paix faits de petits pas en avant et de reculades.

Pour qui la terre promise est-elle permise ? Question douloureuse parce que question essentielle qui concerne notre appartenance et donc notre identité. Question essentielle, donc, parce que sans identité, qui sommes-nous ? et qui pouvons-nous espérer être ?

Curieusement, cette question ne suppose pas une réponse très compliquée, sur le plan théorique du moins. Pour qui la terre promise est-elle permise ? Pour ceux à qui elle est promise, pardi ! Ni plus ni moins. C’est sur le plan pratique que la réponse devient un casse-tête sur lequel beaucoup d’hommes et de femmes viennent épuiser beaucoup d’énergie. Et je dois bien avouer que j’ai quelques scrupules à continuer à dire, après tant d’efforts fournis par tant de personnes, tant dans le conflit israélo-palestinien que dans l’Eglise, qu’une réponse simple soit encore à l’ordre du jour, soit encore envisageable.

Et pourtant, n’est-il pas évident que le propre d’une terre promise est d’être une terre promise ? Or, ce qui est promis désigne toujours, quelque soit la chose promise, une réalité qui n’est pas à prendre mais une réalité qui sera donnée. La terre promise n’est donc pas une terre à conquérir, mais une terre à recevoir. La terre promise est une terre que Dieu offre, pas une terre qu’on arrache. Sur le plan purement théologique, s’il s’agit d’entrer dans une terre promise par Dieu, c’est à Dieu de la donner, pas à l’Homme de la prendre.

Et cela doit nous éclairer lorsque nous nous posons la question dans l’Eglise. Notre place dans l’Eglise ne correspond pas, d’abord, à une volonté individuelle. Si nous voulons faire de l’Eglise une parcelle de cette terre que Dieu promet à son peuple, encore nous faut-il faire le deuil d’une Eglise qui serait à notre mesure, le deuil d’une Eglise que nous édifierions avec ce que nous avons dans nos poches. Et c’est parce qu’il s’agit de faire ce deuil que, pratiquement, la réponse est toujours plus difficile que ce que propose la théorie. Si nous voulons que cette Eglise soit Eglise du Christ, encore faut-il que nous acceptions qu’elle ne soit pas forcément ce que nous souhaiterions qu’elle soit. Autrement, il ne peut plus s’agir de la terre promise par Dieu, mais seulement un groupe façonné à notre image. Et, dès lors, la question de la permission d’être ou non dans ce groupe, aussi digne soit-il, ne répondrait plus à des critères évangéliques mais uniquement humains, avec en arrière-plan toute la violence que cela peut comporter.

Le peuple hébreu qui entre dans la terre qui a été promise à ses pères, n’a rien de très méritoire. Ce peuple entre en terre promise pour la seule et unique raison que Dieu en avait décidé ainsi et qu’il réalise la promesse qu’il avait faite. Le peuple, lui, plus petit de tous les peuples, peuple insignifiant au regard des autres peuples de l’époque, ne fait que bénéficier des fruits de cette promesse. Il entre les mains vides, sans richesse particulière et, surtout, sans mérite particulier. Il entre pauvre de tout, riche seulement de l’amour du Dieu fidèle ; Dieu qui, après l’avoir nourri comme une mère pendant quarante ans, ne se dé-préoccupe pas de son peuple, puisque celui-ci n’a qu’à cueillir les fruits du pays pour se nourrir.

Ce passage biblique dit combien l’homme n’est pas le maître. Il renvoie tous ceux qui veulent devenir citoyen de la terre promise à la plus grand humilité qui soit. Il ne faudrait pas croire que nous sommes maîtres de la Création. Nous recevons la vie comme nous recevons ce dont nous avons besoin. Entrer en terre promise comme le peuple de Dieu le fait, c’est accepter que nous n’avons pas tout ce qu’il nous faut d’entrée de jeu et l’une des premières choses à vivre, à expérimenter, c’est le fait de recevoir.

C’est dans ce contexte qu’il faudra tout à l’heure se placer, au moment de donner notre offrande, comme à chaque occasion qui nous est offerte d’avoir un geste d’offrande. Il convient de réaliser que donner une partie de ce que nous possédons est avant tout donner une partie de ce que nous avons reçu. C’est avant tout une façon de dire que nous avons d’abord reçu, qu’initialement nous avons mangé du fruit du pays, comme cela, gratuitement, gracieusement. Et l’offrande n’est qu’une réponse à cela. Jamais elle n’a été, jamais elle ne devra être un critère d’entrée en terre promise. Nul ne saurait marchander sa place parmi nous, nul ne saurait négocier sa place au sein de l’Eglise universelle. Ce que nous donnons ne saurait être une clef pour y entrer.

Ainsi, dans notre Eglise réformée, on ne demande pas de payer pour vivre sa foi, pour la fortifier ou la communiquer aux siens : pas de tarif. Ce que chacun-chacune donne est avant tout une déclaration personnelle : "Oui, je reconnais que je ne suis pas maître de tout, que je suis aussi ce que j’ai reçu et que, pour que d’autres soient également, je donne à mon tour".

Il ne s’agit pas d’acheter sa place en terre promise, mais plutôt de l’offrir à quelqu’un qui nous suivra. C’est là un service que nous pouvons rendre en réponse à cette place qui nous a été faite. Nous ne pouvons envisager d’avoir une attitude volontariste pour nous-mêmes, mais pour un autre. C’est permettre à celui-là, à celle-là, la terre promise.

Amen.



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