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Josué 24 v 1-18 (Louis Honnay)



Texte : Josué 24/1-18
Genre : Prédication
Auteur : Louis HONNAY
Source : Prédication pour le 22.08.1982.



Quand nous jetons un regard sur notre passé, nous y trouvons de bonnes choses et d’autres moins bonnes. Nous avons des souvenirs heureux et d’autres qui nous font mal. Il nous reste des expériences bénéfiques et des passages vides. Nous avons connu des succès, mais aussi des échecs. Tout cela a fait de nous ce que nous sommes. Tout ce que nous avons vécu nous a conduit là où nous sommes, avec nos qualités et nos défauts, avec nos capacités et nos lacunes.

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L’histoire d’un peuple ressemble à notre histoire personnelle. Quand Josué rassemble les délégués des Israélites à Sichem, il passe leur passé en revue. Sichem possédait un très ancien sanctuaire. Il était devenu le point de ralliement des tribus. On peut penser qu’on y célébrait une fête annuelle, où on rappelait l’alliance que Dieu avait conclue avec les Hébreux. C’est sans doute lors d’une de ces rencontres à forme de culte que Josué prononce cette allocution, qui prend les allures d’un testament spirituel.

Ce que Josué rappelle, ce sont les interventions de Dieu dans l’histoire, à certains moments privilégiés qui ont progressivement façonné Israël. C’est l’appel d’Abraham du milieu du paganisme de son temps. C’est la vocation de Moïse dans le désert. C’est la grande affaire de la sortie d’Egypte et le don de la Loi, qui sont devenus l’événement central de la foi juive. C’est l’entrée dans le pays de Canaan, point final de la longue marche à travers le désert. Tous ces faits ressortent comme autant de signes de l’amour de Dieu et de sa puissance, qui protège, conduit et arme pour la vie.

Ce tableau de l’histoire des Israélites au cours des cinq ou six premiers siècles de leur existence nous montre comment on voit Dieu en Israël. Dieu ne se définit pas par des concepts abstraits. On ne parle pas de sa toute puissance, de son omniscience ou de son omniprésence. On n’essaye pas de savoir ce que veulent dire ces mots compliqués, qui se compliquent encore plus à mesure qu’on veut les préciser. On laisse cet amusement à ceux qui se croient savants. En Israël, on parle de Dieu en partant de ce qu’il fait. On regarde ses actes dans le passé, on rappelle ses interventions. En Israël, c’est-à-dire dans la Bible, la connaissance de Dieu se confond avec le souvenir. Connaître Dieu, c’est le voir à l’œuvre, c’est savoir ce qu’il a fait et ce qu’il continue de faire pour nous.

Dieu, c’est celui qui sauve de la situation sociale désastreuse que les Hébreux connaissaient en Egypte. C’est celui qui envoie son Fils dans le monde. C’est celui qui guérit les malades et relève les faibles, comme le montrent les nombreux miracles de Jésus. C’est enfin celui qui revient à la fin du temps, pour inaugurer un monde nouveau. Dieu se laisse repérer aux traces qu’il laisse dans les événements. Ce n’est pas le Dieu de la raison, mais celui de la vie.

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Il ne nous serait sans doute pas difficile de refaire pour notre compte ce que Josué faisait devant les tribus d’Israël. Nous aussi, nous pourrions nous rappeler ce que le Seigneur a fait pour nous depuis notre naissance jusqu’à maintenant. Peut-être verrions-nous comment il s’est servi des circonstances de notre enfance et de notre jeunesse pour se faire connaître. Peut-être nous souviendrions-nous de ces moments privilégiés de communion profonde avec lui, de ces heures d’illumination qui ont marqué les étapes de notre vie dans la foi. Nous remarquerions aussi comment il nous a conduits à travers la vie, comment il a ouvert pour nous des chemins et montré la direction à suivre. Nous nous rappellerions comment il nous a aidés dans nos difficultés, pour nous en faire sortir, comment il nous a tirés des dangers ou secourus dans nos malheurs. Et nous ferions le compte des joies qu’il nous a données, dans notre famille ou notre travail. Certes, nous n’avons pas connu la formidable victoire de la traversée de la Mer des Roseaux, mais nous avons vu d’autres délivrances que le Seigneur nous a accordées. Dans notre existence aussi, nous pouvons percevoir les traces de Dieu.

C’est ainsi que nous connaissons Dieu. Non par des leçons de catéchisme apprises par cœur — et d’ailleurs, qui s’en souvient ? —, mais par les actes de Dieu dans notre existence, par les expériences que nous avons faites avec lui. Ce n’est pas un savoir théorique, qui resterait dans notre tête, mais une découverte vécue, une vie dans sa compagnie. Notre foi s’enracine dans notre passé, mais un passé dans lequel il était présent.

De sorte que notre passé ne peut pas être pour nous une source de regret. A distance, les années d’autrefois nous paraissent souvent bonnes, en comparaison du présent qui nous semble amer et décevant. Le temps jadis prend des allures de fête, tandis que l’aujourd’hui revêt les couleurs de la tristesse. “Ah ! de mon temps, c’était bien mieux que maintenant”, soupirent les nostalgiques de la belle époque. Mais le passé n’est pas à reproduire ni à prolonger dans le futur. Car alors le passé nous prend dans ses filets, il nous bloque et nous empêche d’entreprendre.

Le passé doit être pour nous une occasion de reconnaissance. Dieu était là ! Il nous a portés, il nous a aimés. Ce doit être un motif de louange, une raison — ou des raisons multiples — de lui dire “merci”. Si nous savions compter les bienfaits de Dieu, comme le chante un vieux cantique, toute ingratitude nous quitterait et notre regard s’éclairerait en voyant les richesses dont il nous a comblés. Notre joie serait grande de nous rappeler les actes de Dieu pour nous.

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Mais la reconnaissance joyeuse appelle un engagement. Quand Josué remémore les exploits du Seigneur pour son peuple, ce n’est pas pour le plaisir de faire de l’histoire. Il veut susciter l’adhésion des gens à qui il parle. “Vous avez vu ce que Dieu a fait pour vous, comment il vous a traités. Eh bien, maintenant, à vous de choisir ! Ou bien vous retournez à ces faux dieux, à ces idoles que servaient les ancêtres d’Abraham. Ou bien vous accordez votre confiance à ce Dieu qui a sauvé vos pères et qui est toujours prêt à vous sauver aussi”. C’est ainsi que peut se résumer le discours de Josué. Il met les Israélites devant un choix. En respectant leur liberté, il les invite à se mettre du côté de Dieu, à entrer dans l’alliance qu’il leur propose. La perception des dons de Dieu les appelle à rester fidèles autant qu’il l’est lui-même.

Ainsi en est-il de nous et de notre passé. Le Seigneur s’est tenu avec nous, jour après jour. Il nous appartient maintenant de lui demeurer fidèle à l’avenir. Notre passé nous interpelle. Il est pour nous une question : accepterons-nous de marcher avec ce Seigneur qui nous accompagne ? Ferons-nous de lui le centre et le mobile de notre vie ? Saurons-nous l’aimer en réponse à son amour ? L’enjeu de notre passé, c’est notre futur, c’est la journée de demain et toutes les autres journées qui suivront.

Treize siècles plus tard, une scène semblable à celle-ci se déroulait sur les bords du lac de Tibériade, à quelques dizaines de kilomètres de Sichem. C’était le lendemain du jour où Jésus avait multiplié les pains et nourri cinq mille personnes. Il s’en était suivi une âpre discussion. Jésus expliquait : “Je suis le pain qui fait vivre”. Mais certains se rebiffaient à cette idée qu’on pouvait le manger. Ils ne comprenaient pas. Plusieurs se sont éloignés de lui à cette occasion, ils n’ont plus voulu suivre un maître aussi délirant. Alors Jésus pose la question de confiance à ceux qui restent : “Et vous, ne voulez-vous pas partir ?”. C’est l’heure du choix. Pour les disciples, comme pour les Israélites du temps de Josué, il faut se décider : pour Jésus ou contre lui, pour Dieu ou pour les idoles.

Mais Pierre répond : “Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle”. Avec ses collègues, il avait découvert que la vie est en Christ, et que le Christ est la vie. Le passé le lui avait montré. Si nous avons compris que le Seigneur nous fait vivre, qu’il est notre vie, nous suivrons l’apôtre Pierre dans sa décision de rester avec Jésus. Pour aujourd’hui et pour demain.

Amen !



Cantiques proposés :
* Psaume 92/1 & 2 Oh, que c’est chose belle
ou ARC 92A/1 à 4 Oh, que c’est chose belle
* LP 82/1 à 4 Oui, je bénirai Dieu
ou ARC 624/1 à 4 Dans toutes nos détresses
ou ARC 614/1 à 3 Tu es là au cœur de nos vies
* ARC 241/1 à 4 Chantons de joie
ou ARC 248/1 à 3 Père éternel et bon
ou ARC 256/1 à 4 Seigneur qui fis tout l’univers




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