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Jérémie 38 v 4 Alphonse Maillot



Textes : Jérémie 38/4-10 ; Hébreux 12/1-4 ; Luc 12/49-53
Genre : Notes homilétiques
Auteur : MAILLOT Alphonse
Source : Qui est mon prochain ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C (juillet-août). Mission intérieure de l’Eglise évangélique luthérienne à Paris, 1992 (p. 87-95).



10° dimanche après la Pentecôte
20° dimanche ordinaire

Jérémie 38/4-10

On résumera, même pour la lecture simple sans commentaires, les v. 1 à 3, car ils relatent les paroles de Jérémie, résumant son message essentiel, à savoir que l'invincible Jérusalem (Esaïe 37/22ss) "va tomber aux mains des Chaldéens (Babyloniens) et que tous ceux qui prétendent la défendre périront par l'épée, la famine et la peste" (v. 2-3). Ce qui va à l'encontre de la promesse d'Esaïe.

Ceci doit nous faire comprendre que les prophètes, en se contredisant sciemment, ne prétendent pas dire une parole éternelle, au sens d'intangible, mais dire la parole de Dieu, dans un contexte historique différent ; plus exactement, dans un contexte différent, l'éternelle parole de Dieu se dit différemment ; ceci montre la fidélité divine en nous disant aujourd'hui, ce qui aujourd'hui nous est nécessaire d'entendre. Formellement ce peut être divergent, voire contradictoire, mais derrière c'est la même fidélité de Dieu qui veut assurer notre salut. La Parole de Dieu n'est donc pas la copie perpétuelle d'elle-même, mais elle vient d'un amour qui, tenant compte de la diversité des situations, nous fait parvenir la parole qu'il faut dire alors.

Ceci amène d'ailleurs l'incompréhension de beaucoup de "bons croyants" : "Dieu ne dit plus la même chose qu’hier ; Dieu ne fait plus les mêmes promesses" ; cf. le trouble des paroissiens, quand la prédication n'est pas la redite des messages passés. Il faut toujours s'interroger pour bien discerner quelle parole il faut accentuer, voire privilégier aujourd'hui, mais en restant ouverts comme Jérémie dans sa lutte avec Hanania (Jérémie 28), pour savoir si ce ne sont pas les autres qui pourraient avoir raison et être les messagers de la vraie parole.

Le message d'aujourd'hui (Jérémie 38) a d'ailleurs une étrange actualité. Les bons (!) Israélites ont mis Jérémie en prison car :

a) il contredit les promesses faites à Jérusalem (et à David et à d'autres par la même occasion). Il leur semble impossible que le Seigneur abandonne sa ville, là où son culte est célébré et son nom invoqué.

b) il démoralise (littéralement "il avachit") les guerriers chargés de la défendre.

c) il se conduit en parfait "collaborateur" de l'ennemi idolâtre, Nebucadnesar ; cf. 27/6 par exemple, où ce roi est appelé par Jérémie "Serviteur du Seigneur" : cf. Esaïe 40 à 55)... donc il doit mourir.

On remarquera la faiblesse de Sédécias au v. 5 (le nom de Sédécias = Le Seigneur est Justice) qui annonce celle d'Hérode (Marc 6, en particulier les v. 20 et 26) qui abdique toute autorité. - "Le roi n’a rien à vous refuser".

On met donc Jérémie dans une citerne boueuse (qui rappelle les trous où certains psalmistes durent séjourner) où il va mourir peu à peu (Psaume 69/2-3, etc…).

Et c'est... un Ethiopien qui va sauver Jérémie (ou un Nubien) ce qui a son importance, car de toute manière c'est un étranger noir. Son nom = esclave (ou serviteur) du roi. Cet étranger (une fois de plus dans l’A.T.) est le seul de la cour à reconnaître en Jérémie un prophète (v. 9). C'est une preuve de plus que la parole de Dieu peut être méprisée par les siens et acceptée par ceux qui n'y avaient pas accès. Mais on relira Psaume 87/4.

Et on pourra voir, si on est poète, dans l'image de Jérémie remonté, la contre-image (mais dans le même but salutaire) du paralytique descendu par le toit, des évangiles.



Hébreux 12/1-4

Nous avons vu défiler ce qu'on appelle la "nuée de témoins", dont on remarquera tout de suite qu'elle nous "entoure". Cette affirmation de la présence actuelle de tous ceux qui nous ont précédés, est souvent niée ou simplement oubliée par les protestants qui ne voient pas plus loin que les frontières du présent ; ils oublient que notre Dieu est le Dieu des vivants et que par lui tous vivent, certes d'une manière qui ne nous est pas perceptible, mais qui n'en est pas moins réelle (Luc 20/38).

Nous sommes, au culte et partout où le nom de Jésus est invoqué, comme cernés par tous ceux qui ont été tendus par l'espérance et la foi vers Celui qui est venu parmi nous. Ils deviennent nos contemporains dans une même "course", dans une même épreuve (au double sens, et en particulier, celui d'épreuve sportive). Cela nous doit être un premier encouragement. Car, dans des conditions plus difficiles que les nôtres, ils n'ont pas "abandonné" (car ils savaient qu'ils n'étaient pas abandonnés).

A notre tour, en ne gardant que le strict minimum de l'équipement du coureur (ou du lutteur qui combattait nu) et en nous débarrassant du découragement qui nous guette sans cesse, nous allons nous joindre à la course et au combat (le terme ici employé, qui rappelle "agonie" désigne une difficile épreuve sportive). On retrouve l'image paulinienne de 1 Corinthiens 9/24-27 (Paul a au moins assisté sinon participé à des Jeux grecs soit Isthmiques, précisément à Corinthe, soit Olympiques, et il semble en avoir gardé un excellent souvenir ; il en fait une sorte "d'école... du christianisme") .

Revenons à Hébreux 12, où l'auteur rappelle donc :

a) qu'il faut être léger, désencombré ;

b) "endurant" (traduction excellente de la TOB) ;

c) ne regarder que vers le but : Jésus-Christ fondateur (plutôt qu'initiateur) de la foi, tout comme il en est le But, l'Achèvement (la plénitude) (v. 2).

Ici l'auteur rappelle que le Christ aurait pu connaître un facile triomphe (v. 2), mais il l'a rejeté, préférant (pour nous, et non pas par masochisme) la mort honteuse de la croix, ce qui lui a valu d'être à la droite du trône de Dieu (c'est-à-dire de représenter et d'être le bras puissant de Dieu). Bien entendu, chacun se souviendra ici de Philippiens 2 (même si, tout comme ce dernier texte, la traduction d'Hébreux 12/1-2 n'est pas de tout repos ; mais l'image est fort claire).

Au v. 3, on reste encore dans l'image du combat qu'a dû livrer le Christ (le "méditez l'exemple" du lectionnaire catholique est peu approprié, car ce n'est pas une copie plus ou moins heureuse qui nous est demandée ici, mais une sorte de retrouvailles perpétuelles du Christ, pas seulement intellectuelles ou morales ; je traduirais, en exagérant à peine : "Retrouvez celui..."). La pensée de l'auteur me semble, en effet, être celle-ci : "Quand notre foi (ou les circonstances) vous fait rencontrer l'hostilité, souvenez-vous que le Christ lui-même l'a rencontrée ; ne vous en étonnez pas, vous entrez alors dans le même combat que celui du Christ... et celui de la nuée des témoins" (Colossiens 1/24).

Alors ne vous laissez pas aller ni décourager, avec, en sous-entendu : "Celui dont vous partagez le combat ne vous laissera pas tomber".

Ces remarques amènent à penser que les membres des Eglises auxquelles l'épître est destinée, commencent à se lasser et à délaisser leurs diverses communautés, soit par simple fatigue soit à cause des tracas divers que leur vaut leur foi.

Et c'est l'avertissement : "Vous n'avez encore eu à vous opposer jusqu'au sang", jusqu'à la mort = jusqu'au martyre (compris aux v. 5 et 7 comme la réprimande paternelle du Seigneur (cf. semaine suivante).

Cette fois encore, il est difficile d'actualiser ce texte, pour nous, chrétiens installés, sommeillants. Oh, il ne s'agit pas de pleurer après le martyre, mais de comprendre que notre privilège contemporain, au lieu de nous enfoncer dans nos siestes, devrait au moins être plus souvent des occasions d'actions de grâce, et d'intercession pour tous les chrétiens persécutés, car il y en a encore.



Luc 12/49-53

? ? ? Nous éprouvons avec ce texte le même embarras qu'avec le précédent. En fait, ce texte ne nous concerne pas, nous les chrétiens chez qui il n'y a plus le... feu (v. 49), même s'il nous reste quelques "bonnes" disputes qui n'ont probablement pas grand chose à voir avec celles du texte (v. 51ss).

Certes, la TOB essaie de nous tirer de notre embarras en évoquant, à propos du feu, "celui qui accompagne le jugement de Dieu dans les tableaux eschatologiques" (suit ici une liste de citations), et elle ajoute "Luc pense probablement au baptême d'Esprit et de feu inauguré à la Pentecôte : Luc 3/16 et Actes 2/3 et 19". Voire ! Voire ! Tout d'abord, même si cela règle le problème des v. 49-50 (mais pas celui de ce dernier verset), cela ne vaut pas pour les versets suivants, qu'il serait bon de lire parfois lors de nos tièdes et molles semaines de l'Unité ; le v. 51 en particulier où Jésus dit bel et bien que c'est la division qu'il est venu apporter ("glaive", dit Matthieu 10/34 ; cf. la note idéalisante autant qu'embarrassée de la TOB à propos de notre texte).

Il y a, bien entendu, la solution de facilité, qui consiste à refuser franchement de prêcher sur ce texte, même si on a pu vivre soi-même une forte opposition à sa foi chrétienne ou, plus particulièrement, à sa vocation pastorale.

Mais on peut aussi, très paradoxalement, étudier les bienfaits de la division. Car il y en a. Je ne suis pas le premier à m'en souvenir ; cf. Paul : l Corinthiens 11/19, même si en Galates 5/20, il la range parmi les oeuvres de la chair, c'est-à-dire de l'orgueil humain (l'orgueil religieux en particulier).

Loin de moi l'envie de revenir aux grands déchirements qui ont pu affliger nos Eglises, il y a encore un demi-siècle, ou seulement deux à trois décennies, mais, même en laissant de côté ici le principal déchirement auquel Jésus pense "Chrétiens-Juifs", je crois qu'à l'intérieur même de l'Eglise, l'absence continuelle de tensions n'est pas souvent bon signe. C'est dans les cimetières qu'il n'y a plus de tensions, plus de disputes, plus de divisions. Et nos semaines de l'Unité languissent trop souvent vers l'Eglise-cimetière.

Il ne s'agit pas de susciter des tensions pour le seul plaisir de nous disputer enfin ; il s'agit :

a) de ne pas en avoir peur, ce qui d'ailleurs les démystifiera et nous permettra paradoxalement de les aborder mieux, en tout cas plus clairement ;

b) de les affronter quand elles existent et de ne pas chercher le compromis à tout prix (idem dans un ménage) qui serait au détriment de la vie de nos Eglises. Même si les motions de synthèse ne sont pas toujours le fruit des compromis, mais de meilleure compréhension réciproque ;

c) de ne pas en avoir honte, en particulier de celles qui sont derrière nous. N'accablons pas trop vite ceux qui nous ont précédés. Il y a une manière d'accuser nos Pères en la foi qui me semble non seulement misérable, mais une manière un peu trop rapide de nous justifier à bon compte. Par exemple, même si nous n'avons pas à "justifier" Luther (paradoxe qu'il ne doit guère apprécier) de la cassure du XVIè siècle, nous n'avons pas plus à en parler comme si c'était l'opprobre majeur ; la Réformation doit rester une FETE ;

d) d'essayer de tirer le maximum d'enseignements positifs de ces "divisions". L'uniformité, assoupissante par définition, a tendance à recroqueviller et en conséquence à appauvrir. Les différences, on le répète mais sans en tenir compte vraiment, même apparemment irréductibles, peuvent être enrichissantes. On oublie trop que l'Ecriture elle-même regorge de ces différences, sinon de ces oppositions, que les exégètes eux-mêmes ont trop souvent tendance à étouffer ;

e) de comprendre que le Christ nous rendant tous majeurs, accentue, par là-même, nos personnalités et en conséquence nos différences. L'Eglise ne peut être un troupeau indistinct de béni-oui-oui, bêlant à l'unisson. Le glaive (cf. Matthieu) de la parole tranche parfois dans le vif. Il faut nous en souvenir et non en gémir comme trop souvent. Jésus n'a pas besoin de luthériens dégénérés, de calvinistes décolorés, de catholiques abâtardis, qui sont tous, en ce cas, des chrétiens avilis et avachis.

Aussi, je vous invite, non aux stupides guerres de religion verbales, mais aux convictions ancrées et fortes et viriles et brûlantes. Mettons fin à "l’Eglise-des-nouilles !".

Ajoutons encore qu'il nous arrive, à nous tous aussi, de connaître des moments de division intérieure, d'éclatement, avant que la foi au Christ nous réconcilie avec nous-même, pour un nouveau départ. Le "moi" ne retrouve son unité que dans l'acceptation paisible de ses déchirures.




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