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Jérémie 38 David Mitrani
Châteauneuf - Jarnac - 29 septembre 1996
"Vous dites: la voie du Seigneur n'est pas normale." C'était le verset phare d'un autre texte, d'un autre prophète, Ezéchiel, qui était proposé pour aujourd'hui dans notre liste habituelle (Ez. 18 / 25). Mais j'ai préféré prendre ce chapitre de Jérémie, texte des deux prochains jours de la même liste, comme une illustration frappante que la voie du Seigneur n'est pas normale à nos yeux. Oui, notre Dieu marche et nous fait marcher sur des chemins que nous, nous n'envisageons pas. Ce n'est pas tant que "ses voies sont impénétrables", comme on dit, mais plutôt qu'elles ne nous sont pas coutumières. Dieu, notre Dieu, reste un Dieu inattendu, un Dieu surprenant, un Dieu déroutant au vrai sens du terme: non seulement ses routes ne sont pas les nôtres, mais il arrive même parfois à nous faire sortir de nos routes pour emprunter les siennes! N'est-ce pas là d'ailleurs le but de la prophétie, le but de toute la Parole biblique? Nous dérouter. Nous faire quitter nos routes habituelles pour en prendre d'autres. Naturellement, nous résistons. Dans le fond de la nature humaine, dans le fond de chacun de nous donc, il y a une attente à l'égard de Dieu, à l'égard de ce qui nous transcende infiniment. C'est que Dieu fasse pour nous ce que nous n'arrivons pas à faire. C'est que Dieu nous fasse devenir ce que nous voudrions bien être. Oh! ce n'est pas par flemme que nous voyons les choses ainsi… C'est que nous savons bien ce dont nous sommes capables, mais nous ne renonçons pas pour autant à nos rêves, ni à ce que nous croyons être nos besoins. Ainsi, lorsque nous souffrons, lorsque nous sommes agressés d'une manière ou d'une autre, de l'intérieur de nous-mêmes ou bien de l'extérieur, au physique ou bien au moral, comme individu ou dans notre être social, bref: dans tous les cas, nous sollicitons de Dieu qu'il règle lui-même le problème, quand nous pensons ne pas en être capables; ou alors, quand nous croyons en nos chances d'y arriver, tout au plus lui demandons-nous de nous y accompagner et de veiller sur notre propre combat. Il est rare, oui, bien rare, que nous nous adressions à Dieu pour savoir quelle est la route qu'il a choisie, lui, dans telle circonstance. C'est exactement cela que nous avons sous les yeux, ou dans les oreilles, quand nous regardons ce qui se passe dans notre chapitre de Jérémie. Dieu parle, au moyen de son prophète. Dieu parle, et la route qu'il propose est insupportable aux ministres du roi de Jérusalem. D'ailleurs, si vous étudiez cette histoire même avec des enfants de l'école biblique, ils vous diront eux aussi que cette proposition est insupportable: Dieu leur demande d'être des lâches et des collaborateurs de l'occupant! Qui d'entre nous, en pareil cas, voudrait entendre cette parole de soumission? Dieu ne peut dire qu'une parole de résistance, n'est-ce pas? La voie du Seigneur n'est pas normale… Non, ce n'est pas possible. C'est donc que le prophète est un faux prophète, c'est donc que c'est un traître, qu'il faut empêcher de parler… Ce peuple qui prétend avoir soif de la Parole de Dieu se contente de boire de la boue: il a mêlé l'eau pure de la Parole avec le terreau de sa propre histoire, de ses propres intérêts, de sa propre nature. Quand nous refusons de recevoir la Parole de Dieu comme venant de lui, nous sommes nous aussi des buveurs de boue, des gens qui préférons notre propre déchéance à la promesse d'un salut où il nous faudrait abdiquer notre orgueil. Car c'est là le point central de la prophétie de Jérémie, de tout son livre. Le peuple croyant a remplacé la fidélité à la Parole de Dieu par la fidélité à sa propre parole. Il s'est fixé, comme tout peuple doit le faire, une ligne de conduite, en fonction des idées humaines sur la grandeur, l'indépendance. Il attend de Dieu qu'il colle avec cette ligne de conduite, qu'il bénisse la politique de l'Etat. Quand les prophètes de Dieu soutiennent cette vision de la grandeur du peuple, alors ils sont encensés eux-mêmes, ils sont populaires et récompensés. Mais quand Dieu a d'autres idées, quand ses prophètes se révoltent contre cet Etat qui prétend dire le vrai, ils sont vilipendés, hués, révoqués, voire tués. Il faut bien voir, mes amis, que nous, nous faisons la même chose. Certes, il n'y a plus d'Etat chrétien en France. Quoiqu'on pourrait en débattre, mais pas ce matin, s'il vous plaît!… Certes, il n'y a plus de prophètes, puisque maintenant, et dès Jérémie d'ailleurs, la Parole de Dieu a été mise par écrit de manière normative et définitive: c'est notre Bible. Certes enfin, nous ne sommes pas dans un pays, nous ne sommes pas parmi des gens, qui brûlent la Bible afin qu'elle se taise! Mais lorsque Dieu, à travers ces pages, s'adresse à nous dans ce que nous vivons d'important, nous réagissons, individuellement ou ensemble, comme les ministres de Sédécias, ou bien comme Sédécias lui-même. Nous réagissons souvent, oui, comme les ministres en question. Nous mettons en première ligne nos idées sur la grandeur, c'est-à-dire la richesse, la santé, la réussite sociale ou familiale, l'engagement humanitaire ou caritatif. Quelle que soit notre idéologie, notre culture, notre histoire, que nous soyons de gauche ou de droite ou d'ailleurs, nous définissons ce qu'il nous faut, et ce qu'il faut aux autres. Et nous attendons de Dieu qu'il s'y conforme, qu'il ait les mêmes combats que nous, avec nous. Et puis, Dieu, lui, en a parfois d'autres. Selon lui, il nous faut parfois accepter la souffrance, le deuil, la déchirure. Selon lui, il nous faut parfois abdiquer tout espoir, mais c'est pour retrouver cet espoir à un autre endroit. Selon lui, il nous faut même parfois renoncer à tout ce que nous croyons être la vie, mais c'est pour la recevoir pleinement, quoiqu'autrement. Mais nous, nous ne voyons pas si loin que lui, alors nous refusons, nous rejetons le sacrifice qu'il nous demande… enfin, ce que nous croyons être un sacrifice. Nous ne voulons pas entendre même le début de son projet à notre égard. Nous nous battrons sans lui, si lui ne veut pas se battre! Ou plutôt, nous ne croyons pas que ce soit lui qui dise ces choses. Nous "baptiserons" donc nos propres combats. Alors, c'est pire! Nous nous battons, dans nos combats de tous les jours, nous nous battons en pensant que Dieu nous soutient. Et puis, un jour, "c'est ainsi que Jérusalem fut prise"… Nous coulons dans la défaite, devant la maladie, devant l'échec, devant la mort, nous coulons, avec, en plus, le sentiment de l'injustice de Dieu, un Dieu qui nous aurait laissé tomber. Mais c'est seulement ce que nous nous imaginions sur Dieu qui nous a abandonné! Ah! Si nous l'avions écouté, pas ce que nous aimons entendre, mais ce qu'il essayait vainement de nous dire… Parfois aussi nous l'écoutons, comme Sédécias, avide de connaître la Parole qu'il ne va pas suivre, qu'il ne va pas mettre en pratique, par manque de courage politique, par je ne sais pas quoi qui lui fait défaut. Nous savons bien où Dieu veut nous emmener, et pourquoi, et comment. Nous sentons bien que c'est là le meilleur pour nous, mais… que vont dire les autres? Surtout, surtout, que les autres ne sachent pas qu'on a voulu écouter Dieu! Piètre monarque que ce Sédécias qui se laisse manipuler par tout le monde, mais qui ne veut pas suivre librement la voie du Seigneur! Mais nous sommes nous-mêmes parfois de pauvres monarques de nos propres vies. Car rois et reines, nous le sommes, libres seigneurs du monde dès lors que nous vivons de la libre Parole de l'unique Seigneur. Mais petits barons d'opérette ballottés à tous les vents de nos désirs et de nos peurs, quand nous ne voyons plus dans la Parole de notre Dieu que l'annonce de notre prochaine défaite. "Et c'est ainsi que Jérusalem fut prise"… sans surprise. Fatalité, destin, disent les ignorants. Malédiction, disent les méchants. Bêtise, dit le prophète. Prophète? Il n'était pas prophète d'annoncer la conséquence des actes des dirigeants de Juda, il était seulement clairvoyant politiquement. S'il était prophète, c'est parce qu'il portait une parole ne venant pas de lui, et qui disait le vrai, le bon, l'utile, qui disait, et qui dit toujours, la promesse de la vie au travers même des échecs, des souffrances et de la mort. Ne soyez pas Sédécias, ne soyez pas ses ministres, écoutez et recevez la Parole de Dieu. Elle vous dit votre victoire par-delà tout le reste. Elle vous dit la victoire de Dieu pour vous, par des chemins que vous ne pouvez pas imaginer, par des chemins qui vous choquent, par des chemins sur lesquels seul le Seigneur de gloire peut marcher pour vous. Elle veut dit la victoire de Dieu et la vôtre au bout du chemin de l'abaissement, du renoncement à toute forme de puissance. Elle vous dit le Christ, elle vous dit la vie. Amen. Autres textes de la même catégorie
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