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Jérémie 33 v 6b-9a (Werner Jurgensen)



Dimanche 1er juillet 2001

Werner JURGENSEN, pasteur de l’Eglise de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine et président du Conseil Permanent Luthero-Réformé.

Jérémie 33, 6b-9a

Se restaurer, c’est retrouver de la fraîcheur et des forces. Restaurer une œuvre d’art, c’est lui redonner l’éclat qu’elle avait perdu. Mais, en politique, ou en Eglise, quand on parle de restaurer et de rétablir, il est bon de se méfier parfois. Est-ce la nostalgie qui parle ? L’impossible rêve d’un retour aux origines réputées intactes et bonnes ? Ou est-ce la récupération d’un rapport de forces antérieur, que l’histoire avait bouleversé pour un temps ? On sait bien que le cours de la vie ne peut pas être remonté. Mais cela signifie aussi que l’histoire de l’humanité, et donc aussi du peuple de Dieu, ne permettent jamais de “ retour à la case départ ”.

C’est pourquoi, en annonçant une nouvelle étape imminente dans la vie du peuple en exil, la première action annoncée n’est pas celle de restaurer, ni de rétablir, mais de guérir et de dévoiler.

Guérir, c’est arrêter les méfaits d’une maladie et en écarter ou rendre inoffensive la cause. Guérir n’est pas revenir en arrière, mais trouver ou faire trouver un nouvel état de santé permettant de continuer la vie, d’espérer et de se réjouir à nouveau là où s’était installée la souffrance et fermé l’horizon. Et puis dévoiler, c’est rendre manifeste, visible, ce qui était caché, ce qu’on n’était plus capable de reconnaître. C’est enlever le voile qui occultait une réalité ou qui en obscurcissait le discernement.
Voilà ce que Dieu annonce par la bouche du prophète Jérémie à un peuple de Juda et d’Israël dans une période extrêmement difficile de sa vie. Mais de quoi fallait-il être guéri ? Que fallait-il discerner ? En quoi consisterait la guérison ? Et quel rapport avec notre Accord de Reuilly ?

Cette maladie n’était pas de celles que l’on fréquente à l’hôpital. Elle était de celles qui rongent la société humaine et notamment le peuple de Dieu. Elle s’appelait : méchanceté et injustice humaines. Et elle était dénoncée par le prophète comme infidélité à la fois religieuse et éthique au Dieu de l’Alliance. Elle s’appelait aussi : ruine, exil, déroute et désespoir. Et elle était interprétée par le prophète comme fruit de la précédente.
Sa guérison consisterait, pour chacun, à retrouver son lieu, à reconstruire ce qui était ruines. Mais surtout, la guérison allait se réaliser en une nouvelle manière d’être ensemble et une nouvelle fidélité au Dieu de l’Alliance.

Alors, l’Accord de Reuilly ? L’Accord de Reuilly ne prend pas place, certes, dans un contexte aussi dramatique que celui de la prophétie de Jérémie au 6ème siècle avant Jésus-Christ. Aujourd’hui, les Eglises chrétiennes ne sont, du moins en Europe, guère sujettes à la violence ni contraintes à l’exil.



Mais elles connaissent, en tous cas nos Eglises impliquées dans l’Accord de Reuilly, une autre forme de désarroi. Et je cite un passage de l’Accord de Reuilly : “ une certaine marginalisation dans une Europe pluraliste et en rapide changement, et qui ne trouve plus son sens dans des références majoritairement chrétiennes ”. Cette perte de rayonnement et de substance est en bonne partie le fruit d’infidélités multiples et complexes, au cours de notre histoire et dans le présent. Mais il ne s’agit pas maintenant de déployer des stratégies et des moyens pour reconquérir de l’influence et redevenir une référence obligée.

La restauration annoncée par le prophète se reçoit et se dévoile. C’est une fait marquant dans cette prophétie : le sujet agissant de cette restauration-guérison est Dieu lui-même. Le discours de Jérémie n’est pas d’abord un encouragement à s’activer. Il les encourage ailleurs dans ce sens, mais ici il annonce un travail de Dieu en faveur de son peuple, qui commence par le rétablissement pour aboutir au pardon. La paix qui est annoncée n’est pas celle qui se négocie âprement et interminablement entre parties rivales campées sur leur méfiance et leurs conditions préalables. C’est la paix que Dieu donne par un regard nouveau, regard d’espérance, sur le présent, et par une approche nouvelle, approche fraternelle, des uns à l’égard des autres.

Le don de Dieu, nous en avons fait l’expérience au cours de ce dialogue avec nos partenaires anglicans. En réfléchissant à nos relations et, en faisant comme un bilan, nous avons réalisé ceci : alors que nous étions globalement, sauf quelques exceptions remarquables, plutôt éloignés les uns des autres, dans une relative ignorance mutuelle, nous avions constaté que, depuis l’époque de la réforme du 16ème siècle jusqu’à nos jours, nos relations avaient été, malgré cela, multiples et, à certaines époques, décisives, et qu’elles étaient simplement un peu tombées dans l’oubli. Nous avons constaté aussi qu’au niveau européen et mondial, des dialogues entre nos familles confessionnelles ont conduit à des accords plus ou moins avancés et fondamentaux, dont notre travail allait bénéficier directement. Le mouvement œcuménique dans son ensemble avait préparé notre terrain, et nous l’éprouvions comme un don de Dieu.

Mais alors, pourquoi se donner de la peine ? Ne suffit-il pas simplement de s’asseoir et d’attendre que cela se fasse ? certainement pas ! Notre travail et ce fut un sujet intensément débattu entre nous, notre travail d’Eglises et de chrétiens, c’est de rendre ce don de Dieu en Christ manifeste. C’est de rendre cette unité donnée visible. L’unité nous est donnée, il n’y a rien à y ajouter. Il y a seulement à la rendre de plus en plus visible. Voilà notre prise de conscience, notre travail et notre engagement dans l’Accord de Reuilly.

Cette visibilité cependant n’est pas destinée à nous montrer pour rappeler au monde que nous existons. Elle est destinée à manifester la présence et l’œuvre du Dieu de paix, d’amour et de justice en notre humanité, en dépit de tout ce qui tend à la démentir.
Cette visibilité est destinée à rendre perceptible la présence agissante de Dieu, à rendre perceptible aussi l’unité qui nous est donnée. Une conviction s’est fait jour à cet égard dans notre parcours et je cite un paragraphe de l’Accord de Reuilly : “ Afin d’être vraiment elle-même et d’accomplir sa mission, l’Eglise doit être une et perçue comme telle ”. Car l’Eglise n’est pas là pour elle-même. Comme dans l’Ecriture le peuple de Dieu n’est pas là pour lui-même. Il est là pour les autres, pour que tous reçoivent en définitive la bénédiction que Dieu commence par donner à un homme, Abraham, puis à un peuple, Israël.

Cette pensée en faveur de “ toutes les nations de la terre ” suscite d’ailleurs les accents les plus rayonnants de la prophétie de Jérémie : la guérison du peuple de Dieu “ sera pour Dieu un joyeux renom, un titre de gloire et une parure auprès de toutes les nations de la terre. ” Dieu est aussi le Dieu des autres. Il ne se laisse pas enfermer dans une relation exclusive avec un peuple ou avec l’Eglise, fut-elle universelle. Les bienfaits dont il veut bénir son peuple et son Eglise, sont appelés à rejaillir sur tous les peuples, et sur chacune et chacun des habitants de la terre en définitive. Dieu veut destiner à tous son amour, sa justice et sa paix. Et il nous confie la tâche de rendre cela visible.

L’Accord de Reuilly en est aujourd’hui certainement une petite contribution. A ce titre, je m’en réjouis, et j’espère qu’il nous mettra en marche ensemble, de mieux en mieux et un peu partout.
Amen.


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