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Jérémie 33 v 12 - 17 (Jean-Pierre Gardelle)



Dimanche 30 novembre 2003
Pasteur Jean-Pierre Gardelle, Poitiers (86)

Textes : Jérémie 33, v 12 à 17 1 Thessaloniciens 3, v 12 & 13 Luc 21, v 25 à 38

1er dimanche de l'Avent

Notes bibliques
Jérémie.

Jérémie a vécu au temps d’un immense changement pour le peuple de la Bible : c’est la fin de la période royale, la destruction de Jérusalem approche, et avec lui l’Exil à Babylone. On situe son appel vers 627-626 av JC, 13e année de Josias, donc pendant la réforme deutéronomiste (certains se demandent s’il ne faut pas situer l’événement plus tard, vers la 23e année de Josias). Et c’est en 587-586 que Jérusalem sera détruite et sa population déportée en Babylonie. C’est la fin du royaume de Juda, c’est la fin de la période royale inaugurée par l’onction de Saül comme roi d’Israël, mais surtout de David.
Jérémie est appelé à exercer le ministère de prophète dans un contexte menaçant, l’empire babylonien surgit de manière fulgurante comme une nouvelle puissance très dangereuse. Les futurs conquérants de Jérusalem prennent Ninive en 612, puis Karkemish en 605 … Assyriens et Égyptiens tombent sous les coups de Babylone. Qu’en sera-t-il du petit Israël ? Jérémie est catégorique : alerte, voici l’ennemi ! (6, 22-26). Le pays d’Israël sera détruit.
La royauté sera humiliée. Le temple sera balayé. Le peuple sera déporté.
Et pourtant…
Ce chapitre rassemble des paroles d’espérances, prononcées peut être avant même la chute de Jérusalem, en 587 av J.C.
L’ensemble des chap. 30-33 forme le « livre de l’espérance », recueil d’oracles sur le salut final d’Israël. Dieu est père, la nouvelle alliance sera gravée au fond des cœurs. Promesse dans la tourmente (Jérémie rachète un champ pour signifier l’espérance, alors même que tout ce que l’on possède va bientôt être détruit, au chap. 32)

Quelques indications sur le texte.

Après un constat, « ce lieu réduit en ruines » du v 12, la promesse : il y aura des bergers et des troupeaux, v 12-13.
Mais surtout, les v 14-17 (le v 18 est écarté de la liste, pourquoi ? Est-il si difficile à comprendre ?) rappellent la promesse faite par Dieu d’assurer la descendance de David (2 Sam 7, 12-17). Malgré les apparences, malgré les multiples appels des prophètes, malgré l’endurcissement du peuple de l’Alliance, malgré les apparences, Dieu reste fidèle à sa promesse. Quelque chose de nouveau surgira, la fin de la dynastie de David n’est pas à l’ordre du jour. « David aura toujours un successeur ».

« Je ferais germer pour David un germe de justice » (v 15). L’image du rejet (rejeton, germe, descendance), est une image fréquente dans le discours des prophètes. Le même mot est utilisé par ex dans Es 61,11 : « En effet, comme la terre fait sortir son germe, et comme un jardin fait germer ses semences, ainsi le Seigneur DIEU fera germer la justice et la louange devant toutes les nations. » (les citations sont faites dans la traduction Nouvelle Bible Second) Remarquons la proximité des thèmes du germe et de la justice comme dans notre texte. Consulter aussi Ez 17,10 ; Zac 3,8 ; Jer 23,5 « Les jours viennent – déclaration du SEIGNEUR – où je susciterai à David un germe juste ; il régnera en roi et prospérera, il agira dans le pays selon l'équité et la justice. »
Le mot (Germe, rejet selon les traductions) peu a peu désigne le messie. Messianisme politique, le roi issu de David rétablira Israël, et aussi spirituel, il rétablira la justice : il ne s’agit pas seulement de la justice sociale, judiciaire, mais aussi (surtout ?) de la justice devant Dieu, dont la justice sociale découle comme un fruit. Ainsi que la sécurité : « Jérusalem demeurera en sécurité ». Ce double aspect du messianisme, politique et spirituel, est toujours plus ou moins mêlé, jusque dans l’espérance que certains mettaient en Jésus de son temps.

(Note qui peut servir de piste pour une prédication : Est-ce si différent aujourd’hui ? Certains discours politiques récents mêlent allégrement encore les deux plans : l’avènement d’un régime différent entraînera la justice et le bonheur pour tous. S’il faut être vigilant sur le mélange des genres, il faut pourtant bien que s’exprime dans le concret, dans la vie sociale et donc dans une élaboration politique, la recherche de la justice ! Redoutable question, qu’il est plus simple de traiter en étudiant l’histoire ancienne, tant l’écheveau semble difficile à démêler aujourd’hui. Faut-il pour autant y renoncer ?)

L’oracle a pour objectif la promesse du droit et de la justice. Il ne s’agit pas de promettre simplement le retour des jours d’avant la catastrophe. Car s’il y a catastrophe, c’est que justement la justice et l’équité manquaient. L’oracle parle d’une transformation : « je ferais germer pour David un germe de justice »
La catastrophe sera l’occasion d’un renouvellement, d’un changement. Cela ne veut pas dire que la catastrophe est bonne, bien sûr, mais elle est le fruit d’une situation qui la portait en germe déjà, parce que les prophètes n’ont pas été écoutés. Ils n’ont pas été écoutés quand ils appelaient à une conversion, à un changement en vue de plus de justice et d’équité, au contraire, l’injustice a régné (Jer 5, 23-29 par ex « ils ne rendent pas la justice », « ce peuple a le cœur indocile et rebelle »)

Quelques indications sur le thème de la justice dans l’A.T.

« Bien souvent la Bible dénonce l’injustice de la société (par la bouche des prophètes par exemple) et celle, grande ou petite, des individus. Est injuste, non seulement celui qui transgresse la loi, mais plus profondément celui qui n’a ni miséricorde, ni compassion, qui se croit riche et juste par lui-même. Seul est juste celui qui refuse de juger et qui ne se reconnaît pas juste devant Dieu, mais qui vit de la grâce, ce qui est la seule juste relation avec Dieu. » (Fiche O.Pigeaud (éditée par la CGE) sur la justice)
La justice désigne souvent la justice dans les relations humaines au sein d’une société, et cette justice, trop souvent bafouée, est dénoncée très violemment par les prophètes : Amos 5,7 ; 6,12 ; Jer 22, 13ss par ex).
Elle désigne aussi la fidélité à l’Alliance, concrétisée dans la fidélité à la Loi : il faut en observer tous les préceptes, et le juste est alors celui qui est irréprochable au regard de cette loi. Le juste obtiendra alors prospérité, considération. Mais la question vient, redoutable : qui accompli la loi ? Qui en est capable ? Personne. Il faut donc espérer en la miséricorde de Dieu, qui accordera à l’humble sa miséricorde, au repentant son pardon (Ps 51).
La justice de Dieu devient alors le salut par lequel il nous délivre de nos esclavages, de nos fautes, pour nous rétablir dans le dialogue avec lui, dans une relation juste devant Dieu. Parce que Dieu est fidèle à son alliance, nous pouvons mettre notre espoir en cette justice reçue comme un don, qui nous relève et nous envoie. Ce beau texte de Es 11,1ss, que l’on peut mettre en regard de notre texte de Jérémie, promet qu’ « un rameau sortira du tronc de Jessé, un rejeton de ses racines sera fécond…. La justice sera la ceinture de ses reins ».
Rom 1,17, "Le juste vivra par la foi" : La justice dont il est question dans ce verset ne désigne pas une manière d'être juste "en soi", mais devant Dieu. D'autre part cette justice est reçue passivement par l'être humain, par grâce et à travers la foi, s'opposant ainsi à la justice que les humains se constituent par leurs œuvres. (M Lienhard, Un temps une vie, un message: Martin Luther, Paris/Genève, Cerf/Labor et Fides, 1983, p 384ss)

Prédication


Proposition de prédication. Ne désespérez pas !

1.
Les changements auxquels notre société est confrontée sont impressionnants. Interrogez une personne de 80-90 ans… il est probable que bien peu de générations ont vécu en si peu de temps de telles mutations, et celles-ci ne sont pas finies.
Pour prendre un seul exemple… sans remonter bien loin : beaucoup parmi ceux qui ont 70 ans aujourd’hui ont habité des maisons dans lesquelles il n’y avait pas d’eau courante. Communications, transports, confort, tout cela a été considérablement transformé au cours des dernières décennies.

Le monde est aujourd’hui beaucoup moins grand qu’hier ! Le « Tour du monde en 80 jours », qui était déjà un exploit au moment où Jules Verne l’a écrit, semble aujourd’hui bien loin ! Pour beaucoup, tout cela est synonyme de progrès, de confort, de vie plus agréable avec plus de loisirs, et de loisirs diversifiés, enrichissants.

Pour d’autres, et souvent les plus faibles, le monde moderne n’est pas facile. Car c’est un monde cruel aussi, mais dont la cruauté est cachée. Dans les belles galeries commerciales aux portes automatiques, des vigiles empêchent les plus pauvres d’entrer. Ils feraient tache sur ces beaux dallages de marbre, à essayer de grappiller quelques sous et un peu de la chaleur si généreusement offerte à ceux qui sont là pour acheter.
Il y a aussi ceux qui n’ont pas pu suivre la route des révolutions de la communication, ceux que la solitude écrase, qui n’ont personne à qui parler, même plus de famille parfois. Et que la chaleur étouffe, comme nous l’avons douloureusement vécu l’été dernier.
Il y a ceux qui ne savent pas qu’il faut se battre pour obtenir les allocations auxquelles les textes de loi leur donne pourtant droit. Ils ne savent pas, ils n’osent pas insister auprès du responsable du dossier, qui leur dit « vous n’y avez pas droit ».
Où est notre justice ? Où donc est-elle, cette justice que nous réclamons pour nous-mêmes ?

N’y a-t-il pas, au milieu de nous, des vies en décombres ? Des existences en ruine ? Les signes sont différents, mais ce sont des signes évidents pourtant : dépression, suicide parfois, lassitudes et découragements qui semblent écraser bien des personnes autour de nous. Nous-mêmes parfois, nous avons envie de baisser les bras.

2.
Jésus a dû ressentir ce sentiment, a sûrement eu envie de baisser les bras.
Il est en butte souvent à l’incompréhension, parfois même à la haine quand il guérit, enseigne, parce qu’il dérange l’ordre établi, parce que ses gestes, ses paroles sont ressentis comme autant d’accusations par ceux qui l’entourent.
Il est en butte à l’incompréhension des disciples aussi, qui recherchent celui qui les fera gagner, par exemple en boutant l’ennemi romain hors des frontières d’Israël, lui qui est descendant de David. Ne rétablira-t-il pas, selon la promesse même du Seigneur, « le trône de la maison d’Israël » (Jer 33,17) ?
Ce jeune homme riche, si riche de sa justice, Jésus l’a vu repartir sans avoir trouvé la justice de Dieu, la seule qui lui aurait donné la vie ! Et au nom de leur justice, les hautes autorités religieuses et politiques de l’époque vont le mettre à mort. Ils n’ont pas su voir en lui l’occasion de rencontrer la vérité et la justice en même temps que la compassion et la miséricorde.
Lui qui pourtant était ce messie attendu, selon la promesse, selon cette parole qu’a dite Jérémie au nom du Seigneur : « je ferai germer pour David un germe de justice, il agira dans le pays selon l’équité et la justice ».
Il est le signe de la fidélité de Dieu à son alliance. Il est notre justice, le seul juste derrière lequel nous abriter pour nous présenter à Dieu. Lui seul peut nous revêtir de sa justice comme d’un vêtement nouveau, un vêtement de fête, un vêtement de noce.

3.
Nous sommes incapables de justice, nous sommes bien loin d’être fidèles à l’Alliance.
Mais Dieu reste fidèle à sa promesse.
L’Alliance est le fruit de l’amour de Dieu qui s’attache à des hommes, les appelle, les conduit.
Et l’Alliance de Dieu demeure, même si les hommes ne respectent pas le lien créé par l’Alliance. Car parler de l’Alliance de Dieu avec les hommes, c’est insister sur sa durée, sa fidélité, et sa gratuité.
D’où le message d’espoir et de salut porté par les prophètes. Jer 31, par ex, mais aussi le texte que nous avons lu tout à l’heure. Oui, au milieu des ruines, un chantier nouveau émerge : notre reconstruction. Et tout autour, des chantiers se mettent en place, des libérations sont en cours.
Non, ce ne sont pas les méchants qui auront la victoire. Ne désespérons pas, ne baissons pas les bras. La misère du monde est trop lourde pour nous ? Oui, certes. Mais Dieu ne nous demande pas de la porter.
Il nous demande simplement de porter la joie qu’il nous donne à notre voisin, à notre prochain.
Il envoie notre prochain vers nous pour nous soutenir, nous encourager.
Il est là, selon sa promesse.
Et il vient, car il y a tant et tant à faire encore.
Nos mains, nos sourires en seront le signe, la promesse, l’encouragement.
Il vient. « Et voici comment on l’appellera : le SEIGNEUR est notre justice » (Jer 33,16)











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