|
Liturgies
Notes bibliques ou théologiques
Prédications
Cantiques
|
Accueil |
Envoyer à un ami |
Version imprimable |
Augmenter la taille du texte |
Diminuer la taille du texte
Jérémie 17 v 5-8 (Hervé GANTZ)
Texte : Jérémie 17/5-8
Genre : Prédication Auteur : Hervé GANTZ Source : Prédication. Bible et Liturgie (ERF Cévennes-Languedoc-Roussillon), 15.02.1998. «Béni soit l'homme qui se confie en l'Eternel et dont l'Eternel est l'assurance. Il est comme un arbre planté près des eaux ». Le prophète Jérémie nous propose une image toute simple, une image de la vie. Tout arbre qui peut plonger ses racines dans l'eau est assuré d'avoir une vie belle et une croissance harmonieuse. Par contre, s'il se coupe de cette eau, il risque de se dessécher bien vite, dépendant alors des hasards d'une pluie providentielle. Une autre image de la vie, bien connue de tous, nous le dit d'une autre manière : Jésus est le cep et nous sommes les sarments. Si les sarments sont privés de la sève que leur donne le cep, ils ne peuvent porter du fruit ; ils ne peuvent que se dessécher. Ainsi, il nous appartient de choisir d'ancrer nos racines dans l'eau vive, de choisir d'être nourris par la sève du cep ou d'en être coupé et de subir une baisse de vitalité. Notre identité de chrétiens, notre identité de fils et de filles de Dieu signifiée par notre baptême ne nous rend pas par nature différents des autres. Comme le commun des mortels, nous sommes enclins aux mêmes caprices, à la même quête de reconnaissance et d'amour. Un économiste du début du siècle a pu déterminer une pyramide des besoins humains : chaque étage de la pyramide représente les besoins, par ordre décroissant d'importance. Pour cet économiste, les besoins primaires sont la nourriture et le logement, les besoins secondaires, donc non essentiels, la recherche d'appartenance à un groupe et le besoin de reconnaissance. Mais, à la fin du XX° siècle, cette conception a été remise en cause. Les économistes actuels estiment qu'il faut inverser la pyramide et que, pour l'homme, le premier besoin vital est d'être reconnu, d'être aimé. Qui va pouvoir répondre à ce besoin vital d'être aimé, qui va nous abreuver ? • Nous pouvons nous tourner vers d'autres religions, comme beaucoup de nos contemporains. Dans le cadre du dialogue inter-religieux, il est possible de faire le pari que les religions qui prêchent l'amour louent le même Dieu que le nôtre, même s'il ne porte pas le même nom. Mais aucune autre religion ne nous propose ce qui est le cœur de l'Evangile : un Dieu qui prend le risque de se faire homme, qui prend le risque de se faire aimer, qui prend le risque de mourir, qui prend le risque de pardonner, qui prend le risque d'aimer. • Pour combler ce besoin vital d'être aimé, nous pouvons nous tourner vers d'autres dieux qui se nomment Pouvoir, Etat, Entreprise, Parti, Dieu, Politique, Syndicat, Association. Mais ces dieux se révèlent être toujours bien décevants. • Pour combler ce besoin vital d'être aimé, nous pouvons nous recentrer sur nous-mêmes et faire de nous notre propre dieu ou, par association, faire de notre conjoint, de notre famille, de notre clan, notre propre dieu. Mais l'histoire nous apprend que ce genre de quête aboutit presque toujours à la déception ou à l'extrémisme. • Comme nous y exhorte le prophète Jérémie, nous pouvons placer notre confiance en l'Eternel. Suivant le choix que nous ferons, notre vie n'aura pas la même orientation. Dans le récit des béatitudes que nous avons lu, l'évangéliste Luc nous formule cela de manière un peu brutale en disant que nous recevrons bénédictions ou malédictions. Mais est-ce si étonnant ? Les dictons populaires ne nous disent-ils pas la même chose : « Qui sème le vent récolte la tempête » ? Nous récoltons les conséquences de nos actes. Si Dieu a fait de nous des hommes et des femmes libres, il est bien normal que nous soyons responsables de nos actes. Responsables à court terme pour ce qui est de la vie courante, et responsables à long terme de nos choix pour les générations futures. L'évangile de Matthieu semble moins radical dans sa présentation des béatitudes. Là, les "bienheureux" s'enchaînent, ouvrant la porte grande du royaume de Dieu à tous : chacun pouvant se reconnaître dans un des bienheureux décrit par Jésus. Pourtant, dans le texte de Matthieu, suit immédiatement une exhortation éthique : « Je ne suis pas venu abolir la Loi, dit Jésus, mais l'accomplir » et suit toute une série d'exhortations. Comme l'évangéliste Matthieu, l'évangéliste Luc nous exhorte à la même dimension éthique de notre existence : * Malheur à vous, qui êtes rassasiés et qui ne vous occupez pas de ceux qui ont faim. * Malheur à vous, qui êtes dans la joie et qui ne vous laissez pas émouvoir par ceux qui pleurent et qui sont dans le deuil. * Malheur à vous, qui êtes riches et qui faites de votre richesse un sujet de gloire et de supériorité. Oui, les deux évangélistes, au-delà de l'entrée en matière que constituent les béatitudes, se rejoignent pour nous présenter la première grande prédication de Jésus, plus connue sous le nom du "sermon sur la montagne", comme une exhortation éthique individuelle et communautaire : Je ne peux pas réussir ma vie sans l'autre. La montagne, pour rester dans les images de la vie et de la nature, peut nous aider à le comprendre. Est-ce que cela vaut la peine qu'une expédition réussisse un sommet de huit mille mètres si des porteurs ou des membres de l'expédition doivent en payer le prix, de leur vie ou d'une partie de leur corps, doigts ou pieds gelés ? La fin justifie-t-elle les moyens ? Tout dépend si tous sont d'accord sur cette fin et si cette fin ne profite pas seulement à une partie de la communauté ou de la majorité. Alors il est possible de comprendre que des alpinistes prennent ensemble le risque de gravir une montagne au péril de leur vie ; ils ont décidé ensemble de prendre ce risque et c'est la décision de chacun. Il n'en est pas de même dans une société qui déciderait que ce même sommet de 8 000 mètres doit être vaincu pour la gloire, pour réaliser des expériences scientifiques, en obligeant par la force des sherpas à mourir. C'est la même philosophie qui a conduit les pharaons à mettre en esclavage le peuple hébreu pour construire les pyramides. Ainsi, c'est le devoir de l'Eglise de rappeler que même la démocratie est injuste quand elle permet à une majorité de vivre plus que convenablement en laissant une minorité tout juste survivre. Dieu est juste et ne saurait accepter une telle situation. Il nous le rappelle par la bouche des prophètes de l'Ancien Testament Amos et Osée. Il nous le rappelle ce matin par le texte des béatitudes et du sermon sur la montagne. Et cette exigence de justice passe par la forme exigeante des mots "bienheureux" et "malheureux". Bienheureux ceux qui se laissent toucher par cette exigence de justice, malheureux ceux qui s'en sentent dédouanés et qui ne s'en remettent qu'à eux-mêmes. Car la tentation est bien là, et nous revenons à l'image de l'arbre planté auprès de l'eau de Jérémie, de la parabole du cep et des sarments de Jésus : voulons-nous placer notre confiance en l'Eternel ou en nous-mêmes ? Voulons-nous être le centre de notre vie, quitte à en faire sortir les autres ? Ou voulons-nous partager notre vie avec les autres ? C'est le choix de toute une vie, le choix devant lequel nous sommes sans cesse placés, comme tous les êtres humains. Même si nous sommes chrétiens convaincus, nous sommes guettés par cette tentation du chacun pour soi. Placer sa confiance en l'Eternel, ce n'est pas facile. C'est un risque à courir. Ce n'est certainement pas un contrat d'assurance tout risque contre la souffrance, le mal, la médisance ; les béatitudes nous le rappellent, la mort de Jésus sur la croix nous le rappelle, l'emprisonnement de Paul à Rome nous le rappelle. Placer sa confiance en l'Eternel, c'est accepter d'être nourri jour après jour par sa Parole et son Esprit. Voulons-nous manger de ce pain de vie ou nous nourrir du pain de l'égoïsme, de la crainte, de l'amertume ? Voulons-nous nous abreuver à la source qui désaltère, ou boire sans cesse à celle qui nous laisse la gorge sèche ? « Je suis le pain de vie, dit Jésus, celui qui vient à moi n'aura jamais faim ; celui qui boit de mon eau n'aura jamais soif ». Comme le prophète Jérémie, nous voulons être de ceux qui placent leur confiance en l'Eternel, de ceux qui goûtent la bénédiction de se savoir aimés de Dieu, de ceux qui goûtent la bénédiction de pouvoir aimer. De ceux qui n'ont pas peur d'être rejetés et méprisés, car ils savent qu'auprès de Dieu, là est leur place... Comme un arbre planté près des eaux et qui étend ses racines vers le courant, dans l'année de la sécheresse, il est sans inquiétude et il ne cesse de porter du fruit. Oui, aujourd'hui encore, même si je doute, même si je me sens faible, même si la souffrance du monde ou celle qui me touche de plein fouet me semble inacceptable, je veux croire à l'amour de Dieu, je veux croire à sa promesse, je veux me confier en lui. Amen. Autres textes de la même catégorie
|
Inscription à la newsletter
Sondage
|
Cultes contemporains
Luc 06 v 7-26 Jean-Pierre RAISIN-DADRE